Vu le Film Nouvelle Vague de Richard Linklater (2025) avec Zoey Deutsch Guillaume Marbeck Aubry Dullin Alix Bénézech Paolo Luka Noé Benjamin Cléry Adrien Rouyard Tom Novembre Come Thieulin Jonas Marmy Laurent Mothe
Paris, 1959. Un réalisateur inconnu, un producteur aventureux, un budget dérisoire, une équipe minuscule, et le projet fou de tourner un premier film en 20 jours avec un embryon de scénario sur un ...
Dire que je ne suis pas fan de Jean-Luc Godard et d’une bonne partie de la Nouvelle Vague est un euphémisme.
Alors un film consacré à cette fameuse “Nouvelle Vague” — ou vaguelette pour moi — n’avait, sur le papier, rien pour m’exciter.
Et pourtant, j’espérais que Richard Linklater, cinéaste sensible et souvent malin, apporte du recul, de l’humour, voire un regard critique.
Raté.
Linklater réussit un tour de force : rendre son film aussi chiant que les films de Godard eux-mêmes.
Ce n’est pas un hommage, c’est une reconstitution sous formol.
On assiste à un défilé de figures mythifiées — Truffaut, Chabrol, Rivette, Rohmer — sans souffle, sans chair, sans plaisir.
Un trombinoscope cinéphile, version musée poussiéreux.
Le film pose une question qu’il ne résout jamais :
c’est quoi, au fond, la Nouvelle Vague ?
Une révolution ? Une posture ? Un club d’hommes sérieux persuadés de refaire le monde en tirant la gueule ?
Ici, tout le monde a l’air profondément emmerdé d’être là.
Personne ne sourit.
Personne ne rit.
Faire du cinéma semble être une corvée, pas une passion, encore moins un sacerdoce joyeux.
La mise en scène est sage, appliquée, presque scolaire.
Linklater filme ces icônes comme on lit un manuel d’histoire du cinéma en diagonale.
Aucune folie visuelle.
Aucun vertige.
Aucune envie de désacraliser.
C’est respectueux, donc inoffensif.
Et fatalement ennuyeux.
Le scénario, lui, se contente d’aligner scènes et citations, clins d’œil et références.
Un film fait par et pour les critiques de cinéma — en voie de disparition — dont beaucoup sont d’ailleurs cités, comme un exercice d’auto-flagellation collective.
On se regarde filmer l’Histoire en se félicitant de la comprendre.
Côté casting, tout n’est pas à jeter.
Zoey Deutch est parfaite en Jean Seberg : lumineuse, fragile, moderne, elle apporte enfin de l’oxygène au film.
À chacune de ses apparitions, le film respire.
Guillaume Marbeck, en Jean-Luc Godard, est tout aussi juste : il incarne à merveille une coquille vide, froide et antipathique.
Pour une fois, Godard n’est pas romantisé, et c’est sans doute la meilleure idée du film.
Le reste du casting est plus problématique.
On comprend le projet — faire jouer tout le monde, recréer une troupe — mais le résultat est souvent insupportable.
Mention spéciale à Aubry Dullin en Belmondo :
ce n’est pas Belmondo, c’est un ersatz tac-tac-boum, une caricature bodybuildée là où Belmondo avait du charme, de l’ironie et de la nonchalance.
Au final, Nouvelle Vague est un film qui regarde son sujet avec révérence mais sans amour.
Un film figé, sérieux, compassé.
Un hommage qui oublie l’essentiel :
le plaisir, l’élan, la joie de créer.
Pour moi, c’est donc un film fait pour les autres, pour les adorateurs du mythe, pour ceux qui confondent importance historique et émotion de cinéma.
Une vague qui se regarde passer.
Et qui, une fois encore, me laisse sur le rivage.
NOTE : 9.50
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Richard Linklater
- Scénario : Holly Gent et Vince Palmo, adapté par Michèle Halberstadt et Lætitia Masson
- Décors : Katia Wyszkop
- Costumes : Pascaline Chavanne
- Photographie : David Chambille
- Son : Jean Minondo
- Montage : Catherine Schwartz
- Production : Laurent Pétin et Michèle Halberstadt
- Production exécutive : Emmanuel Montamat et John Sloss
- Sociétés de production : ARP Sélection, en association avec Detour Filmproduction, avec le soutien du CNC
- Sociétés de distribution : ARP Sélection (France) ; Cherry Pickers (Belgique), Filmcoopi (Suisse romande), Photon Films (Québec)
- Pays de production :
France
- Guillaume Marbeck : Jean-Luc Godard[6]
- Zoey Deutch : Jean Seberg[7]
- Aubry Dullin : Jean-Paul Belmondo[8]
- Bruno Dreyfürst : Georges de Beauregard
- Benjamin Cléry : Pierre Rissient
- Matthieu Penchinat : Raoul Coutard
- Pauline Belle : Suzon Faye
- Blaise Pettebone : Marc Pierret
- Benoît Bouthors : Claude Beausoleil
- Paolo Luka Noé : François Moreuil[]
- Adrien Rouyard : François Truffaut
- Jade Phan-Gia : Phuong Maittret
- Jodie Ruth-Forest : Suzanne Schiffman[]
- Antoine Besson : Claude Chabrol
- Frank Cicurel : Raymond Cauchetier
- Roxane Rivière : Agnès Varda
- Côme Thieulin : Eric Rohmer
- Jonas Marmy : Jacques Rivette
- Alix Bénézech : Juliette Gréco
- Jean-Jacques Le Vessier : Jean Cocteau
- Laurent Mothe : Roberto Rossellini
- Tom Novembre : Jean-Pierre Melville
- Niko Ravel : Michel Fabre
- Aurélien Lorgnier : Robert Bresson

