Vu le film 2001 L'Odyssée de l'Espace de Stanley Kubrock (1968) avec Keir Dullea Gary Lockwood William Sylvester Daniel Richter Douglas Rain Léonard Lossiter Margaret Tysack Robert Beatty Bill WestonIl aura donc fallu plus de 50 ans pour que je puisse enfin voir 2001 : L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, et si je n’ai hélas pas eu la chance de le découvrir sur grand écran, l’impression reste tout autant magique, fantastique et même franchement vertigineuse. Un film de 1968 que je regarde donc avec un retard considérable, mais qui conserve une puissance visuelle assez incroyable, surtout quand on pense à l’époque où il a été réalisé.
À l’aube de l’Humanité, dans le désert africain, une tribu de primates subit les assauts répétés d’une bande rivale qui lui dispute un point d’eau. Puis apparaît ce mystérieux monolithe noir, et quelque chose change dans l’esprit du chef des singes. Il observe un os, comprend qu’il peut devenir un outil, puis une arme, et le voilà qui tape comme un malade avant de passer à l’attaque et de massacrer ses adversaires. L’évolution vient de faire un grand pas, et l’être vivant vient accessoirement de découvrir que l’intelligence peut aussi servir à cogner sur son voisin.
Quatre millions d’années plus tard, nous voilà en 2001, à bord d’un vaisseau spatial qui évolue en orbite lunaire au rythme langoureux du Beau Danube bleu. Le docteur Heywood Floyd, interprété par William Sylvester, enquête secrètement sur la découverte d’un autre monolithe noir, cette fois sur la Lune, qui semble émettre un signal en direction de Jupiter. Et nous voilà partis pour une aventure spatiale qui ne ressemble décidément à aucune autre.
La première partie du film, quasiment sans dialogues, avec l’ouverture sur Ainsi parlait Zarathoustra de Richard Strauss, puis les magnifiques passages du Beau Danube bleu de Johann Strauss II, est absolument formidable. On se laisse aller dans cette ivresse métaphysique et poétique, avec ces vaisseaux qui flottent dans l’espace comme s’ils dansaient, et Kubrick transforme alors la conquête spatiale en véritable ballet cosmique.
Et puis il y a cette fameuse succession entre l’os lancé dans les airs et le vaisseau spatial, qui résume à elle seule des millions d’années d’évolution. De l’os à la station spatiale, de la première arme à la technologie capable d’envoyer l’homme vers les étoiles, Kubrick pose une question assez vertigineuse : jusqu’où l’évolution et le progrès vont-ils nous conduire, et surtout qu’allons-nous faire de cette intelligence nouvelle ?
Parce que 2001 parle évidemment d’évolution, mais aussi de croyances, de ce besoin qu’a l’être humain de chercher une explication à ce qu’il ne comprend pas. Le monolithe devient une énigme, presque une présence, et Kubrick ne nous donne surtout pas le mode d’emploi. Il laisse chacun se débrouiller avec ses propres convictions et ses propres interrogations.
Et c’est probablement aussi pour cela que le film a autant marqué son époque. En 1968, l’homme n’a pas encore marché sur la Lune, et Kubrick nous montre déjà une station spatiale, des ordinateurs intelligents, des voyages interplanétaires et une humanité qui regarde vers Jupiter. La conquête de l’espace n’est alors pas encore une vieille histoire racontée dans les documentaires, elle représente véritablement l’avenir qui arrive à grands pas.
Après, il faut brancher son cerveau et faire connaissance avec HAL 9000, cette intelligence artificielle qui parle calmement, presque poliment, et qui va pourtant devenir l’un des personnages les plus inquiétants du film. HAL est peut-être la machine la plus célèbre du cinéma, justement parce qu’elle ne hurle pas, ne court pas derrière vous avec une tronçonneuse et ne ressemble pas à un robot de fête foraine. Elle réfléchit, elle parle et elle commence surtout à poser quelques petits problèmes à l’équipage.
Le docteur Dave Bowman, interprété par Keir Dullea, et Frank Poole, joué par Gary Lockwood, vont découvrir que dans l’espace, la technologie peut être aussi indispensable que dangereuse. Et c’est là que le film devient encore plus fascinant, parce que Kubrick ne fait pas simplement l’éloge du progrès : il nous montre aussi que l’homme qui invente des machines toujours plus puissantes doit ensuite apprendre à vivre avec elles.
Je pense que les spectateurs de 1968 ont dû être à la fois intrigués et un peu effrayés par ce qu’ils voyaient. Moi, dès que j’ai cessé de croire à certaines explications toutes faites, j’ai toujours cru à l’évolution, alors forcément certaines interrogations du film ne m’ont pas surpris de la même manière. Mais à onze ans, lorsque le film est sorti, est-ce que mon cerveau aurait été prêt à suivre Kubrick ? What is the question !
Il faut également accepter la lenteur du film. Bon, il est vrai qu’on ne fait pas vraiment la nouba dans une station spatiale et que les astronautes ont rarement l’occasion d’aller boire un coup au bistrot du coin. Cette lenteur participe pourtant complètement à l’expérience, surtout lorsque les images de l’espace se mêlent à cette bande musicale exceptionnelle.
Honnêtement, je n’ai pas tout compris, mais quel pied quand même ! Est-ce qu’on est plus intelligent après avoir vu 2001 ? Je n’en sais rien, mais en tout cas j’en ai pris plein les mirettes.
Et puis il y a les effets visuels de Douglas Trumbull, absolument étonnants pour l’époque, qui donnent au film une crédibilité encore impressionnante aujourd’hui. Son travail contribue largement à cette sensation de réalisme spatial et lui vaudra d’ailleurs l’Oscar des meilleurs effets visuels, le seul remporté par le film.
Alors pourquoi 2001 est-il devenu culte ? Parce qu’il ne ressemble à rien d’autre, qu’il ne donne pas toutes les réponses et qu’il continue, plus de cinquante ans après, à provoquer des questions. Kubrick n’a pas simplement voulu raconter une histoire de voyage spatial, il a voulu emmener le spectateur quelque part entre l’évolution, la technologie, l’inconnu et les étoiles.
Même si je suis arrivé très tard à bord, je comprends parfaitement pourquoi le voyage est devenu culte. Je n’ai pas tout compris, mais j’ai sacrément apprécié le voyage.
NOTE : 16.70
FICHE TECHNIQUE
DISTRIBUTION
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