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dimanche 4 janvier 2026

9.50 - MON AVIS SUR LE FILM NOUVELLE VAGUE DE RICHARD LINKLATER (2025)


 Vu le Film Nouvelle Vague de Richard Linklater (2025) avec Zoey Deutsch Guillaume Marbeck Aubry Dullin Alix Bénézech Paolo Luka Noé Benjamin Cléry Adrien Rouyard Tom Novembre Come Thieulin Jonas Marmy Laurent Mothe  

Paris, 1959. Un réalisateur inconnu, un producteur aventureux, un budget dérisoire, une équipe minuscule, et le projet fou de tourner un premier film en 20 jours avec un embryon de scénario sur un ... 

Dire que je ne suis pas fan de Jean-Luc Godard et d’une bonne partie de la Nouvelle Vague est un euphémisme. 
Alors un film consacré à cette fameuse “Nouvelle Vague” — ou vaguelette pour moi — n’avait, sur le papier, rien pour m’exciter. 
Et pourtant, j’espérais que Richard Linklater, cinéaste sensible et souvent malin, apporte du recul, de l’humour, voire un regard critique. 
Raté. 

Linklater réussit un tour de force : rendre son film aussi chiant que les films de Godard eux-mêmes. 
Ce n’est pas un hommage, c’est une reconstitution sous formol. 
On assiste à un défilé de figures mythifiées — Truffaut, Chabrol, Rivette, Rohmer — sans souffle, sans chair, sans plaisir. 
Un trombinoscope cinéphile, version musée poussiéreux. 

Le film pose une question qu’il ne résout jamais : 
c’est quoi, au fond, la Nouvelle Vague ? 
Une révolution ? Une posture ? Un club d’hommes sérieux persuadés de refaire le monde en tirant la gueule ? 
Ici, tout le monde a l’air profondément emmerdé d’être là. 
Personne ne sourit. 
Personne ne rit. 
Faire du cinéma semble être une corvée, pas une passion, encore moins un sacerdoce joyeux. 

La mise en scène est sage, appliquée, presque scolaire. 
Linklater filme ces icônes comme on lit un manuel d’histoire du cinéma en diagonale. 
Aucune folie visuelle. 
Aucun vertige. 
Aucune envie de désacraliser. 
C’est respectueux, donc inoffensif. 
Et fatalement ennuyeux. 

Le scénario, lui, se contente d’aligner scènes et citations, clins d’œil et références. 
Un film fait par et pour les critiques de cinéma — en voie de disparition — dont beaucoup sont d’ailleurs cités, comme un exercice d’auto-flagellation collective. 
On se regarde filmer l’Histoire en se félicitant de la comprendre. 

Côté casting, tout n’est pas à jeter. 
Zoey Deutch est parfaite en Jean Seberg : lumineuse, fragile, moderne, elle apporte enfin de l’oxygène au film. 
À chacune de ses apparitions, le film respire. 
Guillaume Marbeck, en Jean-Luc Godard, est tout aussi juste : il incarne à merveille une coquille vide, froide et antipathique. 
Pour une fois, Godard n’est pas romantisé, et c’est sans doute la meilleure idée du film. 

Le reste du casting est plus problématique. 
On comprend le projet — faire jouer tout le monde, recréer une troupe — mais le résultat est souvent insupportable. 
Mention spéciale à Aubry Dullin en Belmondo : 
ce n’est pas Belmondo, c’est un ersatz tac-tac-boum, une caricature bodybuildée là où Belmondo avait du charme, de l’ironie et de la nonchalance. 

Au finalNouvelle Vague est un film qui regarde son sujet avec révérence mais sans amour. 
Un film figé, sérieux, compassé. 
Un hommage qui oublie l’essentiel : 
le plaisir, l’élan, la joie de créer. 

Pour moi, c’est donc un film fait pour les autres, pour les adorateurs du mythe, pour ceux qui confondent importance historique et émotion de cinéma. 
Une vague qui se regarde passer. 
Et qui, une fois encore, me laisse sur le rivage. 

NOTE : 9.50

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation : Richard Linklater
  • Scénario : Holly Gent et Vince Palmo, adapté par Michèle Halberstadt et Lætitia Masson
  • Décors : Katia Wyszkop
  • Costumes : Pascaline Chavanne
  • Photographie : David Chambille
  • Son : Jean Minondo
  • Montage : Catherine Schwartz
  • Production : Laurent Pétin et Michèle Halberstadt
  • Sociétés de production : ARP Sélection, en association avec Detour Filmproduction, avec le soutien du CNC
  • Sociétés de distribution : ARP Sélection (France) ; Cherry Pickers (Belgique), Filmcoopi (Suisse romande), Photon Films (Québec)
  • Pays de production : Drapeau de la France France

DISTRIBUTION

samedi 3 janvier 2026

11.30 - MON AVIS SUR LE FILM LA MARIEE ETAIT TROP BELLE DE PIERRE GASPART-HUIT (1956)

 


Vu le Film La Mariée était trop belle de Pierre Gaspart-Huit (1956) avec Brigitte Bardot Micheline Presle Louis Jourdan Marcelle Arnold Marcel Amont Anne Roudier Jean François Calvé Roger Dumas 

Judith, rédactrice en chef d'un magazine féminin, mariée, entretient une liaison avec Michel, un homme plus jeune qu'elle. Pour les besoins de son magazine, elle engage un jeune mannequin, mais elle s'aperçoit très vite que son amant n'est pas insensible aux charmes de la jeune femme. 

Sorti la même année que Le Mépris de Godard, La Mariée était trop belle joue clairement dans une autre cour, et surtout dans un autre registre. Là où Godard déconstruit le couple, Pierre Gaspard-Huit préfère l’emballer dans du papier de soie, avec musique élégante et jolis cadres. On retrouve Brigitte Bardot dans un rôle à l’opposé de Camille : Catherine, jeune femme lumineuse, presque ingénue, mais toujours terriblement convoitée. 

Car évidemment, quand BB entre dans un plan, les hommes gravitent. Michel (Louis Jourdan), séducteur sûr de lui, et Patrice (Jean-François Calvé), plus discret mais tout aussi amoureux, se disputent son attention dans un jeu de passions très années 50, où les sentiments sont chics et les conflits feutrés. Le triangle amoureux pourrait déjà suffire, mais comme souvent dans ces histoires, une deuxième femme vient semer le trouble. 

Et quelle femme : Judith, interprétée par Micheline Presle, directrice pointilleuse d’un journal de mode, une sorte d’Anna Wintour avant l’heure, regard froid, autorité naturelle et désir bien mal placé. Elle convoite Michel, et ce, sans le moindre scrupule, même le jour du mariage de Catherine. Presle est excellente dans ce rôle de femme mûre, élégante, dominatrice, qui apporte au film ce léger parfum de rivalité féminine jamais vraiment méchante mais toujours piquante. 

Alors oui, il faut être honnête : cela ne vole pas très haut. Le scénario tient davantage sur le charme de ses interprètes que sur ses rebondissements. On n’est pas chez Carné, encore moins chez Fritz Lang, et Gaspard-Huit ne cherche jamais à dépasser le cadre confortable de la comédie sentimentale. Mais il filme proprement, avec de très belles prises de vue, une mise en scène fluide, sans stress, qui laisse respirer les situations. 

Brigitte Bardot, elle, traverse le film avec une facilité déconcertante. Ce n’est clairement pas un défi d’actrice, mais elle irradie, naturelle, souriante, éblouissante sans effort. Elle file dans les situations comme tu le dis, portée par une belle partition musicale qui accompagne parfaitement cette légèreté assumée. 

Retrouver Bardot, Presle et Jourdan réunis suffit largement au plaisir. Trois idoles des années 50, trois styles, trois présences. La Mariée était trop belle n’est pas un grand film, mais un divertissement élégant, amusant, joliment emballé. Une comédie légère qui ne prétend à rien d’autre qu’à charmer — et qui y parvient, tranquillement. 

NOTE : 11.30

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION