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samedi 8 août 2026

11.40 - MON AVIS SUR LE FILM MA FRERE DE LISE AKOKA ET ROMANDE GUERET (2026)


 Vu le Film Ma Frère de Lise Akoka et Romane Guéret (2026) avec Fanta Kebe Shirel Nataf Amel Bent Idir Azougli Yuming Hey Suzanne de Baecque Zakaria-Tayeb Lazab Mouctar Diawara


Troisième collaboration de Lise Akoka et Romane Guéret après Les Pires et la série Tu préfères ?, Ma Frère est un joli film sur la jeunesse, mais surtout sur une jeunesse qui n’a pas besoin qu’on lui explique la vie avec des grands discours.


Shaï et Djeneba ont une vingtaine d’années, sont amies depuis l’enfance et vont passer leur été comme animatrices dans une colonie de vacances, dans la Drôme. Elles quittent donc les tours de la Place des Fêtes, à Paris, pour se retrouver responsables d’une bande d’enfants de 6 à 10 ans.


Et là, forcément, les choses vont commencer à devenir intéressantes.


Car ces gamins parlent de tout : de l’amour, du sexe, de la famille, de la religion, de leurs différences, de leurs peurs, de leurs envies, de ce qu’ils comprennent et surtout de ce qu’ils ne comprennent pas encore. Et le plus réjouissant, c’est que les réalisatrices les laissent parler sans leur coller dans la bouche les grandes phrases philosophiques d’adultes qui voudraient absolument faire passer un message.


Pas de morale à deux balles, pas de mode d’emploi pour devenir un bon citoyen : ils parlent, ils réfléchissent, ils se chamaillent, ils rient et parfois ils mettent les adultes face à leurs propres contradictions.


Shaï et Djeneba, elles, sont justement entre deux âges. Elles ne sont plus vraiment des adolescentes, mais pas encore complètement des adultes. Elles doivent s’occuper des autres alors qu’elles sont encore en train de régler leurs propres problèmes. Djeneba doit composer avec une famille étouffante, Shaï avec une solitude qui l’encombre autrement. Et derrière les jeux, les activités et les discussions de la colo, c’est aussi leur amitié qui va être mise à l’épreuve.


C’est ce mélange qui fait le charme du film.


On rit souvent, mais jamais pour se moquer de ces jeunes. On est plutôt amusé par leur franchise, leur imagination et cette façon qu’ils ont de poser des questions auxquelles les adultes ont parfois passé leur vie à ne pas répondre.


Et puis il y a cette colonie de vacances qui rappelle forcément quelques souvenirs à ceux qui en ont connu les grandes heures. Une jolie colonie de vacances comme dirait Pierre Perret, et pas interdite par Mme de Gaulle !

Ici, pas question de mettre tout ce petit monde au garde-à-vous. Ça court, ça parle, ça s’engueule, ça rigole et ça découvre la vie à plusieurs.

Il y a dans le film le même côté énergique, irrévérencieux et finalement joyeux, avec un brassage de tempéraments, de cultures et d’humeurs particulièrement réjouissant.


Ce qui me plaît surtout, c’est que la liberté de penser et la lucidité parfois précoce de cette nouvelle génération permettent au film de s’intéresser davantage aux adolescents qu’aux problèmes existentiels des adultes.


Et ça fait du bien.


Les deux réalisatrices retrouvent ici ce qu’elles savent décidément très bien faire : filmer des jeunes sans les transformer en petits personnages de cinéma trop bien écrits. Ils gardent leurs maladresses, leurs expressions, leurs contradictions et cette spontanéité qui donne au film sa fraîcheur.


Fanta Kebe en Djeneba et Shirel Nataf en Shaï portent le film avec une belle complicité, entourées d’un casting où les jeunes interprètes apportent cette énergie collective indispensable à une histoire de colonie. Amel Bent, Idir Azougli, Yuming Hey et Suzanne de Baecque complètent cette troupe où chacun trouve sa place.


Après Les Pires, qui avait déjà révélé leur talent pour travailler avec de jeunes comédiens, Lise Akoka et Romane Guéret poursuivent donc leur chemin avec un film plus solaire, plus léger, mais qui conserve cette attention particulière portée aux jeunes et à leur manière de regarder le monde.


Un joli film, drôle et émouvant, frais sans être naïf, intelligent sans donner l’impression de l’être.


Et surtout un film qui fait confiance à ses personnages.


Pas besoin de leur faire la leçon : ils ont déjà beaucoup de choses à nous apprendre.


Une jolie colonie de vacances, finalement… et certainement pas interdite par Mme de Gaulle !

NOTE : 11 .40


FICHE TECHNIQUE



DISTRIBUTION

MON AVIS SUR LE COURT-METRA LE RENDEZ-VOUS DE SALOME DU CHATENET (2025)

 


Vu le court-métrage Le Rendez-vous de Salomé du Chatenet (2025) avec Mireille Perrier Antoine Pelletier


Il existe des films qui coûtent des fortunes et qui ne racontent finalement pas grand-chose. Et puis il y a des petits miracles comme Le Rendez-vous. Quatorze minutes seulement... et pourtant quelle richesse. Oui, je dis bien seulement quatorze minutes, car en si peu de temps Salomé du Chatenet, pour sa toute première réalisation, nous offre – car oui c'est un cadeau – une magnifique parenthèse d'humanité.

Tout se déroule dans un lieu que nous connaissons tous : la salle d'attente d'un psychologue. Un endroit banal en apparence, où le temps semble suspendu. Le psy, habituellement jamais en retard, se fait cette fois désirer. Hasard ? Ou retard volontaire ? La question restera ouverte, et c'est aussi ce qui fait le charme du film.

En attendant, deux inconnus vont apprendre à se connaître.

D'un côté Martine, admirablement interprétée par la grande Mireille Perrier. Elle vient consulter parce qu'elle lutte contre un cancer. Entre deux séances de chimiothérapie, elle ne cherche pas des réponses miracles. Elle veut simplement parler. Parler de ses peurs, de ses espoirs, de cette attente qui accompagne chaque combat contre la maladie. Une attente qui peut parfois être plus difficile encore que les traitements eux-mêmes.

Face à elle, Alexandre, incarné avec beaucoup de justesse par Antoine Pelletier. Un jeune homme d'une vingtaine d'années qui traverse une autre forme de tempête. Julien, le grand amour de sa vie, est parti. Alexandre ne comprend pas. Il pense avoir tout donné, tout fait pour rendre leur histoire heureuse, et pourtant il se retrouve seul face à un immense vide.

Deux douleurs qui n'ont rien à voir... et qui pourtant vont finir par se répondre.

Car c'est là toute l'intelligence du scénario. Il ne cherche jamais à comparer les souffrances. Quand on vit un gros problème, il devient toujours le plus gros du monde. Tout est relatif. Et c'est justement parce que chacun écoute l'autre sans jugement que quelque chose de profondément humain naît sous nos yeux.

Le film parle avant tout de la parole. De cette nécessité parfois vitale de déposer quelques mots devant un inconnu. Parce qu'un inconnu écoute souvent autrement que les proches. Sans conseils, sans leçons, sans faux espoirs.

Salomé du Chatenet filme tout cela avec une remarquable simplicité. Pas d'effets inutiles, pas de démonstration. Juste une caméra qui laisse respirer ses personnages et leurs silences. Pour une première réalisation, c'est une vraie réussite.

Antoine Pelletier est parfait. Il apporte beaucoup de dérision à son personnage, juste ce qu'il faut pour empêcher le film de sombrer dans le pathos. Son naturel fait merveille.

Et puis il y a Mireille Perrier.

Que dire ? Rien que la voir... rien que l'entendre... c'est déjà du bonheur. Sa voix possède cette douceur mélancolique que l'on reconnaît immédiatement. Elle n'en fait jamais trop. Un regard, un sourire discret, une hésitation... et tout passe. Une immense comédienne.

Les dialogues sonnent juste parce qu'ils ressemblent à la vraie vie. On a parfois l'impression d'être assis dans cette salle d'attente avec eux, témoin discret d'une conversation qui ne nous regarde pas et que pourtant on n'a plus envie de quitter.

Le plus beau dans ce court-métrage, c'est qu'il parle de sujets extrêmement lourds sans jamais écraser le spectateur. Il laisse toujours entrer une lumière, un sourire, une respiration. Il rappelle qu'au milieu des tempêtes, une rencontre peut parfois changer une journée... ou davantage.

Et ce psychologue qui arrive enfin... était-il réellement en retard ? Ou avait-il compris que ses deux patients avaient finalement trouvé, l'un chez l'autre, une partie des réponses qu'ils étaient venus chercher ?

C'est une très belle idée de cinéma.

Je vais même aller plus loin : ce film mériterait largement une adaptation en long métrage en conservant exactement le même tempo, la même délicatesse et surtout cette formidable humanité.

Un immense bravo à Salomé du Chatenet pour cette première réalisation pleine de sensibilité, bravo à Antoine Pelletier et à l'immense Mireille Perrier, sans oublier mon ami @MatthieuMoerlen et toute l'équipe de @MrJadis qui ont permis à ce petit bijou d'exister.

Merci à tous.

Cela fait du bien, le bonheur.

jeudi 6 août 2026

16.10 - MON AVIS SUR LE FILM OLD BOY DE PARK CHAN WOOK (2003°

 


Vu le Film Old Boy de Park Chan-wook (2003) avec Choi Min-sik Yu Ji-tae Kang Hye-jeong Ji Dae-han Oh Dal-soo Kim Byeong-ok Yun Jin-seo


Le scénario est adapté du manga éponyme de Nobuaki Minegishi et Garon Tsuchiya, publié en 1997, lui-même largement inspiré du Comte de Monte-Cristo. Comme quoi, la vengeance est un plat qui voyage très bien, de Dumas jusqu'à la Corée du Sud.

Imaginez un instant. Vous êtes enfermé, non pas derrière des barreaux, mais dans une chambre sans fenêtre, avec une seule porte. Quinze ans. Pas un rayon de soleil. Pas de journaux. Pas d'internet. Pas de Secret Story, pas de TPMP, pas de Coupe du Monde, pas même un McDo pour déprimer autrement. Dans quel état sortiriez-vous ? Probablement avec une seule idée en tête : la vengeance. Un mot essentiel dans toute la filmographie de Park Chan-wook.

C'est exactement ce qui arrive à Oh Dae-su (immense Choi Min-sik). Enlevé sans raison apparente, séquestré pendant quinze longues années dans une cellule où son unique lien avec le monde extérieur est la télévision, il découvre avec horreur que sa femme a été assassinée... et que le principal suspect n'est autre que lui-même. Lorsqu'il retrouve enfin la liberté, il n'a plus qu'une obsession : retrouver celui qui lui a volé quinze ans de sa vie et comprendre pourquoi.

Son premier repas est déjà tout un programme : une pieuvre vivante et ses tentacules. Une scène devenue mythique qui résume parfaitement le personnage. Comme si la rage qui l'habite ne pouvait plus être contenue et devait désormais dévorer tout ce qui se trouve sur son passage.

Park Chan-wook nous prend littéralement aux tripes et ne nous lâche plus pendant deux heures. La violence est extrême, parfois insoutenable, souvent dérangeante, mais jamais gratuite. Elle raconte quelque chose, elle accompagne la folie des personnages et participe à cette descente aux enfers dont personne ne sort indemne.

Il faut voir Old Boy comme un véritable opéra. Chaque combat, chaque déplacement, chaque regard semble chorégraphié avec une précision d'orfèvre. L'inoubliable affrontement dans le couloir, filmé en un long plan latéral, est devenu une référence absolue du cinéma mondial. Ce n'est plus une bagarre, c'est une danse macabre.

Mais réduire Old Boy à sa violence serait une énorme erreur. Derrière le thriller se cache un drame humain bouleversant. Celui d'un homme auquel on a volé quinze années d'existence, sa famille, son identité, sa raison de vivre. Plus il avance vers la vérité, plus il s'approche d'un précipice dont il ignore encore la profondeur.

Le scénario avance comme une mécanique infernale. Chaque réponse soulève une nouvelle question jusqu'à ce que Park Chan-wook assène un des plus grands twists de l'histoire du cinéma. Un retournement aussi choquant que tragique qui vous laisse totalement sonné. Le coup de grâce. Celui qui transforme un excellent thriller en immense tragédie.

Grand Prix du Festival de Cannes en 2004 sous la présidence de Quentin Tarantino, Old Boy n'a rien volé de sa réputation. C'est un film qui vous marque au fer rouge, vous bouscule, vous secoue et refuse de quitter votre mémoire longtemps après le générique.

Un thriller captivant, un drame poignant, une tragédie grecque moderne trempée dans le sang et les larmes.

Grand thriller glaçant... et mouillé !

NOTE : 16.10

FICHE TECHNIQUE


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