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samedi 4 septembre 2021

FILMS DU PASSE : LA LAME NUE DE MICHAEL ANDERSON (1961)

Vu (découverte) le film La Lame Nue de Michael Anderson (1961) avec Gary Cooper Deborah Kerr Diane Cilento Eric Portman Hermione Gingold Peter Cushing Michael Wilding Ronald Howard Ray McAnally Sandor Elès

Après l'assassinat de son associé, George Radcliffe parvient à faire condamner le présumé coupable. Quelques années plus tard, Martha, la femme de George, est contactée par un maître-chanteur lançant des accusations envers son mari...

Film policier d’apparence qui prendra une saveur particulière pour les amateurs de Gary Cooper puisqu’il s’agit de son dernier film. Cooper mourra en mai 1961, quelques semaines avant la sortie américaine du film, ce qui donne forcément à cette dernière apparition une dimension particulière, même si ce n’était évidemment pas prévu comme un film testamentaire.

Adapté du roman First Train to Babylon de Max Ehrlich par Joseph Stefano, le scénariste de Psychose, le film nous emmène du côté du polar psychologique plutôt que dans une véritable enquête policière. Michael Anderson, qui avait surtout travaillé sur des films beaucoup plus spectaculaires comme Le Tour du monde en quatre-vingts jours, Les Naufragés du 7e continent, Opération Crossbow ou encore 1984, s’attaque ici à quelque chose de beaucoup plus intimiste. Et ce changement de registre se ressent, car il n’est pas vraiment dans son élément.

L’histoire commence pourtant de manière classique. George Radcliffe, interprété par Gary Cooper, a témoigné lors du procès d’un homme accusé du meurtre de son associé Jason Roote. L’homme est condamné, l’affaire semble réglée et George poursuit tranquillement sa vie avec sa femme Martha, interprétée par Deborah Kerr. Mais plusieurs années après le meurtre, Martha reçoit une lettre anonyme accusant son mari d’être en réalité le véritable meurtrier. À partir de là, le doute s’installe dans le couple et tout ce que Martha croyait savoir de George commence à se fissurer.

Le film policier va alors laisser progressivement la place à un film de couple, car le véritable sujet n’est plus tellement de savoir qui a tué Jason Roote, mais de savoir jusqu’où peut aller la confiance entre deux personnes qui vivent ensemble depuis longtemps. Martha doit-elle croire son mari ou les accusations qui pèsent sur lui ? George est-il réellement l’homme qu’elle pensait connaître ou a-t-il construit une partie de sa vie sur le mensonge ? Le maître chanteur ne fait finalement que mettre le doigt là où ça fait mal : le doute était peut-être déjà capable de s’installer tout seul.

C’est cette partie qui m’intéresse le plus dans le film, car derrière son apparence de polar, La Lame nue raconte surtout la lente décomposition d’un couple. Martha n’est pas simplement une femme qui cherche la vérité sur un meurtre, elle devient une femme qui cherche à savoir si elle connaît réellement l’homme avec lequel elle partage sa vie. Et George, de son côté, se retrouve obligé de se révéler à lui-même autant qu’à sa femme.

La lame du couteau va-t-elle fendre la vérité, ou le cœur de l’un des deux ? C’est probablement là que le film aurait pu aller beaucoup plus loin, car l’idée est intéressante et aurait mérité une tension plus forte.

Michael Anderson fait correctement son travail, mais sans jamais retrouver la précision d’un Hitchcock ou la mécanique d’un grand film judiciaire. Le scénario est bien construit, suffisamment malin pour entretenir le doute, mais assez prévisible dans son déroulement. On devine assez rapidement où le film veut nous conduire et les quelques fausses pistes ne suffisent pas toujours à relancer la machine.

On voit aussi nettement la fatigue de Gary Cooper dans ce dernier rôle. Il reste Gary Cooper, avec cette présence et cette retenue qui ont fait une partie de sa carrière, mais le corps est marqué et certaines scènes rappellent douloureusement que l’acteur est déjà très diminué. Cela donne au personnage de George une fragilité supplémentaire, même si elle n’était certainement pas recherchée de cette manière au moment du tournage. Le film a été tourné à l’automne 1960 et Cooper, atteint d’un cancer qui n’avait pas encore été rendu public, mourra le 13 mai 1961.

La véritable performance du film est pour moi Deborah Kerr, excellente dans le rôle de Martha, cette épouse bafouée, du moins le croit-elle, qui voit ses certitudes disparaître les unes après les autres. Elle porte une grande partie de la tension du film, parce que tout passe par son regard et par ce doute qui s’installe progressivement dans son esprit.

À noter également la présence de Peter Cushing dans le rôle secondaire de Mr. Evan Wrack, avec quelques autres solides seconds rôles britanniques comme Eric Portman, Hermione Gingold et Michael Wilding.

La Lame nue reste donc un polar psychologique honnêtement fabriqué, davantage intéressant par son étude d’un couple que par son enquête criminelle. Le dernier Cooper mérite évidemment le détour pour les amateurs de l’acteur, mais ce n’est pas parce qu’on possède Gary Cooper, Deborah Kerr et Peter Cushing au générique qu’on obtient automatiquement un grand suspense. Ici, la lame coupe surtout dans le mariage, et malheureusement elle manque parfois un peu de tranchant.

NOTE : 12.70

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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