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dimanche 20 juillet 2025

15.30 - MON AVIS SUR LE FILM LES SAISONS DE JACQUES PERRIN (2016)


 Vu le film Documentaire Les Saisons de Jacques Perrin (2016)  

Jacques Perrin et Jacques Cluzaud reviennent sur des terres familières. Ils nous convient à un formidable voyage à travers le temps pour redécouvrir ces territoires européens que nous partageons avec les animaux sauvages depuis la dernière ère glaciaire jusqu'à nos jours. L'hiver durait depuis 80.000 ans lorsque, en un temps très bref, une forêt immense recouvre tout le continent. 

Avec Les Saisons, Jacques Perrin, accompagné une nouvelle fois de son complice Jacques Cluzaud (Le Peuple migrateur, Océans), poursuit son travail d’orfèvre dans le domaine du documentaire animalier. Mais cette fois, l’ambition dépasse la simple observation du vivant : il s’agit de raconter une histoire naturelle de l’Europe, à travers un récit immersif qui embrasse 20 000 ans de cohabitation entre l’homme et la faune sauvage. C’est un projet audacieux, quasi philosophique, qui refuse la linéarité historique au profit d’un regard "nature-centré", où l’humain ne fait irruption que progressivement, et souvent comme perturbateur d’un équilibre originel. 

Le film commence ainsi dans un silence majestueux, peuplé de feuillages, de brumes et de regards d’animaux. Pendant près de 45 minutes, aucune parole ne vient troubler la symphonie végétale et animale d’un monde où les chênes dominent et les bêtes sont reines. Cette première partie, audacieusement contemplative, peut déranger certains spectateurs par son rythme lent, presque hypnotique, mais elle est aussi porteuse d’un souffle poétique rare. Elle reconstitue — avec un recours assumé à la fiction, aux effets spéciaux et à la mise en scène — le monde tel qu’il fut avant que l’homme ne commence à tracer routes, champs et frontières. Des scènes de poursuite — comme celle haletante entre des loups et un sanglier — captivent par leur intensité chorégraphique, renouant avec un cinéma muet, mais vibrant. 

La deuxième moitié du film, tout en conservant sa veine onirique, introduit l’homme. Pas en conquérant triomphant, mais en acteur parmi d’autres, silhouette modeste d’abord (cueilleur, berger, paysan), puis personnage de plus en plus présent (forestier, mineur, ouvrier), jusqu’à devenir la force dominante. C’est alors que le propos du film s’éclaire : ce que Les Saisons nous raconte, c’est la dépossession progressive de la nature, non par hostilité, mais par ignorance ou nécessité. Le XIIIe siècle, avec ses grands défrichements, marque une rupture. L’ère industrielle consomme l’équilibre. Mais jamais Perrin ne sombre dans le didactisme moralisateur : sa narration reste intuitive, sensorielle, incarnée. La voix-off, discrète et poétique, agit en guide plus qu’en maître à penser. 

Techniquement, le film est un exploit. Tourné pendant trois ans, il repose sur une cohabitation millimétrée entre les animaux filmés dans leur environnement réel et des trucages numériques quasi invisibles. Le pari de "filmer comme on met en scène" se révèle payant : la caméra se fait œil d’animal, souffle de vent ou pas feutré dans la neige. Le travail sonore, tout en finesse, complète cette immersion organique. 

Il faut voir Les Saisons comme une méditation écologique, mais sans slogans. Le film pose la question de notre rapport au vivant par la beauté, pas par la culpabilisation. Il nous montre ce que nous avons perdu, mais aussi ce qu’il est encore possible de préserver. Loin d’un pamphlet écologiste ou d’un film purement scientifique, Les Saisons est un poème visuel, parfois un peu flou dans son intention narrative, mais bouleversant dans son geste artistique. 

 
Sorti en 2016, Les Saisons s’inscrit dans la lignée des grands documentaires naturalistes français portés par Jacques Perrin. Le projet fait suite au succès de Le Peuple migrateur (2001) et Océans (2009), mais innove par sa portée historique et sa mise en scène semi-fictive. Il mobilise un budget conséquent et une équipe internationale pour capter au plus près la faune européenne dans ses interactions passées et présentes. Au moment où les enjeux écologiques deviennent cruciaux, Les Saisons s’inscrit comme un plaidoyer esthétique pour une mémoire longue de la nature, et un cinéma de la lenteur et de l’émerveillement. 

NOTE : 15.30

FICHE TECHNIQUE

 

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