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mercredi 31 décembre 2025

13.10 - MON AVIS SUR LE FILM L'INTERET D'ADAM DE LAURE WANDEL (2O25)

 


Vu le Film L’Intérêt d’Adam de Laure Wandel (2025) avec Léa Drucker Anamria Vartolomei Alex Descas Jules Delsart Laurent Capelluto Claire Bodson Timour Magomedgadjiiev Charlotte de Bruyne 

Sur une décision de justice, Adam, un enfant de quatre ans, est hospitalisé pour cause de malnutrition. Lucie, l'infirmière pédiatrique en chef, autorise Rebecca, la mère d'Adam, à rester aux côtés de son fils, bien que le juge ait strictement limité les heures de visite. Mais lorsque Rebecca refuse obstinément de quitter Adam, les choses se compliquent. Dans l'intérêt de l'enfant, Lucie fait tout son possible pour aider la mère en détresse. 

Avec L’Intérêt d’Adam, Laura Wandel s’attaque à un sujet extrêmement sensible, de ceux où il est très facile d’appuyer sur le bouton lacrymo pour faire pleurer dans la chaumière. Et c’est précisément là que le film force le respect : la réalisatrice évite le pathos, refuse la manipulation émotionnelle, et trouve un équilibre rare entre émotion brute et sincérité. Après le magnifique Un Monde sur le harcèlement scolaire, elle confirme un regard à hauteur d’enfant, mais sans jamais écraser l’adulte. 

L’histoire est simple en apparence, mais moralement vertigineuse. Rebecca, interprétée par Anamaria Vartolomei, est une mère dépassée, maladroite, fragile. Elle aime son fils Adam, mais l’aime mal, ou pas comme il faudrait. L’enfant, amaigri, épuisé, souffre de malnutrition. La justice décide alors, « pour son bien », de le placer à l’hôpital. Une décision rationnelle, médicale, administrative. Humaine ? C’est là que le film commence vraiment. 

À l’hôpital, Lucie, infirmière pédiatrique incarnée par une Léa Drucker une fois de plus magistrale, se retrouve sur une ligne de crête. Elle doit appliquer les décisions judiciaires, suivre les protocoles, protéger l’enfant, tout en faisant face à la détresse de la mère et à la parole – parfois contradictoire – de l’enfant lui-même. Léa Drucker est d’une justesse remarquable, sincère, contenue, jamais dans la démonstration. Elle n’en fait jamais trop, et c’est précisément pour cela qu’elle bouleverse. 

Le film réussit un tour de force : nous faire prendre fait et cause pour la mère, malgré ses défauts évidents, malgré ses erreurs, malgré le danger qu’elle représente peut-être. Laura Wandel ne juge jamais ses personnages. Elle observe, elle accompagne, elle laisse le spectateur dans une zone grise inconfortable. Ici, personne n’a complètement raison, personne n’a totalement tort. 

La mise en scène est sobre, presque clinique, mais jamais froide. Caméra proche des corps, des visages, des silences. Chaque geste compte. Chaque regard pèse. Le scénario avance sans effets inutiles, préférant la retenue à l’esbroufe, le non-dit aux grandes déclarations. 

La phrase finale d’Adam à sa mère est d’une violence émotionnelle rare : « Rester avec toi, mais pas mort. » Tout est là. L’amour, la peur, la dépendance, le danger. Et surtout, l’impossibilité de répondre simplement à une situation aussi complexe. On n’en saura jamais vraiment la raison profonde, et c’est peut-être ce qui rend le film si juste. 

Lucie apparaît presque comme une métaphore un peu poussive de l’hôpital : une institution prête à tout pour aller au bout de sa mission, celle de soigner, quitte à briser des liens au passage. Une machine bienveillante mais parfois aveugle. 

L’Intérêt d’Adam est un film tendre, dur, inconfortable, profondément humain. Un film qui ne donne pas de réponses, mais pose les bonnes questions. Et c’est sans doute ce que le cinéma peut faire de mieux sur de tels sujets. 

 NOTE : 13.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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