Vu Le Film Un Vrai Bonhomme de Benjamin Parent avec Benjamin Voisin Thomas Guy Tasnim Jamlaoui Guillaume Arnault Sami Outalbali Laurent Lucas Isabelle Carré Nils Othenin Girard
Tom, un adolescent timide et sensible, s'apprête à faire sa rentrée dans un nouveau lycée. Pour l'aider à s'intégrer, il peut compter sur les conseils de Léo, son grand frère qu'il considère comme son mentor. Léo va s'employer à faire de Tom un homme, un vrai, mais son omniprésence va rapidement se transformer en une influence toxique. Pourtant, derrière la bienveillance fraternelle de Léo, se cache un tempérament destructeur. Tom va devoir batailler pour s'affranchir de son emprise.
Je me rappelle avoir vu Un Vrai Bonhomme juste avant le confinement, dans les salles du Publicis, loin de mes bases habituelles, mais j’avais tellement envie de le découvrir que je n’ai pas regretté le déplacement, pas plus que de le revoir aujourd’hui. Il y a des films qui vous laissent un bon souvenir et d’autres qui confirment, plusieurs années plus tard, que votre première impression était la bonne. Celui de Benjamin Parent appartient à la deuxième catégorie.
Ce premier long métrage possède une fraîcheur incroyable alors qu’il aborde des sujets qui n’ont rien de réjouissant, entre le deuil et la perte d’un proche, les humiliations permanentes au lycée, la responsabilité que l’on doit assumer en grandissant et la toxicité de celui dont on attend justement qu’il nous protège. Un cocktail qui pourrait facilement plomber l’atmosphère, mais le réalisateur trouve le ton juste pour nous embarquer dans cette histoire sans nous donner l’impression de subir une leçon de morale.
Benjamin Parent nous conduit là où il veut nous emmener, sans esbroufe ni effets appuyés, en laissant l’histoire se construire progressivement comme un puzzle dont les pièces s’assemblent les unes après les autres. Le récit avance avec une belle fluidité, sans avoir besoin de multiplier les coups de théâtre pour retenir notre attention, car on s’habitue peu à peu aux personnages, à leurs contradictions et à leurs secrets, jusqu’à comprendre ce qui se joue réellement derrière les apparences. C’est intelligent, maîtrisé et particulièrement emballant.
Le scénario témoigne d’une vraie finesse d’écriture, qualité que Benjamin Parent avait déjà montrée en coécrivant Mon Inconnue de Hugo Gélin et en créant la série pour adolescents Les Grands sur OCS. Il confirme ici qu’il sait raconter une histoire, observer les adolescents sans les caricaturer et parler de leurs difficultés avec une sensibilité qui ne verse jamais dans la mièvrerie.
Reste à savoir si Tom parviendra à couper les liens qui l’enchaînent à son frère et à trouver sa propre voie, pour enfin vivre libre. Toute la force du film se trouve dans cette question, qui dépasse largement le cadre du lycée et nous renvoie à ces relations parfois étouffantes dont on ne sait pas toujours comment se libérer.
Et puis il y a les comédiens, une sacrée bande de jeunes talents dont certains ont de bonnes chances de faire parler d’eux dans la décennie à venir, car le talent, ici, il y en a au mètre carré ! On commence par Thomas Guy, qui avait 19 ans au moment du film et porte cette histoire avec une justesse remarquable, lui que l’on avait déjà aperçu dans L’Heure de la sortie de Sébastien Marnier, véritable vivier de jeunes comédiens à suivre.
Nils Othenin-Girard, remarqué notamment dans Simon et Théodore, et Guillaume Arnault, que l’on a pu voir dans Interrail et la série Marseille, complètent cette distribution prometteuse. Ils apportent à l'ensemble cette spontanéité qui évite au film de ressembler à une démonstration fabriquée sur les tourments de l'adolescence.
Mais il y a aussi celui qui fut bien davantage qu’une révélation en 2020 : Benjamin Voisin, déjà aperçu dans Été 85 et La Dernière Vie de Simon, qui dévoilait ici plusieurs facettes de son talent, passant de l’amusement à quelque chose de franchement inquiétant. À 24 ans, il avait déjà cette présence qui ne laisse pas indifférent et cette capacité à rendre un personnage aussi fascinant que dérangeant.
Depuis, il a gravi les échelons un à un, jusqu’au César du meilleur espoir masculin pour Illusions perdues, une consécration qui n’avait rien d’usurpé. On aurait également aimé le voir récompensé pour L’Étranger, tant son parcours confirme qu’il ne s’agit pas d’un feu de paille, et son incarnation prochaine du jeune Johnny Hallyday constitue une nouvelle étape à suivre. Un diamant pur, ce Benjamin Voisin, et je ne crois pas que nous ayons fini d’en entendre parler.
Un Vrai Bonhomme est une formidable découverte, un film qui aborde des thèmes douloureux avec une légèreté de ton qui n’enlève rien à leur gravité, bien au contraire. Benjamin Parent réussit son entrée dans le long métrage avec une histoire solidement construite et une distribution qui mérite tous les encouragements.
Comme quoi, pour parler sérieusement de sujets difficiles, il n'est pas nécessaire de sortir l'artillerie lourde ni de nous plomber le moral pendant deux heures. Voilà un premier film qui donne envie de suivre son réalisateur, et une belle poignée de comédiens dont certains n'ont manifestement pas fini de grimper les marches !
NOTE : 13.80
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Benjamin Parent
- Scénario : Benjamin Parent et Théo Courtial, Charlotte Sanson sur une idée de Benjamin Parent, Victor Rodenbach et Tristan Schulmann
- Musique : Pierre Lefeuvre
- Photographie : Pierre Cottereau
- Montage : Béatrice Herminie
- Son :
- Ingénieur du son : Pierre Mertens
- Mixage : Franco Piscopo
- Montage son : Sabrina Calmels
- Production : Caroline Adrian
- Sociétés de production : Delante Productions, en coproduction avec Delante Films, France 2 Cinéma, Été 75 et Scope Pictures, en association avec les SOFICA Cinéventure 4 et Indéfilms 7
- Société de distribution : Ad Vitam Distribution (France)
DISTRIBUTION
- Thomas Guy : Tom
- Benjamin Voisin : Léo
- Isabelle Carré : Ariane
- Laurent Lucas : Vincent
- Anaëlle Othenin-Girard : Jean-Baptiste « JB »
- Tasnim Jamlaoui : Clarisse
- Guillaume Arnault : Steeve
- Mohamed Seddiki : Victor Ramirez
- Sami Outalbali : Sonnie
- Léa Rostain : Tess
- Mahia Zrouki : Rachel
- Éric Boucher : M. Serra
- Joséphine Draï : Mme Dubreuil
- Pierre Bénézit : Paul, l'infirmier
- Bruno Sanches : le guichetier du cinéma
- Adeline Chagneau : docteur Marchiano
- Delphine Baril : la professeur du flash-back
- Andranic Manet : l'élève du flash-back

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