#HistoireChansonsdeFilms , Aujourd'hui la chanson MrsRobison de Paul Simon et Art Garfunkel , la chanson Mrs. Robinson, écrite par Paul Simon et interprétée à l'origine par le duo Simon & Garfunkel, est indissociable du chef-d'œuvre du cinéma Le Lauréat (The Graduate, 1967). Véritable monument de la pop culture, elle est devenue le premier morceau rock de l'histoire à remporter le Grammy Award de l'Enregistrement de l'année en 1969
À la fin de l'année 1967, le réalisateur Mike Nichols peaufine le montage de son film Le Lauréat. Grand fan de Simon & Garfunkel, il utilise déjà temporairement des morceaux existants du duo (comme The Sound of Silence) pour rythmer ses scènes. Souhaitant des compositions originales, la production passe commande auprès de Paul Simon
Paul Simon, très occupé par les tournées, ne propose que des morceaux rejetés par le réalisateur (Punky's Dilemma, Overs). C'est alors qu'Art Garfunkel mentionne à Mike Nichols une ébauche de chanson sur laquelle Paul travaille en dilettante.
Paul Simon joue le morceau au réalisateur. Il n'y a pas encore de vrais couplets, juste des fredonnements (« dee-de-dee-dee-dee »)
Le titre de travail de la chanson est alors Mrs. Roosevelt, en hommage à Eleanor Roosevelt. En entendant la mélodie, Mike Nichols s'exclame : « Mais le titre a le même nombre de syllabes ! Changeons Mrs. Roosevelt en Mrs. Robinson !
La chanson intègre immédiatement le film de manière parcellaire (seule une version courte et acoustique est prête pour la sortie en salle en décembre 1967). Face à l'immense succès du long-métrage, Paul Simon retourne en studio pour terminer l'écriture et enregistrer la version complète qui sortira en single en avril 1968 sur l'album Bookends.
Bien que renommée pour coller au personnage de cougar cynique incarné par Anne Bancroft (qui séduit le jeune Benjamin Braddock joué par Dustin Hoffman), la chanson conserve son essence d'origine : une satire de la perte d'innocence et de l'hypocrisie de la classe moyenne américaine des années 1960
Les couplets évoquent la dissimulation des névroses de la bourgeoisie de l'époque (« Cachez-le dans votre boîte à secrets / Mettez-le dans le garde-manger avec les cupcakes »). Certaines lignes évoquent un ton faussement bienveillant qui rappelle le traitement des dépressions nerveuses et des cures de repos, très courantes chez les femmes au foyer américaines étouffées par les conventions (« Promenez-vous sur le terrain jusqu'à ce que vous vous sentiez chez vous »)
La chanson capture le décalage générationnel. Mrs. Robinson appartient à l'ancienne génération qui cherche le réconfort dans la religion (« Jésus vous aime plus que vous ne le croirez ») tandis que la jeunesse se révolte
La réplique la plus célèbre du morceau, « Où êtes-vous parti, Joe DiMaggio ? Une nation tourne ses yeux solitaires vers vous », est un cri de nostalgie. Paul Simon a expliqué qu'il considérait la star de baseball Joe DiMaggio comme l'incarnation d'un héros américain authentique et pur, une figure de noblesse disparue dans une Amérique désormais fracturée par les scandales politiques et la guerre du Viêt Nam. Le joueur de baseball a d'ailleurs failli poursuivre le groupe en justice, avant que Paul Simon ne lui en explique la signification flatteuse
Mrs. Robinson est devenue un standard de la musique, reprise par des dizaines d'artistes majeurs dans des styles radicalement différents
Simon & Garfunkel (1968) : La version originale. Un bijou folk-rock caractérisé par ses harmonies vocales parfaites et son introduction à la guitare acoustique.
Frank Sinatra (1969) : Le "Crooner" par excellence s'est approprié le titre dès l'année suivante. Il y modifie légèrement les paroles (en remplaçant le nom de Jésus par « Jilly », un ami proche) et transforme le titre en un morceau jazz/swing dynamique et insolent
The Lemonheads (1992) : La reprise moderne la plus célèbre. Ce groupe de rock alternatif des années 90 en fait une version punk-pop / grunge survoltée. Enregistrée pour les 25 ans du film Le Lauréat, cette reprise est devenue un énorme tube planétaire à son tour.
Le grand nom de la soul s'est emparé du morceau pour en livrer une version afro-funk/soul habitée et puissante
Le groupe de hard rock a régulièrement interprété une version acoustique live pleine d'énergie lors de ses tournées internationales




