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mardi 4 août 2026

13.10 - MON AVIS SUR LE FILM JOYEUSES PAQUES DE GEORGES LAUTNER (1984)


 Vu le Film Joyeuses Pâques de Georges Lautner (1984) avec Jean Paul Belmondo Sophie Marceau Marie Laforêt Rosy Varte Michel Beaune



Quand le roi du cinéma populaire rencontre le roi du théâtre de boulevard, cela donne Joyeuses Pâques, adaptation de la pièce de Jean Poiret, immense succès sur scène, que son auteur interpréta lui-même durant des années. On y retrouve tout ce qui faisait son génie : une mécanique de précision, des quiproquos en cascade, des mensonges qui s'empilent jusqu'à l'absurde et surtout cette science unique du bon mot. Poiret était un véritable orfèvre des dialogues et des situations ubuesques.

L'histoire est d'une simplicité diabolique. Stéphane Margelle (Jean-Paul Belmondo), homme d'affaires et séducteur impénitent, profite de l'absence de son épouse Sophie (Marie Laforêt) pour ramener une très jeune femme, Julie (Sophie Marceau), dans son appartement. Mais le retour imprévu de sa femme le contraint à improviser le plus gros mensonge de sa vie : Julie devient... sa fille. À partir de là, chaque visite, chaque coup de téléphone, chaque arrivée inopinée transforme l'appartement en véritable champ de mines.

La grande force du film réside évidemment dans tous les échanges à l'intérieur de cet appartement, véritable cœur de la pièce. Les dialogues de Jean Poiret y sont d'une drôlerie irrésistible, avec des répliques qui font mouche les unes après les autres.

« C'est ma fille ! » « Depuis quand ? » Toute la folie du film est déjà là.
Ou encore ces échanges où chaque personnage croit comprendre la situation... alors qu'il n'en comprend absolument rien. C'est précisément ce qui fait le sel du film.
Jean-Paul Belmondo apporte cependant quelque chose que Poiret n'avait pas sur scène : sa folie physique. Même enfermé dans un appartement, Bebel trouve le moyen de courir, grimper, sauter, tomber, esquiver, transformer le moindre meuble en accessoire de cascade. C'est sa marque de fabrique, et Lautner s'amuse visiblement à le laisser faire. Le film devient alors un savoureux mélange entre le boulevard classique et la comédie d'action à la Belmondo.

Je suis en revanche plus réservé sur tout ce qui entoure cette intrigue. Les scènes ajoutées à l'extérieur, principalement destinées à justifier les cascades de Bebel, me paraissent beaucoup moins indispensables. Elles amusent, certes, mais la véritable richesse du film reste enfermée entre les quatre murs de cet appartement. C'est là que tout fonctionne le mieux.

Au fond, Joyeuses Pâques est un film construit pour Belmondo. Il prend une excellente pièce de théâtre et la met littéralement sur orbite grâce à son énergie débordante. Peu d'acteurs auraient pu donner une telle dimension physique à une mécanique aussi verbale.

Face à lui, Marie Laforêt est toujours aussi belle, élégante et pleine de présence. Elle apporte le calme apparent qui permet à toute la folie de Belmondo d'exploser. Sophie Marceau, encore très jeune, trouve parfaitement sa place dans ce trio infernal où chaque regard de travers déclenche une nouvelle catastrophe.

À noter enfin qu'il s'agit du dernier film de la collaboration entre Jean-Paul Belmondo et son producteur René Château. Leur séparation serait née d'un désaccord inattendu : Belmondo n'avait pas apprécié que René Château assure lui-même les interviews promotionnelles à sa place. Une fin de collaboration assez étonnante au regard de leurs nombreux succès communs.

Joyeuses Pâques reste une excellente comédie où le génie d'écriture de Jean Poiret rencontre l'énergie inépuisable de Belmondo. Les savoureux dialogues font tout le prix du film ; les cascades, elles, sont amusantes mais finalement accessoires. C'est drôle, rythmé, remarquablement interprété, et l'on prend toujours autant de plaisir à voir ce château de cartes s'effondrer... dans un éclat de rire.

NOTE : 13.10

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lundi 3 août 2026

12.00 - MON AVIS SUR LE FILM LA CITE DE L'INDICIBLE PEUR DE JEAN PIERRE MOCKY (1964)

 


Vu le Film La Cité de l'Indicible Peur de Jean Pierre Mocky (1964) avec Bourvil Jean Poiret Véronique Nordey Jean Claude Remoleux René Louis Lafforgue Francis Blanche Jean Louis Barrault


Un an après Un Drôle de Paroissien, Jean-Pierre Mocky retrouve le génial Bourvil pour un polar aussi noir que haut en couleur. Une nouvelle rencontre entre deux personnalités qui n'avaient, en apparence, rien à faire ensemble et qui pourtant se complètent à merveille.

On aime ou on n'aime pas Mocky. Il ne laisse jamais indifférent. Mais il faut au moins lui reconnaître une qualité devenue rare : c'était un artiste libre. Libre de ton, libre de forme, libre de provoquer, quitte à se mettre tout le monde à dos. Il tournait comme il respirait, sans demander la permission.

D'ailleurs, rien que le titre raconte déjà une histoire. Les producteurs avaient imposé La Grande Frousse. Mocky détestait ce titre qu'il trouvait beaucoup trop bourgeois. Lors de la sortie en DVD, conformément à son souhait, le film retrouva enfin son véritable nom : L'Indicible Peur. Tout est dit. Chez Mocky, même un titre devient un acte de résistance.

Comme tous les films de Mocky, expliquer son cinéma revient à trouver le dernier chiffre de Pi. On croit avoir compris... puis il vous échappe entre les doigts. Son univers obéit à une logique qui n'appartient qu'à lui, où l'absurde côtoie le réalisme, où la satire sociale surgit au détour d'un gag complètement fou.

L'histoire démarre pourtant comme un polar presque classique. L'inspecteur Triquet, interprété par Bourvil, est chargé de retrouver Mickey le Bénédictin, un faux-monnayeur condamné à mort qui s'est évadé... à la suite d'une panne de guillotine. Rien que cette idée résume parfaitement le côté anarchiste de Mocky. Chez lui, même la justice tombe en panne.

Persuadé que tout criminel revient un jour sur les lieux de son crime, Triquet débarque incognito dans un petit village d'Auvergne pour tendre son piège. Bonne idée... mais on n'est pas dans un Agatha Christie. On est en Auvergne, entre potée, fromage du Cantal et habitants aussi barges qu'un troupeau de psychopathes.

Le village ressemble à un gigantesque asile à ciel ouvert. On y croise un boucher névrosé, un voyeur vissé derrière ses jumelles, un médecin alcoolique — une habitude chez Mocky —, une sainte qui semble hanter les lieux, sans oublier toute une galerie de villageois dont chacun paraît cacher quelque chose, ou simplement avoir perdu la raison depuis longtemps.

Triquet devra démêler les fils de cette énorme pelote de laine où chacun pourrait être criminel... ou pas. Et c'est précisément là que Mocky s'amuse. Il brouille les pistes, multiplie les fausses directions, les situations improbables et les rencontres absurdes jusqu'à faire exploser les codes du polar traditionnel.

Le film ressemble parfois à une farce, parfois à une enquête criminelle, parfois à une charge féroce contre la bêtise humaine. Mocky saute d'un registre à l'autre avec une insolence réjouissante. On sent qu'il se moque autant de ses personnages que du spectateur, mais toujours avec une incroyable gourmandise.

Les dialogues sont à piquer des hannetons. Ils fusent, surprennent, dérapent sans prévenir. Certaines répliques semblent totalement improvisées avant de devenir d'un seul coup d'une précision redoutable. C'est une écriture qui refuse les belles manières et préfère les coups de pied dans la fourmilière.

Comme souvent chez Mocky, tous les acteurs ne jouent pas sur la même partition. Certains sont excellents, d'autres beaucoup moins. Mais c'est presque devenu une marque de fabrique. Dans son univers, cette étrange inégalité finit par participer au charme général. Tout paraît bancal, mais l'ensemble tient debout par un miracle dont lui seul possédait le secret.

Et puis il y a Bourvil. Formidable. On le connaît pour ses personnages naïfs, tendres ou comiques, mais Mocky lui offre ici un registre inhabituel. Son inspecteur est discret, observateur, malin sans jamais en faire trop. Mocky a su canaliser tout son talent et lui permettre d'exister autrement que comme simple amuseur public.

La mise en scène semble parfois partir dans tous les sens, les situations s'enchaînent avec une logique toute personnelle, les personnages entrent et sortent comme dans un rêve fiévreux. C'est bordélique... mais quel bonheur ! On sent un cinéaste qui refuse les recettes toutes faites et qui préfère mille fois le désordre créatif à la perfection académique.

Au fond, L'Indicible Peur est un véritable film mockylien. Irrévérencieux, anarchique, drôle, grinçant, imprévisible et complètement fou. Un film qui ne ressemble à aucun autre et qui ne cherche jamais à plaire à tout le monde.

Si vous cherchez une enquête policière bien rangée, passez votre chemin. En revanche, si vous acceptez d'embarquer dans l'univers unique de Jean-Pierre Mocky, où l'humour noir côtoie le surréalisme, où les marginaux deviennent les héros et où les fous paraissent parfois les plus lucides, alors vous passerez un excellent moment.

Ce n'est peut-être pas du cinéma bien coiffé. Mais c'est du Mocky. Et ça, personne n'a jamais su le copier.

NOTE : 12 00

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