Vu le film Les Anciens de Saint Loup de Georges Lampin (1950) avec Bernard Blier Serge Reggiani Johnny Chambot François Périer Monique Mélinant Odile Versois Maurice Regamey Georgette Anys Pierre Larquey Gabriel Gobin René Berthier Pierre Mondy Bernard Noel Dominique Marcas
M. Jacquelin, directeur du collège de Saint-Loup, fait
ses adieux aux enfants. L'établissement va devoir fermer, faute d'argent. Il
profite des grandes vacances pour inviter ses anciens élèves, onze ans après
leur bachot, afin qu'ils l'aident à renflouer et rénover l'établissement, trop
vétuste. Parmi ceux-ci se trouvent trois amis jadis inséparables : Paul
Forestier, curé, Jean Laclaux, banquier et Charles Merlin, globe-trotter, qui
formaient la bande des " Trois Mousquetaires ". Mais la banque
dirigée par Laclaux vient de faire faillite, et M. Jacquelin comptait surtout
sur lui pour sauver l'école. De plus, un autre drame se joue alors que les
vieux copains sont à nouveau réunis : Catherine Jacquelin, la nièce du
directeur, est assassinée. Cette situation provoque une rivalité entre Laclaux
et Merlin, mais le prêtre parvient à réconcilier les deux hommes, on apprend
que c'est la femme du banquier qui se croyant trompée vient d'assassiner celle
qu'elle prenait pour sa rivale. Le film se termine par la mort de Jacquelin,
heureux que ce ne soit pas l'un de ses anciens élèves qui ait commis
l'assassinat.
Voilà un petit polar des années 50 qui, mine de rien, nous ramène dans des souvenirs de jeunesse, avec cette France profonde de l’après-guerre où chaque souvenir fait remonter des secrets bien enfouis dans la mémoire d’enfants et d’adolescents dont les parcours vont, des années plus tard, faire naître quelques jalousies.
Tout commence avec le retour d’une bande d’anciens copains dans leur ancien collège, devenu le décor de retrouvailles qui vont rapidement tourner au vinaigre lorsqu’un meurtre vient perturber les retrouvailles. Comme dans tout bon polar de campagne, les suspects sont nombreux et chacun semble avoir quelque chose à cacher, car derrière les souvenirs communs se sont accumulés les rancœurs, les frustrations et les petits comptes jamais vraiment réglés.
Georges Lampin installe son intrigue dans une ambiance assez particulière, à la fois policière et profondément marquée par cette France d’après-guerre qui porte encore les traces du conflit. La guerre est terminée depuis quelques années seulement, mais ses relents restent dans les mémoires et donnent au film une atmosphère plus sombre que son apparente simplicité pourrait le laisser croire.
On pense forcément au Corbeau de Clouzot, avec cette méfiance qui s’installe progressivement entre les personnages, mais aussi aux Disparus de Saint-Agil, et ce rapprochement n’a rien de surprenant puisque le romancier Pierre Véry, qui a écrit ce film, avait également signé Les Disparus de Saint-Agil. On retrouve cette façon de faire peser un mystère sur un lieu où l’enfance et les souvenirs ne sont jamais très loin.
Le film peut paraître aujourd’hui assez classique dans sa construction, mais il possède ce charme particulier des polars français de cette époque, où l’on prenait le temps d’installer une ambiance et des personnages avant de distribuer les cartes.
Et quel casting ! On retrouve quelques-uns des grands comédiens de l’époque avec Jean Tissier, Bernard Blier, Serge Reggiani et François Périer, auxquels vient s’ajouter le jeune Pierre Mondy. Une belle distribution qui donne au film une solide présence, même lorsque l’intrigue avance tranquillement.
Mais ce sont aussi les gamins de l’école qui attirent l’œil, avec notamment Johnny Chambot et leurs gueules de vrais poulbots des campagnes, souvent tristes, un peu désabusés, mais tellement représentatifs d’une époque où les enfants ne ressemblaient pas encore à ceux d’aujourd’hui.
Ces gamins chantent beaucoup en marchant, notamment « Un éléphant ça trompe énormément », et cela m’a forcément ramené quelques années en arrière avec les chansons de scouts que je chantais une décennie plus tard. Comme quoi, il suffit parfois d’une chanson dans un vieux film pour faire remonter toute une époque.
Et parmi ces enfants, on reconnaîtra Serge Grave, déjà vu dans Les Disparus de Saint-Agil, Serge Lecointe, que l’on retrouvera notamment dans Le Rouge est mis, et même un tout petit Patrick Dewaere qui n’avait que trois ans.
Les Anciens de Saint-Loup est donc un petit polar sans prétention qui vaut autant pour son intrigue que pour ce qu’il fait remonter d’une France aujourd’hui disparue. Un film où un meurtre sert finalement de prétexte pour retrouver des visages, des lieux, des chansons et une époque où les secrets restaient beaucoup plus longtemps enfouis dans les mémoires.
NOTE : 13.90
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Georges Lampin
- Assistants réalisateurs 1) Wladimir Roitfeld / 2) Michel Mombailly
- Scénario : Georges Lampin et Pierre Véry, d'après son roman homonyme, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1944, 128 pages
- Dialogues : Pierre Véry
- Décors : Robert Clavel
- Directeur de la photographie : Louis Page
- Cameraman : André Dumaître
- Musique : Georges Van Parys
- Son : Paul Boistelle
- Montage : Monique Kirsanoff
- Maquillage : Serge Gleboff
- Script-girl : Suzanne Durrenberger
- Régisseur : Jean Mottet
- Directeur de production Constantin Geftman
- Producteur : Jacques Roitfeld
- Production : Les Productions Jacques Roitfeld
- Société de distribution : La Société des Films Sirius (France), Royal Film (Belgique)
- Pays d'origine :
France
- François Périer : Charles Merlin
- Serge Reggiani : l'abbé Paul Forestier
- Bernard Blier : Jean Laclaux, le banquier ruiné
- Monique Mélinand : Hélène Laclaux, sa femme
- Pierre Larquey : Jacquelin, le directeur du collège
- Odile Versois : Catherine Jacquelin, sa nièce
- Charles Vissières : Rossignol, le portier du collège
- Gabriel Gobin : Subileau, l'agriculteur
- Raphaël Patorni : Fourcade, le secrétaire de Laclaux
- Maurice Regamey : Marcel Raboisson, l'aveugle
- Pierre Mondy : le marquis Patrice de Puy-Tirejol
- Johnny Chambot : Émile
- Pamela Wilde : Barbara, la compagne de voyage de Merlin
- Michel André : Caille
- Jean Sylvère : Abadie
- René Berthier : Lahulotte, l'avocat
- Serge Grave : Le Guellec
- Jacques Denoël : Espérandieu
- Robert Pouget : Maréchal
- Et acteurs et actrices non crédités
- Christian Simon : Ernest
- Serge Lecointe : un gamin
- Jacques Gencel : un élève du collège de Saint-Loup
- Rémi Clary : le jeune marié
- Sophie Leclair : la jeune mariée
- Jean Berton : un surveillant
- Bernard Noël : un surveillant
- Lucien Guervil : Boutigues
- Albert Malbert : un villageois
- Dominique Marcas : une villageoise
- Germaine Stainval : la femme de ménage
- Émile Riandreys : un ouvrier du collège
- Georgette Anys : la voyageuse à l'enfant
- Marcel Loche : le contrôleur
- Lucien Frégis : l'inspecteur Froment
- Georges Demas : un inspecteur
- Jacques Mauclair : un inspecteur
- Jackie Blanchot : un inspecteur
- Marcel Rouzé : un inspecteur
- Patrick Dewaere : un gamin

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