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lundi 7 juillet 2025

14.10 - MON AVIS SUR LE FILM ORCA DE MICHAEL ANDERSON (1977)


 Vu le film Orca de Michael Anderson (1977) avec Richard Harris Charlotte Rampling Bo Derek Will Sampson Robert Carradine Keenan Wyn Vincent Gentile Peter Hooten 

Au cours d'une plongée, la spécialiste de la faune sous-marine Rachel Bedford est attaquée par une orque. Pour la sauver, le capitaine Nolan tue l'animal déclenchant la colère du mâle. Une chasse à mort s'engage. 

En 1975, Les Dents de la Mer de Spielberg inventait le blockbuster moderne et jetait un froid sur les baignades d’été. Deux ans plus tard, Orca arrive comme une réplique inattendue et fascinante — non pas une pâle copie, mais une relecture mythologique, inversée. Petit clin d’œil ironique : Orca, c’est aussi le nom du bateau dans lequel Brody, Hooper et Quint affrontaient le requin dans le film de Spielberg. Ici, le nom devient celui du roi des océans. 

 

Orca, réalisé par Michael Anderson (auteur de L’Âge de cristal), commence comme une chasse et s’achève en tragédie. À Petty Harbour, village côtier de Terre-Neuve-et-Labrador, un pêcheur endetté, Nolan (interprété avec intensité par Richard Harris), tue accidentellement une femelle orque enceinte, provoquant la rage froide du mâle survivant. La scène, d’une rare cruauté, devient le pivot du film : l’orque voit, comprend, retient — il va traquer l’homme, non pas comme un prédateur sans conscience, mais comme une entité blessée, capable de ressentiment, de deuil, de vengeance. 

 

C’est toute la force du film : Orca ne montre pas un monstre marin, mais un animal intelligent, sentimental, capable d’une stratégie implacable. Loin d’un film d’horreur maritime classique, il s’inscrit dans une logique inversée où l’homme est le Goliath, arrogant et destructeur, et l’orque le David, petit par rapport à l’humanité dans sa globalité mais colosse dans la mer, incarnation d’une justice écologique. On ne chasse pas impunément un tel esprit — et l’issue ne laisse que peu d’espoir à ceux qui croient dominer la nature. 

 

Le casting autour d’Harris est remarquable : Charlotte Rampling joue Rachel Bedford, une biologiste marine qui tente de raisonner Nolan, et incarne la voix de la conscience scientifique. Will Sampson, imposant amérindien déjà vu dans Vol au-dessus d’un nid de coucou, incarne Jacob Umilak, un chasseur d’orignaux lucide, respectueux de l’ordre naturel. Enfin, Bo Derek apparaît dans l’un de ses premiers rôles au cinéma, avant de devenir une icône. 

 

Le scénario, signé Luciano Vincenzoni (collaborateur de Sergio Leone), donne au film une tonalité sombre et mélancolique, et Ennio Morricone, au sommet de son art, y appose une partition somptueuse. Sa musique, tour à tour romantique, dramatique ou épique, transcende la mise en scène. Elle transforme les paysages glacés de l’Atlantique Nord en théâtre antique, où se joue un face-à-face aux allures de tragédie grecque. 

 

Certes, le film accuse parfois son âge : la séquence dans les glaces polaires, censée figurer l’ultime confrontation, pâtit d’effets spéciaux un peu datés. Mais la beauté de la photographie, la rudesse des décors naturels, et surtout la mise en scène presque élégiaque rattrapent ces faiblesses techniques. On y perçoit un lyrisme rare dans le cinéma d’exploitation animalier. 

 

La force de Orca, c’est son positionnement moral inhabituel : contrairement au requin de Spielberg, simple machine à tuer, l’orque ici devient symbole de la revanche de la nature, mais une nature qui juge avec précision, et châtie avec justesse. Il ne s’agit pas seulement d’un film sur la peur ou la survie, mais d’un drame psychologique et éthique. 

 

Orca est bien plus qu’un "Jaws bis". C’est un conte cruel et poignant, presque écologique, où l’homme tue ce qu’il ne comprend pas et finit traqué par ce qu’il croyait dominer. Le film transforme l’épaulard — cet animal à sang chaud, que l’on retrouve dans tous les océans — en symbole de l’intelligence souveraine, de la douleur, de la puissance, et de l’ordre naturel rétabl 

NOTE : 14.10

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DISTRIBUTION

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