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lundi 13 avril 2015

HISTOIRE DE JUDAS DE RABAH AMEUR-ZAIMECHE par Critique Chonchon

Voilà une chronique que vous ne trouverez pas ailleurs, je vous le garantie.

Après un long jeûne, Jésus (Nabil Djedouani) rejoint les membres de sa communauté , soutenu par son disciple et intendant, Judas (Rabah Ameur-Zaïmeche). Son enseignement sidère les foules et attire l'attention des grands prêtres et de l'autorité romaine.
Peu avant son arrestation, Jésus confie une ultime mission à Judas...

Rabah Ameur-Zaïmeche est un réalisateur que j'aime particulièrement , et ce depuis Wesh-Wesh en 2001 (Prix Jean Vigo). S'ensuivirent "Bled Number One", "Dernier Maquis" , "Les chants de Mandrin (mon préféré jusqu'ici) que j'ai tous aimés, pour des raisons différentes, à des degrés différents. Qu'il ne bénéficie pas d'avantage de promotion et d'audience m'étonne toujours.

D'évidence, en terme de réalisation, de mise en scène, de direction d'acteurs, d'image et de cadrage (c'est magnifique), de lumière inspirée par les tableaux du Carave et de Rambrandt.... Le réalisateur n'a aucune leçon à recevoir. Le film est formellement aussi aqueux que végétal que minéral, et filmer aussi bien les ocres des pierres et de la terre, la poussière dans le vent, est une rareté. Tout le travail fait sur les étoffes est admirable.

Rabah Ameuu- Zaïmeche est un Judas particulièrement troublant; Nabil Djedouani campe un Jésus d'une rare inquiétude ; Mahamed Aroussu en Barabs est ce que j'ai vu de plus éblouissant ces derniers temps; Patricia Malvoiisn et Marie Loustalot sont de parfaites Suzanne et Bethsabée ; Ponce Pilate et Ménérius bénéficient du jeu très retenu de Régis Laroche et Xavier Mussel ; Elliott Khayat est uns cribe troublant. Tout le monde est au diapason, et là aussi , il n'y a rien à redire.

J'en viens au propos du réalisateur, outre le fait que le prime de Judas prévaut, ce qui en soit une idée passionnante. Le film fait de Judas la figure centrale de son récit : "Un personnage comme Judas a une dimension tragique inouïe et il mérite d'être réinventé, ré-imaginé. D'ailleurs, il est surprenant qu'on ne l'ait pas exploré d'avantage au cours de l'histoire du cinéma, explique Rabah Ameur-Zaïmeche. Il  a cherché en quelque sorte, à le "réhabiliter".

Il insiste sur la dimension humaniste de Jésus, guide pour les siens qui évolue au sein de son peuple et leur apporte son aide. Il le présente comme un homme qui partage ses connaissances et se défie de la parole figée qui peut devenir un instrument de domination et de soumission. Et il prête magnifiquement son corps à  une relecture pertinente du personnage biblique.

Pas de reconstitution numérique, ici, ni de morceaux de bravoure, juste quelques hommes, des cailloux et une parole dont chaque mot est lentement énoncé pour mieux la laisser s'écouler en nous. Le pari est fort radical. Tout en ré-orientalisant le récit évangélique, Rabah lui donne une portée et un sens qui, échappant à tout contexte historique précis, le rendent pertinent pour notre temps.

Iconoclaste et hypnotique, le nouveau film de Rabah Ameur-Zaïmeche, cinéaste singulier dans le paysage français, nécessite certes que l'on vienne à lui mais la récompense est grande : par la simple force de ses images, il parvient à générer un envoûtement total.

Et la splendeur du désert Algérien.

Critique Chonchon 


Centurion
Caïphe
Ponce Pilate





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