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mercredi 31 décembre 2025

12.80 - MON AVIS SUR LE FILM LE ROI SOLEIL DE VINCENT MAEL CARDONA (2025)


 Vu le Film Le Roi Soleil de Vincent Mael Cardona (2025) avec Pio Marmai Panayotis Pascot Lucie Zhang Sofiane Zermani Maria de Medeiros Joseph Olivennes Nemo Schiffman ZiangZen Pan Claude Aufaure 

Dans le bar-pmu « Le Roi Soleil » situé à côté du château de Versailles, les deux policiers Livio et Reda prennent leur verre de fin de journée et rencontrent un habitué, Monsieur Kantz. Celui-ci compare ses numéros de loto avec ceux du tirage actuel. C'est alors que Kantz se rend compte qu'il vient de gagner plus de 294 millions d'euros. Le vieil homme n'en croit pas ses yeux et part encaisser son gain, mais il oublie le billet de loterie dans le bar, Monsieur Kantz revient dans le bar pour récupérer son ticket et se prend une balle perdue. 

Après le très joli Les Magnétiques, Vincent Maël Cardona revient avec Le Roi Soleil, un deuxième long métrage plus ambitieux, plus bordélique aussi, et clairement moins sage. Un film qui part dans tous les sens, mais un joyeux bordel, revendiqué, presque jouissif, où le réalisateur semble surtout s’être fait plaisir à offrir de beaux espaces de jeu à ses comédiens. 

Le décor principal est un bar PMU de banlieue, quasi huis clos, lieu banal par excellence, mais parfait pour faire surgir le chaos. Rien à voir avec Louis XIV ici : le Roi Soleil, c’est un ticket de loto gagnant à plus de 294 millions d’euros (bon, le montant est clairement exagéré, mais on s’en fiche). Le problème, c’est que le gagnant se prend une balle dans le bar avant d’aller encaisser. Qui a tiré ? Qui savait ? Et surtout, qui va finir par empocher la mise ? 

Le scénario fonctionne comme une farce noire déguisée en thriller, avec une narration à tiroirs, des cadavres pas toujours exquis, et une galerie de personnages tous plus suspects les uns que les autres. La maîtrise n’est pas totale, c’est évident, mais l’ennui, lui, ne s’invite jamais à la table. Cardona joue avec les genres, les codes, et parfois les dépasse, parfois les perd, mais avance toujours avec une énergie contagieuse. 

Côté casting, c’est clairement l’un des gros plaisirs du film. Pio Marmaï est impeccable, fidèle à lui-même, brut, nerveux, toujours juste. Panayotis Pascot, pas vraiment comédien à la base, continue de surprendre : il est étonnamment précis, naturel, jamais en surjeu. Le reste du casting existe davantage comme un ensemble que comme des individualités, aucun rôle n’étant véritablement mis en avant, ce qui renforce l’aspect choral et chaotique du récit. 

La mise en scène épouse ce désordre : caméra souvent nerveuse, dialogues qui fusent, piques bien senties, humour grinçant et sens du rythme. Certaines répliques font mouche, apportant une légèreté bienvenue à une histoire pourtant macabre. On sent l’exercice de style, parfois trop visible, mais assumé. 

La fin, en revanche, ne tient pas vraiment la route. Le film s’essouffle, se cherche une conclusion qu’il ne trouve qu’à moitié. Mais au fond, ce n’est pas si grave. C’est pas Versailles ici. Ce qui compte, c’est le trajet, pas l’arrivée. 

Le Roi Soleil est une belle surprise bordélique, imparfaite mais vivante, un film qui ose, qui tente, qui trébuche parfois mais ne s’écroule jamais. Un joyeux foutoir cinématographique qui donne surtout envie de suivre Vincent Maël Cardona dans ses prochains projets. Et ça, c’est déjà beaucoup.

NOTE : 12.80

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13.10 - MON AVIS SUR LE FILM L'INTERET D'ADAM DE LAURE WANDEL (2O25)

 


Vu le Film L’Intérêt d’Adam de Laure Wandel (2025) avec Léa Drucker Anamria Vartolomei Alex Descas Jules Delsart Laurent Capelluto Claire Bodson Timour Magomedgadjiiev Charlotte de Bruyne 

Sur une décision de justice, Adam, un enfant de quatre ans, est hospitalisé pour cause de malnutrition. Lucie, l'infirmière pédiatrique en chef, autorise Rebecca, la mère d'Adam, à rester aux côtés de son fils, bien que le juge ait strictement limité les heures de visite. Mais lorsque Rebecca refuse obstinément de quitter Adam, les choses se compliquent. Dans l'intérêt de l'enfant, Lucie fait tout son possible pour aider la mère en détresse. 

Avec L’Intérêt d’Adam, Laura Wandel s’attaque à un sujet extrêmement sensible, de ceux où il est très facile d’appuyer sur le bouton lacrymo pour faire pleurer dans la chaumière. Et c’est précisément là que le film force le respect : la réalisatrice évite le pathos, refuse la manipulation émotionnelle, et trouve un équilibre rare entre émotion brute et sincérité. Après le magnifique Un Monde sur le harcèlement scolaire, elle confirme un regard à hauteur d’enfant, mais sans jamais écraser l’adulte. 

L’histoire est simple en apparence, mais moralement vertigineuse. Rebecca, interprétée par Anamaria Vartolomei, est une mère dépassée, maladroite, fragile. Elle aime son fils Adam, mais l’aime mal, ou pas comme il faudrait. L’enfant, amaigri, épuisé, souffre de malnutrition. La justice décide alors, « pour son bien », de le placer à l’hôpital. Une décision rationnelle, médicale, administrative. Humaine ? C’est là que le film commence vraiment. 

À l’hôpital, Lucie, infirmière pédiatrique incarnée par une Léa Drucker une fois de plus magistrale, se retrouve sur une ligne de crête. Elle doit appliquer les décisions judiciaires, suivre les protocoles, protéger l’enfant, tout en faisant face à la détresse de la mère et à la parole – parfois contradictoire – de l’enfant lui-même. Léa Drucker est d’une justesse remarquable, sincère, contenue, jamais dans la démonstration. Elle n’en fait jamais trop, et c’est précisément pour cela qu’elle bouleverse. 

Le film réussit un tour de force : nous faire prendre fait et cause pour la mère, malgré ses défauts évidents, malgré ses erreurs, malgré le danger qu’elle représente peut-être. Laura Wandel ne juge jamais ses personnages. Elle observe, elle accompagne, elle laisse le spectateur dans une zone grise inconfortable. Ici, personne n’a complètement raison, personne n’a totalement tort. 

La mise en scène est sobre, presque clinique, mais jamais froide. Caméra proche des corps, des visages, des silences. Chaque geste compte. Chaque regard pèse. Le scénario avance sans effets inutiles, préférant la retenue à l’esbroufe, le non-dit aux grandes déclarations. 

La phrase finale d’Adam à sa mère est d’une violence émotionnelle rare : « Rester avec toi, mais pas mort. » Tout est là. L’amour, la peur, la dépendance, le danger. Et surtout, l’impossibilité de répondre simplement à une situation aussi complexe. On n’en saura jamais vraiment la raison profonde, et c’est peut-être ce qui rend le film si juste. 

Lucie apparaît presque comme une métaphore un peu poussive de l’hôpital : une institution prête à tout pour aller au bout de sa mission, celle de soigner, quitte à briser des liens au passage. Une machine bienveillante mais parfois aveugle. 

L’Intérêt d’Adam est un film tendre, dur, inconfortable, profondément humain. Un film qui ne donne pas de réponses, mais pose les bonnes questions. Et c’est sans doute ce que le cinéma peut faire de mieux sur de tels sujets. 

 NOTE : 13.10

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mardi 30 décembre 2025

15.20 - MON AVIS SUR LE FILM LE TRIO INFERNAL DE FRANCIS GIROD (1974)


vu le Film Le Trio Infernal de Francis Girod (1974) avec Michel Piccoli Romy Schneider Mascha Gonska Philippe Brizard Jean Rigaux Hubert Deschamps Monique Tarbès Andréa Ferreol Pierre Dac Francis Claude Papinou 

Dans la région de Marseille, Me Sarret, un avocat retors et beau parleur, organise de brillantes escroqueries à l'assurance avec la complicité de deux sœurs allemandes devenues ses maîtresses. Le réalisateur s'inspire d'un livre retraçant un fait divers réel pour composer un film à la mise en scène précise, entre humour noir et réalisme glaçant. 

Le Trio infernal de Francis Girod s’inscrit dans ce cinéma français des années 0 qui voulait choquer, provoquer, déranger — mais qui, trop souvent, confondait audace et lourdeur. Inspiré d’un fait divers réel du début du XXᵉ siècle, le film raconte l’association criminelle de Philomena (Romy Schneider), de son amant Sarret (Michel Piccoli) et d’une complice, tous engagés dans une mécanique d’escroqueries, de manipulations et de meurtres sordides. Sur le papier, le matériau est fort. À l’écran, il tourne court. 

Francis Girod n’a jamais été un grand styliste, et ce film confirme malheureusement ce constat. La mise en scène est pesante, appuyée, sans la moindre élégance ni distance critique. Chaque scène semble vouloir provoquer le malaise, mais y parvient rarement autrement que par la vulgarité. Les tentatives de scènes chocs tombent régulièrement à plat, faute de tension, de rythme et surtout de regard. 

Le principal problème vient des personnages, mal écrits et profondément antipathiquesPhilomena et Sarret sont des escrocs, des maîtres chanteurs, des êtres cyniques et calculateurs, mais le film échoue totalement à leur donner une épaisseur ou une ambiguïté fascinante. Ils sont odieux du début à la fin, sans nuance, sans mystère, sans cette part d’ombre qui pourrait susciter un minimum d’intérêt. 

Romy Schneider et Michel Piccoli, pourtant immenses acteurs, semblent ici forcer le trait pour exister dans le vide du scénario. Ils en font des tonnes, cabotinent parfois, comme s’ils tentaient de compenser par l’excès ce que l’écriture ne leur offre pas. Le résultat est paradoxalement contre-productif : plus ils jouent fort, moins on y croit. 

Le fameux trio — un homme, deux femmes — n’est décidément pas toujours le numéro gagnant, ni pour des criminels, ni pour faire un bon film. L’alchimie ne fonctionne pas, les rapports de pouvoir sont brouillons, et la dynamique dramatique reste désespérément plate. On ne ressent ni fascination pour le mal, ni effroi, ni ironie mordante. 

Le scénario s’enlise dans une succession d’actes sordides sans véritable progression dramatique. À force de vouloir choquer, le film finit par ennuyer. Et lorsque les personnages sont à ce point détestables, le spectateur n’attend plus leur chute avec impatience : il souhaite simplement les oublier. 

Le Trio infernal ressemble ainsi à un cinéma d’exploitation qui se prend pour une œuvre noire et dérangeante, mais qui n’en a ni la profondeur morale, ni la rigueur formelle. Un film daté, pesant, tristement représentatif d’un certain cinéma français des années 80, persuadé que la provocation suffisait à faire sens. 

Un ratage d’autant plus regrettable qu’il réunit des acteurs majeurs, perdus dans un projet qui ne les mérite pas. 

NOTE : 15.20

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