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samedi 10 octobre 2026

15.70 - MON AVIS SUR LE FILM 3 JOURS A MANHATTAN DE MARCEL CARNE (1965)

 


Vu le Film 3 Jours à Manhattan de Marcel Carné (1965) avec Jeanne Moreau Maurice Ronet Roland Lesaffre O.E Hasse Gabrielle Ferzetti Geneviève Page Margaret Nolan Virginia Vee et Robert de Niro


Georges Simenon, New York en noir et blanc, Brooklyn Village, du jazz pour nos oreilles, de la fumée de cigarettes pour notre nez et Maurice Ronet et Jeanne Moreau pour nos papilles, on se croirait dans un film noir, mais loin de là, Marcel Carné nous sert un drame psychologique qui n’a rien à envier aux meilleures productions américaines de l’époque.

Le film suit François Combe, un comédien français installé à New York, qui vient de se séparer de sa femme, tandis que Kay, une jeune femme rencontrée dans un bar, traîne elle aussi derrière elle les débris d’une histoire d’amour. Deux êtres abandonnés par leurs amours précédentes, qui vont tenter de se reconstruire ensemble, ou du moins de se tenir chaud dans une existence qui prend l’eau de toutes parts. Ils s’accrochent l’un à l’autre comme une branche à son arbre, avec cette peur permanente de voir le dernier refuge disparaître.

Carné filme ces deux solitudes sans chercher à nous vendre une romance à l’eau de rose, car derrière les gestes tendres et les rapprochements se cachent les blessures, les doutes et les rancœurs de ceux qui ont déjà pris quelques coups dans la vie. L’amour devient ici une bouée de sauvetage, mais encore faut-il savoir nager à deux quand chacun risque de couler de son côté.

Voilà un film anti-Nouvelle Vague, où l’on prend son temps, de bar de nuit en bar de nuit, de whisky en whisky, de cigarettes en cigarettes, sans courir après le spectateur pour lui expliquer ce qu’il doit ressentir. On s’installe, on observe, on écoute, et l’on se laisse gagner par cette atmosphère enfumée où les silences ont parfois plus de poids que les dialogues. Il y a du Robert Rossen ou du Martin Ritt dans cette manière de raconter les êtres cabossés, avec un billard en plus, et l’on se sent tout de suite en terrain connu.

Maurice Ronet et Jeanne Moreau, déjà réunis dans Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle, nous offrent un couple hypnotique, sensuel et mystérieux, qui capte notre attention sans avoir besoin d'en faire des tonnes. Ronet, avec son élégance fatiguée et son air d’homme qui a déjà perdu quelques batailles, trouve en Moreau une partenaire à sa mesure. Quant à Jeanne Moreau, elle possède cette présence magnétique qui vous accroche le regard, même lorsqu’elle semble simplement attendre que la nuit passe.

Leur relation avance à coups d’approches, de reculs et de petites explosions, car ces deux-là ont beau chercher un peu de chaleur humaine, ils ne sont pas forcément prêts à faire les concessions nécessaires pour vivre ensemble. Carné connaît son sujet et ne transforme jamais ses personnages en marionnettes destinées à servir une belle histoire. Il préfère les laisser vivre, se tromper et se débrouiller avec leurs contradictions, ce qui rend le film d’autant plus attachant.

Bien sûr, on retrouve l’indispensable Roland Lesaffre, fidèle parmi les fidèles de Carné, ainsi que Gabriele Ferzetti, que les amateurs de western italien retrouveront quelques années plus tard chez Sergio Leone dans Il était une fois dans l’Ouest. Et puis, dans un coin de bar, presque incognito, apparaît un certain Robert De Niro, pour sa toute première apparition au cinéma, dans un film français, messieurs ! Il remettra d’ailleurs le couvert avec Marcel Carné dans Les Jeunes Loups, en 1968.

Rien que pour ce petit morceau d’histoire du cinéma, le détour vaut déjà la peine, même si De Niro n’est évidemment pas encore la star que l’on connaît aujourd’hui. On imagine mal le jeune homme se douter qu’il deviendra l’un des grands noms du cinéma américain, alors qu’il fait ses premiers pas devant la caméra d’un réalisateur français dont la carrière appartient déjà à une autre époque.

Avec 3 Chambres à Manhattan, Marcel Carné retrouve une histoire de solitudes, de rencontres et de destins contrariés, dans une Amérique nocturne qui semble faite pour accueillir les âmes perdues. Le film prend son temps, respire au rythme du jazz et laisse ses personnages exister sans les enfermer dans des explications inutiles. Ce n’est peut-être pas le Carné que le grand public cite spontanément, mais c’est un film profondément humain, porté par deux acteurs qui donnent à cette errance sentimentale une intensité peu commune.

On commande un dernier whisky, on écrase sa cigarette et l’on reste encore un peu avec François et Kay, parce que quitter ces deux-là, c’est finalement retrouver trop vite la solitude que le film nous avait permis d’oublier.

NOTE : 15.70

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION


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