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jeudi 8 octobre 2026

6.20 - MON AVIS SUR LE FILM JACK L'EVENTREUR DE JESUS FRANCO (1976)

 


Vu le film Jack l'Eventreur de Jésus Franco (1976) avec Klaus Kinski Joséphine Chaplin Andre Mannkopff Herbert Fux Lina Romay Nikola Weisse Hans Gaugler Ursula von Wiese


Que ne faut-il pas faire pour participer à un défi cinématographique ! Même lorsqu’on connaît bien l’histoire du célèbre tueur de Whitechapel, qui terrorisa Londres en 1888 en assassinant plusieurs femmes, principalement des prostituées, on peut encore tomber sur un film qui vous donne envie de retourner aux archives plutôt que de poursuivre le visionnage. Avec Jack l’Éventreur, le réalisateur espagnol Jesús Franco nous embarque dans une drôle d’aventure qui risque de laisser quelques traces, pas forcément celles qu’on espérait.


Il faut dire que le bonhomme n’est pas exactement un débutant lorsqu’il s’agit de fréquenter les bas-fonds du cinéma d’horreur, avec ses créatures perverses, ses femmes dénudées et ses scènes de violence qui flirtent allègrement avec l’érotisme de mauvais genre. Un univers qui lui colle à la peau et dans lequel il semble particulièrement à son aise, même si l’on peut légitimement se demander si tout cela sert encore le cinéma ou simplement les habitudes d’un réalisateur qui a trouvé sa recette.


L’histoire de Jack l’Éventreur semblait pourtant taillée pour lui, avec cette série de meurtres qui a marqué l’histoire criminelle et dont l’auteur véritable n’a jamais été identifié avec certitude. Le mystère reste entier, les hypothèses se sont multipliées au fil des décennies et les amateurs de criminologie ont eu largement le temps de se creuser les méninges. Il y avait donc matière à proposer un portrait inquiétant, à explorer la psychologie d’un assassin ou à tenter de comprendre ce qui se cache derrière une telle folie meurtrière.


Encore fallait-il avoir quelque chose de nouveau à raconter, et c’est là que les choses se compliquent sérieusement pour notre cher Jesús.


Au lieu de véritablement creuser la personnalité du tueur, le film donne surtout l’impression d’enchaîner les scènes trash et sanglantes, comme si l’accumulation de sévices et de situations malsaines suffisait à fabriquer une œuvre dérangeante. Les meurtres deviennent alors davantage des prétextes à exhiber les obsessions du cinéaste qu’une manière de nous faire entrer dans l’esprit d’un homme qui a réellement existé, même si son identité demeure inconnue.


On pourra toujours me rétorquer que les amateurs du genre y trouvent leur compte, et ils existent certainement, car le cinéma d’exploitation a ses fidèles, ses défenseurs et ses petites chapelles où l’on ne s’étonne plus de grand-chose. Mais entre montrer des horreurs à l’écran et parvenir à raconter une histoire qui possède une véritable épaisseur, il y a tout de même une différence que notre réalisateur semble parfois oublier en cours de route.


Le plus amusant, si l’on peut dire, reste cette fin inventée qui ne correspond nullement à une vérité historique établie. Après avoir joué avec un personnage dont l’identité constitue encore aujourd’hui une énigme, Jesús Franco choisit de refermer le dossier à sa manière, sans que les manuels de criminologie aient besoin de modifier leurs chapitres pour autant. La liberté du cinéaste est une chose, mais lorsqu’on s’attaque à une affaire aussi célèbre, on aimerait que l’imagination apporte autre chose qu’une conclusion sortie du chapeau.


Heureusement, Klaus Kinski est là pour donner un peu de relief à cette entreprise. L’acteur allemand, dont la folie légendaire faisait presque partie du personnage public, possède cette présence inquiétante qui peut transformer une simple apparition en moment de cinéma. Encore faut-il que le film lui offre un terrain à la hauteur de son talent, car Kinski a beau en faire des tonnes, il ne peut pas toujours sauver un scénario qui semble davantage préoccupé par ses débordements que par sa construction.


Il faut reconnaître que le bonhomme porte admirablement son patronyme dans ce genre de production, avec cette intensité qui peut fasciner autant qu’elle finit par fatiguer. Mais à force de tirer sur la pellicule dans tous les sens, on finit par se demander si le véritable éventreur du film n’est pas celui qui se trouve derrière la caméra, occupé à découper son histoire en morceaux plutôt qu’à lui donner une âme.


Je ne prétendrai pas que Jesús Franco n’a aucun talent, car il possède un univers bien à lui, une manière de filmer qui ne ressemble pas à celle de tout le monde et une place particulière dans le cinéma d’exploitation européen. Encore faudrait-il que cette singularité débouche sur autre chose qu’une succession de scènes provocantes, car la transgression pour la transgression finit par tourner en rond, même lorsqu’on lui ajoute quelques litres de faux sang.


Pour ce qui me concerne, ce Jack l’Éventreur ne m’aura donc pas convaincu, et je préfère largement conserver le mystère de Whitechapel plutôt que de subir cette reconstitution qui prend des libertés sans réussir à leur donner une véritable raison d’être. Le défi est peut-être accompli sur le papier, mais mon enthousiasme, lui, a pris la fuite avant le générique.


Bon allez, on rembobine ma cassette VHS, on la remet dans son carton au grenier et on fait comme si je n’avais jamais vu ce film. Quant à Klaus Kinski, il pourra toujours se consoler en sachant qu’il n’a pas été le seul à éventrer quelque chose dans cette histoire : son réalisateur s’est chargé de la pellicule !

NOTE : 6.20

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation et scénario : Jesús Franco (crédité comme Jess Franco)
  • Montage : Marie-Luise Buschke
  • Musique : Walter Baumgartner
  • Photographie : Peter Baumgartner et Peter Spoerri
  • Société de production : Elite Film (Suisse) et Cinemec (Cinemec)
  • Pays de production : Drapeau de l'Allemagne de l'Ouest Allemagne de l'Ouest, Drapeau de la Suisse Suisse

DISTRIBUTION

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