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lundi 12 octobre 2026

5.90 - MON AVIS SUR LE FILM BLACK KILLER DE CARLO CROCCOLO (1971)

 


Vu le film Black Killer de Carlo Croccolo (sous le nom de « Lucky Moore ») (1971) avec Klaus Kinski Fred Robsahm Marina Mulligan Antonio Cantafora Paul Craine Tiziana Dini Ted Jones Terry Jones


pour faire plus américain, est un western spaghetti de fin de cycle, une production bas de gamme de 1971 comme l’Italie en fabriquait encore à la chaîne, avec des scénarios qui tiennent parfois sur un coin de table et des moyens qui ne risquent pas de faire de l’ombre aux productions hollywoodiennes.

Nous sommes dans le western d’exploitation, celui qui cherche avant tout à remplir les salles avec des fusillades, des règlements de comptes et quelques idées suffisamment originales pour retenir l’attention du spectateur. Ce n’est pas un nanar totalement assumé, car le film ne pousse pas le mauvais goût jusqu’à en faire un spectacle comique, mais ce n’est pas non plus une grande réussite cinématographique. Il se situe dans cet entre-deux où l’on peut trouver quelques plaisirs de cinéphile au milieu d’une production qui ne cherche manifestement pas à révolutionner le genre.

La petite ville de Tombstone est sous la coupe des frères O’Hara, des bandits mexicains qui portent des noms irlandais, ce qui constitue déjà une curiosité dont le western italien a le secret. Ces charmants personnages terrorisent les fermiers, les contraignent à céder leurs titres de propriété avant de les éliminer, avec la complicité d’un juge qui a visiblement oublié le sens du mot justice. Dans ce coin de l’Ouest, la propriété privée est une chose sacrée, sauf lorsqu’elle appartient à quelqu’un d’autre que les O’Hara.

C’est dans ce contexte qu’arrive Burt Collins (Fred Robsahm), un tireur qui va endosser l’étoile de shérif, tandis que James Webb (Klaus Kinski), un avocat mystérieux, débarque avec une malle remplie de livres. On pourrait croire que le bonhomme vient régler les problèmes de Tombstone à coups de plaidoiries, mais nous sommes dans un spaghetti et les livres ont ici une autre utilité que d’enrichir la culture générale des habitants.

Car ces ouvrages sont évidés et dissimulent des pistolets, une trouvaille qui constitue le principal gadget du film et lui donne une partie de son identité. Il fallait tout de même y penser : quand la loi ne suffit plus, autant sortir l’artillerie de la bibliothèque ! L’idée est suffisamment originale pour réveiller une intrigue qui, sans elle, aurait bien du mal à sortir des sentiers battus.

L’histoire se complique avec une affaire de vengeance après l’attaque du frère de Burt et de sa femme indienne Sarah, tandis que les alliances se font et se défont au gré des intérêts de chacun. Les doubles jeux s’accumulent, les règlements de comptes se préparent et le scénario finit par nous réserver un retournement autour de l’argent plutôt que de la terre, histoire de rappeler que, dans l’Ouest, les bonnes intentions ont souvent un prix.

Klaus Kinski, dans le rôle de James Webb, reste relativement en retrait, observant les événements avant d’intervenir lorsque cela devient nécessaire. Élégant dans ses vêtements noirs, avec son regard inquiétant et cette présence qui lui permettait d’occuper l’écran sans avoir besoin d’en faire des tonnes, il apporte au film une dimension que les autres personnages ne possèdent pas toujours. On connaît le bonhomme, qui enchaînait alors les productions alimentaires pour assurer ses cachets, mais même dans ce genre de commande, il conservait une intensité qui faisait la différence.

Fred Robsahm assure le rôle du tireur devenu shérif, tandis que le reste de la distribution remplit les fonctions habituelles du genre, entre méchants sans scrupules et victimes qui attendent que quelqu’un vienne remettre un peu d’ordre dans cette petite entreprise criminelle. Les personnages secondaires restent assez interchangeables, et l’on ne peut pas dire que Carlo Croccolo ait particulièrement cherché à leur donner une profondeur psychologique digne d’un grand drame shakespearien.

La musique de Daniele Patucchi constitue l’un des atouts du film, avec ses guitares, ses riffs, son piano électrique et ses motifs dramatiques qui tentent de donner du relief à des images parfois bien pauvres. Nous ne sommes évidemment pas chez Ennio Morricone, mais le compositeur connaît les codes du western italien et parvient à installer une ambiance qui compense occasionnellement les limites de la mise en scène.

Car les faiblesses sont bien présentes, entre les trous de scénario, les décors modestes, les scènes parfois répétitives et une violence de genre qui tient davantage de la routine que de la véritable invention. La nudité gratuite vient également rappeler que certaines productions italiennes de cette époque n’hésitaient pas à ajouter quelques arguments de ce type pour attirer le chaland, quitte à les intégrer avec la délicatesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Il faut aussi replacer Black Killer dans son époque, celle des salles de quartier enfumées, des doubles programmes et des séances du samedi où l’on venait chercher des fusillades, des gros plans sur les visages burinés et un nom comme celui de Klaus Kinski sur l’affiche. Dans ce contexte, le film remplissait son contrat, sans prétendre rivaliser avec les grandes réussites du western italien.

Aujourd’hui, il révèle davantage les limites d’une industrie qui exploitait jusqu’au bout les recettes d’un genre en perte de vitesse, avant que celui-ci ne disparaisse progressivement des écrans populaires. Carlo Croccolo signe une réalisation modeste, mais le film conserve quelques arguments grâce à son curieux système de livres-pistolets, à la musique de Patucchi et à la présence de Kinski.

Black Killer n’est donc pas un western à défendre artistiquement à tout prix, mais ce n’est pas non plus un désert cinématographique absolu. Pour les amateurs de western spaghetti de série B et les inconditionnels de Kinski, il reste une curiosité qui se regarde avec un certain plaisir, à condition de ne pas attendre le prochain Il était une fois dans l’Ouest. Les autres pourront toujours passer leur chemin, car Tombstone a beau être sous la coupe des O’Hara, le cinéma italien, lui, avait déjà commencé à rendre les armes.

NOTE : 5.90

FICHE TEHNIQUE


DISTRIBUTION

samedi 25 juillet 2026

14.00 - MON AVIS SUR LE FILM UN VIOLON SUR LE TOIT DE NORMAN JEWISON (1971)


 Vu le film Un Violon sous le Toit de Norman Jewison (1971) avec Chaim Topor Norma Crane Leonard Frey Mooly Picon Paul Mann Rosalind Harris Paul Michael Glaser Michele Marsh


« Ah si j'étais riche... » Ah si j'étais riche, je m'achèterais une maison... et un violon. Et surtout, je donnerais du bonheur aux spectateurs. Rien qu'avec cette chanson, le pari est déjà gagné.

Je vais être honnête, pendant des années j'ai laissé ce film de côté. Avant même de le voir, j'avais le sentiment qu'il n'était tout simplement pas fait pour moi. Une histoire centrée sur une communauté juive, un shtetl perdu dans l'Ukraine du début du XXe siècle, avec des traditions religieuses, des chants et des danses qui ne faisaient absolument pas partie de ma culture. Je pensais assister à une longue comédie musicale un peu austère. Quelle erreur !

Dès les premières minutes, Norman Jewison réussit un véritable tour de force. Il nous ouvre les portes du village d'Anatevka et nous invite à partager le quotidien de ses habitants comme si nous en faisions partie. On ne regarde plus un film, on y entre.

Et puis arrive Chaim Topol. Dès qu'il entonne le mythique « Ah si j'étais riche », impossible de résister. On chantonne avec lui, on tape du pied, on est presque prêt à se lever de son fauteuil pour rejoindre la danse. Cette scène résume à elle seule toute la magie du cinéma : quelques notes, un immense acteur et tout un public qui oublie le monde extérieur.

Topol est absolument extraordinaire dans le rôle de Tevye. Avec son regard malicieux, son humour, sa tendresse et ses interrogations permanentes adressées à Dieu, il compose un personnage profondément humain. C'est un père de famille qui tente de préserver ses traditions tout en voyant ses filles choisir leur propre destinée. Il fait rire, il émeut et il bouleverse sans jamais en faire trop.

À ses côtés, Norma Crane incarne avec beaucoup de douceur Golde, son épouse, tandis que les trois filles, Tzeitel, Hodel et Chava, vont chacune remettre en question les traditions familiales en suivant leur cœur. Leonard Frey apporte beaucoup de sympathie au personnage de Motel, Paul Michael Glaser est un Perchik passionné et idéaliste, et Rosalind Harris, Michele Marsh ainsi que Neva Small donnent chacune une personnalité bien différente aux filles de Tevye.

Ce qui m'a le plus surpris, c'est que derrière cette grande comédie musicale se cache une histoire profondément universelle. Le véritable sujet n'est pas seulement la religion. C'est le choc des générations. Des parents qui veulent transmettre leurs valeurs, des enfants qui aspirent à choisir leur propre vie, leurs propres amours, leur propre avenir. Un conflit vieux comme le monde et qui reste toujours aussi actuel.

Un bon récipient à chaleur humaine... quand, cependant, on oublie bien entendu les arrière-plans... et le coût astronomique de cette production ! Car oui, le film est spectaculaire sans jamais devenir tape-à-l'œil. Chaque décor, chaque costume, chaque mouvement de foule semble avoir été pensé avec une précision remarquable. Norman Jewison signe une mise en scène d'une élégance rare qui laisse respirer les personnages et leurs émotions.

Les numéros musicaux ne sont jamais de simples parenthèses. Ils racontent quelque chose. Ils prolongent les sentiments, les espoirs ou les peines des personnages. Même lorsqu'ils sont joyeux, une certaine mélancolie n'est jamais très loin. Et c'est précisément ce mélange qui rend le film si bouleversant.

Pour que j'aime une comédie musicale, il me faut trois choses : premièrement, que l'histoire soit intéressante. Deuxièmement, que le film ne laisse jamais cette histoire s'échapper derrière les chansons. Troisièmement, que les chansons me plaisent. Un Violon sur le Toit coche toutes les cases avec une facilité déconcertante.

Impossible également de rester insensible au contexte historique. Adapté de la célèbre comédie musicale de Broadway, elle-même inspirée des récits du grand écrivain yiddish Cholem Aleikhem, le film nous plonge dans la vie des communautés juives de l'Empire russe au début du XXe siècle, confrontées aux discriminations, aux violences et aux expulsions. Norman Jewison ne transforme jamais cette tragédie en simple décor. Elle accompagne les personnages jusqu'au déchirant dernier acte, où chacun doit quitter la terre qui l'a vu naître.

Le film est triste. Les chansons sont souvent tristes. Le destin de ces familles est triste. Et pourtant, jamais le film ne sombre dans le désespoir. Bien au contraire. Notre emballement pour ces personnages, notre attachement à cette famille, nous donnent envie de croire qu'une vie meilleure est possible, même si rien n'est gagné d'avance.

Voilà sans doute la plus belle réussite de Un Violon sur le Toit. Il parle d'une communauté bien précise, mais touche à quelque chose de profondément universel : la famille, la transmission, l'amour, la tolérance, le déracinement et l'espérance.

Je suis monté sur le toit avec ce violoniste sans vraiment savoir où il allait me conduire. J'en suis redescendu le cœur rempli d'émotion, avec cette chanson dans la tête et un immense sourire aux lèvres.

Alors laissez-vous emballer... et devenez riches d'amour du prochain.

NOTE : 14.00

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION