vu le Film Le Trio Infernal de Francis Girod (1974) avec Michel Piccoli Romy Schneider Mascha Gonska Philippe Brizard Jean Rigaux Hubert Deschamps Monique Tarbès Andréa Ferreol Pierre Dac Francis Claude Papinou
Dans la région de Marseille, Me Sarret, un avocat retors et beau parleur, organise de brillantes escroqueries à l'assurance avec la complicité de deux sœurs allemandes devenues ses maîtresses. Le réalisateur s'inspire d'un livre retraçant un fait divers réel pour composer un film à la mise en scène précise, entre humour noir et réalisme glaçant.
Le Trio infernal de Francis Girod s’inscrit dans ce cinéma français des années 0 qui voulait choquer, provoquer, déranger — mais qui, trop souvent, confondait audace et lourdeur. Inspiré d’un fait divers réel du début du XXᵉ siècle, le film raconte l’association criminelle de Philomena (Romy Schneider), de son amant Sarret (Michel Piccoli) et d’une complice, tous engagés dans une mécanique d’escroqueries, de manipulations et de meurtres sordides. Sur le papier, le matériau est fort. À l’écran, il tourne court.
Francis Girod n’a jamais été un grand styliste, et ce film confirme malheureusement ce constat. La mise en scène est pesante, appuyée, sans la moindre élégance ni distance critique. Chaque scène semble vouloir provoquer le malaise, mais y parvient rarement autrement que par la vulgarité. Les tentatives de scènes chocs tombent régulièrement à plat, faute de tension, de rythme et surtout de regard.
Le principal problème vient des personnages, mal écrits et profondément antipathiques. Philomena et Sarret sont des escrocs, des maîtres chanteurs, des êtres cyniques et calculateurs, mais le film échoue totalement à leur donner une épaisseur ou une ambiguïté fascinante. Ils sont odieux du début à la fin, sans nuance, sans mystère, sans cette part d’ombre qui pourrait susciter un minimum d’intérêt.
Romy Schneider et Michel Piccoli, pourtant immenses acteurs, semblent ici forcer le trait pour exister dans le vide du scénario. Ils en font des tonnes, cabotinent parfois, comme s’ils tentaient de compenser par l’excès ce que l’écriture ne leur offre pas. Le résultat est paradoxalement contre-productif : plus ils jouent fort, moins on y croit.
Le fameux trio — un homme, deux femmes — n’est décidément pas toujours le numéro gagnant, ni pour des criminels, ni pour faire un bon film. L’alchimie ne fonctionne pas, les rapports de pouvoir sont brouillons, et la dynamique dramatique reste désespérément plate. On ne ressent ni fascination pour le mal, ni effroi, ni ironie mordante.
Le scénario s’enlise dans une succession d’actes sordides sans véritable progression dramatique. À force de vouloir choquer, le film finit par ennuyer. Et lorsque les personnages sont à ce point détestables, le spectateur n’attend plus leur chute avec impatience : il souhaite simplement les oublier.
Le Trio infernal ressemble ainsi à un cinéma d’exploitation qui se prend pour une œuvre noire et dérangeante, mais qui n’en a ni la profondeur morale, ni la rigueur formelle. Un film daté, pesant, tristement représentatif d’un certain cinéma français des années 80, persuadé que la provocation suffisait à faire sens.
Un ratage d’autant plus regrettable qu’il réunit des acteurs majeurs, perdus dans un projet qui ne les mérite pas.
NOTE : 15.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Francis Girod
- Scénario : Francis Girod et Jacques Rouffio d'après le roman homonyme de Solange Fasquelle
- Production : Raymond Danon, Jacques Dorfmann, Wolfdieter von Stein
- Musique : Ennio Morricone
- Photographie : Andréas Winding
- Montage : Claude Barrois
- Décors : Jean-Jacques Caziot
- Costumes : Jacques Fonteray
- Pays de production :
France |
Italie |
Allemagne de l'Ouest
- Michel Piccoli : Georges Sarret
- Romy Schneider : Philomena Schmidt
- Mascha Gonska : Catherine Schmidt
- Philippe Brizard : Chambon
- Jean Rigaux : Villette
- Monica Fiorentini : Magali
- Hubert Deschamps : Detreuil
- Monique Tarbès : l'infirmière
- Andréa Ferréol : Noémie
- Francis Claude : le docteur
- Pierre Dac : le médecin de l'assurance
- Papinou : Luffeaux
- Luigi Zerbinati
- Jean-Pierre Honoré
- Henri Piccoli : le violoniste
- Renata Zamengo

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