Vu le film L'Effacement de Karim Moussaoui (2025) avec Sammy Lechea Zar Amir Ebrahimi Nassima Benchicou Hamid Amirouche Idir Chender
Avec L’Effacement, Karim Moussaoui nous propose un film dont le titre et l’affiche laissent espérer une histoire teintée de fantastique, avec cette disparition de soi qui pourrait ouvrir la porte à quelque chose d’étrange, voire de mystérieux. Sauf qu’il faudra attendre les deux tiers du film pour que cette promesse commence enfin à prendre forme, ce qui laisse largement le temps au spectateur de regarder sa montre et de se demander où le réalisateur veut en venir.
Car, en attendant cette fameuse évolution, nous restons quelque peu pantois devant le parcours de ce personnage qui semble perdre son identité sans que le récit parvienne réellement à nous faire partager son trouble. On devine pourtant derrière cette histoire des sujets intéressants, à commencer par le poids de la famille, le diktat paternel, les traditions qui étouffent les aspirations individuelles et cette jeunesse algérienne qui devrait pouvoir s’offrir un avenir sans avoir constamment à subir le regard et les exigences de la génération précédente.
Le problème, c’est que le film veut aborder tellement de choses qu’il finit par s’éparpiller entre plusieurs points de vue, qu’ils soient sociaux, psychologiques ou parfois franchement cheap dans leur traitement, sans parvenir à construire un ensemble suffisamment cohérent pour nous captiver. On passe d’une interrogation à une autre, avec le sentiment que Karim Moussaoui cherche à donner une profondeur supplémentaire à son récit, mais que cette accumulation d’intentions finit surtout par brouiller les pistes.
Le personnage principal n’arrange pas vraiment les choses, car ce jeune homme ne possède pas beaucoup d’atouts pour emporter notre sympathie et son parcours ne nous offre guère de raisons de nous attacher à lui. Bien sûr, un personnage antipathique n’est pas forcément un défaut au cinéma, à condition que son comportement, ses contradictions et ses choix nous permettent de comprendre ce qui le pousse à agir, mais encore faut-il que l’écriture nous donne les clés nécessaires pour entrer dans son histoire.
Or, dans L’Effacement, cette compréhension reste souvent à distance, comme si le film nous demandait d’accepter les tourments de son protagoniste sans avoir suffisamment préparé le terrain. Le malaise s’installe, les frustrations s'accumulent et l'on attend que les différents éléments du récit finissent par trouver leur place, mais le scénario semble avoir bien du mal à nous conduire vers une véritable révélation.
Puis, d'un coup, le film bascule dans la violence, avec une brutalité qui laisse perplexe tant elle paraît difficile à raccrocher à ce qui précédait. On peut évidemment vouloir surprendre le spectateur, bousculer ses certitudes et montrer comment une situation peut dégénérer, mais encore faut-il que cette évolution paraisse suffisamment construite pour ne pas donner l'impression que le scénario a décidé de changer de registre en cours de route.
C'est d'autant plus regrettable que le sujet possédait un véritable potentiel, entre l'émancipation impossible, les blessures familiales, la place de l'individu dans la société et cette identité qui semble se dérober sous les pieds du personnage. Il y avait matière à bâtir un drame intime, tendu et prenant, sans nécessairement multiplier les pistes ni chercher à tout embrasser dans le même mouvement.
Karim Moussaoui a visiblement voulu voir grand, mais son ambition finit par desservir son film, dont le récit aurait probablement gagné à être plus simple, plus direct et mieux écrit. À force de vouloir ajouter des couches de lecture, le réalisateur oublie parfois de nous raconter une histoire capable de nous tenir véritablement en haleine, avec des personnages dont les réactions auraient mérité davantage de cohérence et de substance.
Le jeune Samir Lechea s'en sort pourtant plutôt bien dans ce rôle compliqué, car il doit incarner un personnage en perte de repères, traversé par des tensions qu'il ne maîtrise pas toujours et dont les réactions restent difficiles à cerner. Son interprétation apporte une présence au récit, même si elle ne peut évidemment pas compenser toutes les faiblesses d'une écriture qui laisse trop souvent son protagoniste dans le flou.
Reste donc une impression mitigée devant un film qui avait des choses à raconter sur l'Algérie, sa jeunesse, le poids du passé et la difficulté de se construire lorsque la famille et la société semblent décider de votre avenir à votre place. Mais entre le fantastique annoncé, le drame psychologique, les considérations sociales et cette violence qui surgit sans convaincre pleinement, L'Effacement finit par perdre le spectateur avant même que son personnage ne semble se perdre lui-même.
Dommage, car le sujet méritait mieux que ce récit dispersé, dont les ambitions dépassent largement les moyens scénaristiques. L'effacement du personnage, passe encore, mais celui de la cohérence du scénario, c'est déjà plus difficile à pardonner.
NOTE : 10.80
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Karim Moussaoui
- Scénario : Karim Moussaoui et Maud Ameline, d'après l'œuvre de Samir Toumi
- Musique : Florencia Di Concilio
- Décors : Karim Lagati
- Costumes : Elfie Carlier
- Photographie : Kristy Baboul
- Son : François Mereu
- Montage : Clément Pinteaux
- Production : Philippe Martin et David Thion
- Société de production : Les Films Pelléas, Arte France Cinéma, Niko Films et Prolégomènes
- Société de distribution : Ad Vitam Distribution
- Pays de production :
France,
Allemagne et
Algérie
DISTRIBUTION
- Sammy Lechea : Reda Belamri
- Zar Amir Ebrahimi : Malika
- Nassima Benchicou : Djaouida
- Hamid Amirouche : Youcef Belamri, le père de Reda
- Djalila Kadi-Hanifi : Zohra Belamri, la mère de Reda
- Idir Chender : Fayçal Belamri, le frère de Reda
- Chawki Amari : Makhloufi
- Nadia Kaci : une femme à la soirée


