Vu le film Prison de Femmes de Maurice Cloche (1958) avec Danièle Delorme Jacques Duby Jane Marken Vega Vinci Louis Arbessier Dominique Davray Jacques Marin Louis Nicola Amato
Les films sur les femmes en prison sont assez rares, surtout à cette époque, et celui de Maurice Cloche a le mérite de nous emmener derrière les barreaux sans nous servir les clichés habituels du genre. Moins de testostérone, moins de douches crapuleuses, mais une réalité carcérale où les droits sont réduits au minimum, avec une règle essentielle : se taire et obéir. Les gardiennes ne sont pas toutes des modèles de compréhension, certaines estimant même qu’on n’est pas assez sévère avec les détenues, tandis que les prisonnières elles-mêmes ne ratent aucune occasion de régler leurs comptes dans la violence.
C’est dans cet univers que va se retrouver Alice, incarnée par une fabuleuse Danièle Delorme, accusée d’avoir empoisonné son mari. La mère de ce dernier, interprétée par Jane Marken, ne fait rien pour dissiper les soupçons qui pèsent sur la jeune femme, et les doutes vont l’accompagner jusqu’au procès. Une accusation terrible qui va bouleverser son existence et la conduire dans la prison de Haguenau, loin de sa vie d’avant et de tout ce qui lui reste à espérer.
Maurice Cloche filme ces femmes emprisonnées dans un huis clos étouffant, où chacune traîne ses blessures, ses secrets et ses rancœurs, dans un environnement qui ne favorise guère la solidarité. Le réalisateur parvient pourtant à nous faire ressentir de l’empathie pour ces détenues, sans chercher à les transformer en saintes victimes ni à masquer les violences qu’elles peuvent s’infliger entre elles. Derrière les barreaux, la souffrance ne rend pas nécessairement meilleur, et la promiscuité peut faire ressortir le pire comme le meilleur de chacune.
Le film porte également un regard critique sur une justice qui manque de moyens et qui ne semble pas toujours se donner les moyens de rechercher la vérité, même lorsque celle-ci paraît difficile à établir. Alice devient ainsi le symbole de ces erreurs judiciaires dont les conséquences sont terribles, car une femme peut passer des années en prison alors que son innocence semble pourtant évidente. Le temps perdu ne se rattrape pas, et les années de liberté volées ne se résument pas à une porte qui s’ouvre enfin.
La situation d’Alice est d’autant plus douloureuse qu’elle a accouché en prison et qu’elle doit vivre séparée de son enfant. Cette maternité privée de bonheur donne au récit une dimension particulièrement poignante, car la condamnation ne frappe pas seulement une femme, elle atteint aussi un enfant qui grandit loin de sa mère. Et une question demeure : l’amour saura-t-il l’attendre à la sortie de prison, après tant d’années sacrifiées et une existence suspendue aux décisions des autres ?
Danièle Delorme est une nouvelle fois formidable, avec cette capacité à exprimer la fragilité, la dignité et la détresse sans jamais tomber dans le mélodrame forcé. Elle prouve, si besoin était, qu’elle ne brille pas uniquement dans les films d’Yves Robert et qu’elle possède une palette de jeu bien plus large que certains pourraient le croire. Sa présence donne au personnage d’Alice toute son humanité et permet de s’attacher à son destin malgré les quelques longueurs du récit.
Passionnant malgré un manque de rythme, Prison de femmes mérite le détour pour son sujet, son atmosphère oppressante et son regard sur une justice capable de briser des vies. Maurice Cloche nous enferme avec ces femmes et nous fait partager leur quotidien, leurs humiliations et leurs espoirs, sans avoir besoin d’en rajouter pour nous convaincre de la dureté de leur condition. Un film qui rappelle que derrière chaque prisonnière se cache une histoire, et que la justice, lorsqu’elle se trompe, ne se contente pas de condamner une personne : elle peut condamner toute une vie.
NOTE : 12.50
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Maurice Cloche
- Scénario : Francis Carco, André Tabet d'après la pièce de Charles Méré et d'André Lebret
- Décors : Robert Giordani
- Musique : René Sylviano
- Photographie : Jacques Mercanton
- Montage : Fanchette Mazin
- Producteur : Robert de Nesle
- Société de production : Compagnie Française de Production Cinématographique
- Pays de production :
France
DISTRIBUTION
- Danièle Delorme : Alice Rémon ou Dumas
- Jacques Duby : René
- Vega Vinci : Gigi
- Nicolas Amato : un journaliste
- Louis Arbessier : le directeur de la prison
- Florence Arnaud
- Jean Balthazar
- Joëlle Bernard : une détenue
- Gabriel Cattand : l'avocat
- Yvonne Claudie
- George Cusin : le juge d'instruction
- Jean Daurand
- Dominique Davray : une collègue d'Alice
- Jacques Dhery
- Jacques Dynam : le médecin
- Michel Etcheverry : le substitut
- Gisèle Grimm
- Ingrid Harrisson
- Henri-Jacques Huet : Mario
- Lisa Jouvet
- Germaine Kerjean : la directrice
- Jean Lanier
- Georges Lycan : le docteur de la prison
- Jane Marken : Mme Rémon, la belle-mère d'Alice
- Laure Paillette
- Mireille Perrey : Mme Vertin, la mère de René
- Raymone : une vieille détenue
- Lina Roxa
- Jackie Rollin : Lulu
- Geymond Vital
- Monique Vita : une détenue
- Yves Arcanel : un journaliste (non crédité

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