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mercredi 7 octobre 2026

10.80 - MON AVIS SUR LE FILM L"'EFFACEMENT DE KARIM MOUSSAOUI (2025)

 


Vu le film L'Effacement de Karim Moussaoui (2025) avec Sammy Lechea Zar Amir Ebrahimi Nassima Benchicou Hamid Amirouche Idir Chender


Avec L’Effacement, Karim Moussaoui nous propose un film dont le titre et l’affiche laissent espérer une histoire teintée de fantastique, avec cette disparition de soi qui pourrait ouvrir la porte à quelque chose d’étrange, voire de mystérieux. Sauf qu’il faudra attendre les deux tiers du film pour que cette promesse commence enfin à prendre forme, ce qui laisse largement le temps au spectateur de regarder sa montre et de se demander où le réalisateur veut en venir.

Car, en attendant cette fameuse évolution, nous restons quelque peu pantois devant le parcours de ce personnage qui semble perdre son identité sans que le récit parvienne réellement à nous faire partager son trouble. On devine pourtant derrière cette histoire des sujets intéressants, à commencer par le poids de la famille, le diktat paternel, les traditions qui étouffent les aspirations individuelles et cette jeunesse algérienne qui devrait pouvoir s’offrir un avenir sans avoir constamment à subir le regard et les exigences de la génération précédente.

Le problème, c’est que le film veut aborder tellement de choses qu’il finit par s’éparpiller entre plusieurs points de vue, qu’ils soient sociaux, psychologiques ou parfois franchement cheap dans leur traitement, sans parvenir à construire un ensemble suffisamment cohérent pour nous captiver. On passe d’une interrogation à une autre, avec le sentiment que Karim Moussaoui cherche à donner une profondeur supplémentaire à son récit, mais que cette accumulation d’intentions finit surtout par brouiller les pistes.

Le personnage principal n’arrange pas vraiment les choses, car ce jeune homme ne possède pas beaucoup d’atouts pour emporter notre sympathie et son parcours ne nous offre guère de raisons de nous attacher à lui. Bien sûr, un personnage antipathique n’est pas forcément un défaut au cinéma, à condition que son comportement, ses contradictions et ses choix nous permettent de comprendre ce qui le pousse à agir, mais encore faut-il que l’écriture nous donne les clés nécessaires pour entrer dans son histoire.

Or, dans L’Effacement, cette compréhension reste souvent à distance, comme si le film nous demandait d’accepter les tourments de son protagoniste sans avoir suffisamment préparé le terrain. Le malaise s’installe, les frustrations s'accumulent et l'on attend que les différents éléments du récit finissent par trouver leur place, mais le scénario semble avoir bien du mal à nous conduire vers une véritable révélation.

Puis, d'un coup, le film bascule dans la violence, avec une brutalité qui laisse perplexe tant elle paraît difficile à raccrocher à ce qui précédait. On peut évidemment vouloir surprendre le spectateur, bousculer ses certitudes et montrer comment une situation peut dégénérer, mais encore faut-il que cette évolution paraisse suffisamment construite pour ne pas donner l'impression que le scénario a décidé de changer de registre en cours de route.

C'est d'autant plus regrettable que le sujet possédait un véritable potentiel, entre l'émancipation impossible, les blessures familiales, la place de l'individu dans la société et cette identité qui semble se dérober sous les pieds du personnage. Il y avait matière à bâtir un drame intime, tendu et prenant, sans nécessairement multiplier les pistes ni chercher à tout embrasser dans le même mouvement.

Karim Moussaoui a visiblement voulu voir grand, mais son ambition finit par desservir son film, dont le récit aurait probablement gagné à être plus simple, plus direct et mieux écrit. À force de vouloir ajouter des couches de lecture, le réalisateur oublie parfois de nous raconter une histoire capable de nous tenir véritablement en haleine, avec des personnages dont les réactions auraient mérité davantage de cohérence et de substance.

Le jeune Samir Lechea s'en sort pourtant plutôt bien dans ce rôle compliqué, car il doit incarner un personnage en perte de repères, traversé par des tensions qu'il ne maîtrise pas toujours et dont les réactions restent difficiles à cerner. Son interprétation apporte une présence au récit, même si elle ne peut évidemment pas compenser toutes les faiblesses d'une écriture qui laisse trop souvent son protagoniste dans le flou.

Reste donc une impression mitigée devant un film qui avait des choses à raconter sur l'Algérie, sa jeunesse, le poids du passé et la difficulté de se construire lorsque la famille et la société semblent décider de votre avenir à votre place. Mais entre le fantastique annoncé, le drame psychologique, les considérations sociales et cette violence qui surgit sans convaincre pleinement, L'Effacement finit par perdre le spectateur avant même que son personnage ne semble se perdre lui-même.

Dommage, car le sujet méritait mieux que ce récit dispersé, dont les ambitions dépassent largement les moyens scénaristiques. L'effacement du personnage, passe encore, mais celui de la cohérence du scénario, c'est déjà plus difficile à pardonner.

NOTE : 10.80

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION


mardi 6 octobre 2026

15.20 - MON AVIS SUR LE FILM SILENT FRIEND DE ILDIKO ENYEDI (2025)


 Vu le Film Silent Friend de Ildikó Enyedi (2025) avec Tony Leung Chiu-wai Léa Seydoux Luna Wedler Sylvester Groth Enzo Brumm Rainer Bock


Ildikó Enyedi nous offre avec Silent Friend un film étrange, poétique et totalement à part, une coproduction hongroise, allemande et française qui explique aussi son casting international. Le film nous entraîne dans trois destins parallèles, à trois époques différentes, avec un étonnant point commun : la découverte des plantes, de leurs pouvoirs et de leur influence sur l’être humain comme sur la nature.

Le véritable témoin de ces trois histoires est un magnifique Ginkgo biloba qui trône dans le jardin botanique d’une université. Un arbre immense, silencieux, qui traverse le temps et regarde passer les générations sans jamais bouger, tandis que les hommes, eux, changent, découvrent, aiment, souffrent et cherchent leur place dans le monde.

En 1908, Grete découvre cet univers scientifique qui va accompagner son émancipation et lui permettre de s'affranchir peu à peu des carcans de son époque. Son histoire est celle d'une femme qui cherche à comprendre le monde qui l'entoure tout en essayant de trouver sa propre liberté.

Dans les années 70, Hannes découvre à son tour cet environnement et connaît un véritable éveil à la passion, à la connaissance et aux sentiments. Une autre époque, une autre sensibilité, mais toujours ce jardin botanique et ce Ginkgo qui semble observer les humains avec une patience que nous sommes bien incapables d'avoir.

Puis arrive Tony, en 2020, coincé dans cette université pendant la période du Covid. Sa partie est sans doute la plus poétique des trois, avec des images parfois presque subliminales qui nous font regarder autrement ce qui nous entoure, entre le beau et l'étrange, le réel et une forme de rêverie permanente.

Le film demande évidemment au spectateur de faire un petit effort, car Ildikó Enyedi ne nous prend jamais par la main pour nous expliquer ce qu'il faut comprendre. Elle préfère nous laisser entrer dans son univers, avec ses silences, ses images, ses réflexions sur le temps qui passe et cette nature qui semble avoir une mémoire bien plus longue que la nôtre.

La forme est aussi riche que le fond et certaines scènes donnent véritablement l'impression d'être devant un film qui cherche moins à raconter une histoire classique qu'à nous faire ressentir quelque chose. Il faut accepter de se laisser porter, même lorsque le récit prend des chemins plus mystérieux.

Tony Leung est exceptionnel, comme souvent, et Luna Wedler est une très belle découverte. Le casting international trouve parfaitement sa place dans cette histoire qui traverse les frontières comme elle traverse les époques.

Silent Friend est typiquement le genre de film en liberté qui se joue des carcans habituels du narratif cinématographique et qui préfère proposer une expérience plutôt qu'un récit balisé.

On peut rester à distance devant certaines audaces, mais difficile de nier la beauté de ce voyage qui nous rappelle que les hommes passent, que les époques changent et que les arbres, eux, restent là pour regarder tout cela.

Mais pas besoin de se raccrocher aux branches, il contient tellement de beauté.

NOTE : 15.20

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION


dimanche 4 octobre 2026

7.90 - MON AVIS SUR LE FILM J'AI Tué Raspotine de Robert Hossein (1968)

 


Vu le film J'Ai Tué Raspoutine de Robert Hossein (1968) avec Gert Groebe Robert Hossein

Peter McEnery Géraldine Chaplin Patrick Balkany Ivan Desny Roger Pigaaut Umberto D'Orsi Ira von Fürstenberg

J’ai tué Raspoutine de Robert Hossein est un film que je découvre surtout pour l’histoire qu’il raconte, beaucoup plus que pour la qualité de sa réalisation, qui donne parfois l’impression d’assister à un téléfilm tourné en studio avec quelques décors historiques autour. Les scènes extérieures sont finalement assez rares et tout ou presque se concentre dans le fameux Palais Moika de Saint-Pétersbourg, où le jeune prince Félix Ioussoupov va préparer l’élimination de celui qu’il considère comme un tyran sanguinaire, avec son physique quelque part entre Attila et Dracula.

L’histoire est pourtant passionnante, puisque Raspoutine, le fameux « moine fou » venu s’imposer auprès de la famille impériale russe, exerce une influence considérable sur la cour de Nicolas II et surtout sur l’impératrice Alexandra. Ioussoupov, membre d’une des familles les plus riches de Russie, décide alors qu’il faut en finir avec lui. Le film nous montre la préparation de cette nuit du 16 au 17 décembre 1916, lorsque le prince attire Raspoutine dans son palais sous prétexte d’une réception et d’une rencontre avec son épouse Irina.

On suit donc la préparation des festivités, entre macarons et vin local, pendant que tout le monde sait plus ou moins que la soirée doit se terminer par la mort de l’invité. Raspoutine est convié à descendre dans une pièce du palais, où Ioussoupov lui fait manger des gâteaux et boire du vin prétendument empoisonnés. Rien ne semble fonctionner, ce qui va évidemment contribuer à fabriquer la légende de l’homme quasiment immortel. Après le poison viennent les coups de feu, puis d’autres violences encore, jusqu’à ce que les conspirateurs parviennent finalement à se débarrasser de lui.

Le film présente dès le début le véritable Félix Ioussoupov et l’historien Alain Decaux comme pour nous prévenir que cette version est la bonne. À l’époque, Ioussoupov lui-même racontait cette histoire comme un témoignage direct, et Decaux apporte son sérieux d’historien. Maintenant, plus personne n’est là pour venir dire le contraire, même si l’Histoire a cette fâcheuse habitude de laisser derrière elle plusieurs versions d’un même événement.

Robert Hossein choisit donc de privilégier cette version des faits, mais son film manque singulièrement d’ampleur. On est dans la Russie impériale, dans les derniers mois d’un régime qui va disparaître quelques semaines plus tard, et pourtant on a souvent l’impression d’être enfermé dans un décor de théâtre. Le Palais Moika devient presque le personnage principal, d’autant que celui qui n’en est pourtant pas propriétaire semble avoir imposé sa présence partout.

Le casting est lui aussi très international, mais avec une particularité assez amusante : pas un acteur russe pour jouer cette histoire russe. Gert Fröbe, massif et inquiétant, compose un Raspoutine qui possède effectivement quelque chose du personnage de légende, tandis que Peter McEnery paraît beaucoup moins inspiré dans le rôle de Félix Ioussoupov. Ira von Fürstenberg apporte également son élégance au casting, et les amateurs d’histoire pas trop pointus pourront même apercevoir un certain Patrick Balkany, ex-futur maire de Levallois et personnage qui, à l’image du phénix, aura toujours trouvé le moyen de renaître de ses cendres et de rester dans les coulisses de la politique.

Ce qui reste finalement de J’ai tué Raspoutine, c’est surtout cette incroyable histoire d’un prince qui décide de supprimer l’un des hommes les plus influents de la cour impériale et qui va participer, directement ou indirectement, à l’une des dernières grandes péripéties de la Russie des tsars.

Le film est loin de posséder la puissance que mériterait un tel sujet, mais il a au moins le mérite de remettre sous nos yeux cette nuit incroyable où poison, revolvers, coups et légende se sont mélangés dans les sous-sols du Palais Moika.

Robert Hossein avait pourtant une matière extraordinaire entre les mains ; dommage qu’il nous donne parfois l’impression d’avoir installé une caméra de télévision dans un palais et d’avoir attendu que les personnages viennent faire leur histoire devant elle. Robert Hossein a tué deux fois Raspoutine.

NOTE : 7.90

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