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mardi 5 avril 2022

16.90 - MON AVIS SUR LE FILM YOYO DE PIERRE ETAIX (1965)

Vu le film (découverte) Yoyo de et avec PierreEtaix (1965) avec aussi Claudine Auger Philippe Dionnet Luce  Klein Philippe Castelli Roger Trap Pipo

Avec Yoyo, Pierre Etaix signe un très grand film en hommage au monde du cirque et à tous ceux qui, sur les routes de France, veulent et doivent nous faire rire. Sur un fond de film muet, un riche jeune homme vit seul dans une demeure gigantesque, entouré de domestiques mais surtout de solitude et d’ennui. Sa vie va changer lorsqu’un cirque arrive près de chez lui et qu’il reconnaît dans l’écuyère une jeune femme qu’il a aimée en secret et qui avait disparu depuis plusieurs années. Il découvre alors qu’elle est la mère d’un petit garçon qui n’est autre que son fils, déjà sur la piste dans le costume du petit clown Yoyo.

Etaix commence son film comme un film muet, avec une intelligence incroyable du geste, du regard et du gag visuel. Le moindre bruit devient un élément comique, les sons semblent parfois sortir de bulles de champagne qui éclatent, et cette première partie est un véritable festival d’invention. Puis la crise de 1929 arrive et, avec elle, la fortune du jeune homme disparaît. Il rejoint alors la femme qu’il aime et son fils, et tous trois prennent la route avec le cirque. Le petit garçon devient Yoyo, tandis que le monde continue de tourner et que la Seconde Guerre mondiale vient à son tour bouleverser leur existence.

Yoyo grandit, devient producteur de spectacles et retrouve finalement la grande demeure de son père, celle dont il a toujours rêvé. Mais lorsqu’il possède enfin tout ce qu’il croyait désirer, il comprend que le bonheur n’est pas forcément entre quatre murs, même dans un château. Il repart alors sur les routes, comme si le cirque était finalement sa véritable maison.

Tout est magnifique dans ce film, à commencer par Pierre Etaix, notre Buster Keaton à nous, dont il était d’ailleurs un grand admirateur. Son talent de pince-sans-rire est immense et il montre ici qu’il n’a rien à envier à ses maîtres. Il rend un hommage flamboyant à Chaplin, notamment au Cirque et au Dictateur, mais aussi à Fellini et à La Strada, avec ce cirque de Zampano qui s’est déjà installé dans le village et doit partir à sa conquête.

On trouve également du Lubitsch dans cette partie consacrée au grand monde, entre richesse, misère et décadence de la haute société. Et bien sûr du Tati, ce qui n’est guère étonnant puisque Pierre Etaix avait participé à la préparation des gags de Mon Oncle. Pour ma part, j’y retrouve même quelque chose de Robert Dhéry ou de Jean Yanne par moments, notamment dans cette façon très particulière de jouer avec le phrasé et le décalage.

Le scénario, ambitieux et extrêmement drôle, est signé Pierre Etaix avec Jean-Claude Carrière, qui en est alors à son troisième film et avait déjà collaboré avec Etaix sur Le Soupirant. Ensemble, ils construisent une histoire qui traverse plusieurs décennies sans jamais perdre son élégance ni son humour.

Mais le véritable génie de Yoyo reste sa mise en scène, qui transforme chaque situation en spectacle. Etaix sait faire rire avec presque rien, un déplacement, un regard, un bruit, une porte, un objet ou simplement un personnage qui se trouve au mauvais endroit au mauvais moment. Il possède cette qualité devenue rare de laisser le gag naître naturellement sans lui courir après avec un gyrophare.

Yoyo est pour moi un grand film, un film profondément amoureux du cirque et de ceux qui consacrent leur vie à faire rire les autres, parfois dans des conditions bien moins confortables que les spectateurs installés dans leurs fauteuils. Pierre Etaix y démontre l’étendue de son immense talent et prouve qu’on peut rendre hommage à Chaplin, Keaton, Fellini ou Tati sans jamais être simplement leur copiste. Il prend tout ce qu’il aime chez ses maîtres et le transforme en Etaix. Et quand Yoyo repart finalement sur les routes, on comprend que certaines maisons peuvent être immenses sans jamais être vraiment chez soi.

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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