Vu le film Les Dents Longues de Daniel Gélin (1953) avec Daniel Gélin Danièle Delorme Jean Chevrier Olivier Hussenot Jean Debucourt Louis de Funès Colette Mars Gaby Bruyère
Les Dents longues de Daniel Gélin, adapté du roman de Jacques Robert, nous entraîne dans les coulisses du journalisme à travers le parcours d'un jeune homme qui n'a pas l'intention de passer sa vie à regarder les autres réussir. Interprété par Daniel Gélin lui-même, ce journaliste ambitieux a les dents longues, très longues, au point qu'il pourrait refaire le parquet de toute une rédaction sans avoir besoin d'un menuisier !
Notre jeune loup débarque à Lyon, embauché dans un journal local, avec des rêves plein la tête et la conviction qu'il suffit de vouloir pour pouvoir. Il va pourtant découvrir que le monde de la presse ne ressemble pas exactement à l'image qu'il s'en faisait, entre les intérêts personnels, les petits arrangements, les rivalités et les ambitions qui se cachent derrière les grands discours. Ses illusions ne sont certes pas perdues, mais elles ont déjà pris quelques sacrés coups dans les gencives. Dans ce métier où l'on prétend informer le public, tout le monde n'est pas forcément pressé de lui dire la vérité !
Le film nous rappelle irrésistiblement Bel-Ami de Maupassant et Illusions perdues de Balzac, deux œuvres où les ambitions individuelles se frottent à une société qui récompense parfois davantage l'habileté à manœuvrer que le talent véritable. Les rotatives tournent à fond, mais les mensonges et les trahisons ne sont pas en reste, car la presse est aussi un petit théâtre où chacun joue son rôle en espérant décrocher la meilleure place. On découvre un univers où les convictions peuvent facilement se négocier et où les belles promesses résistent rarement à l'épreuve du pouvoir.
Notre journaliste va cependant retrouver un éclair de lucidité en montant à Paris, où il finira par atteindre le sommet de ses ambitions, avec l'aide précieuse de l'amour d'Eva, interprétée par Danièle Delorme. Cette relation apporte une dimension sentimentale bienvenue à un récit qui aurait pu se contenter de montrer les petites et grandes manœuvres d'un milieu professionnel. Derrière l'homme qui veut réussir à tout prix, il reste quelqu'un qui peut encore se demander ce qu'il est prêt à sacrifier pour parvenir à ses fins. Et c'est peut-être là que le film trouve son charme, dans ce mélange d'arrivisme, de désillusions et de sentiments qui empêche le personnage de devenir simplement un ambitieux de plus.
Daniel Gélin réalise ici son unique film en tant que cinéaste, ce qui donne à cette œuvre une place particulière dans sa carrière. On sent le plaisir de raconter une histoire solidement ancrée dans son époque, avec des personnages qui ont de l'épaisseur et un regard amusé, mais pas toujours tendre, sur les coulisses de la presse. Le film possède cette saveur du cinéma français d'autrefois, lorsque les dialogues avaient du répondant et que les ambitions humaines fournissaient un excellent carburant aux scénarios.
Le casting est un autre de ses atouts, avec Danièle Delorme qui forme un duo charmant avec Gélin, tandis que Jean Chevrier, Louis Seigner et Olivier Hussenot apportent leur présence et leur métier à cette galerie de personnages. Et puis, au détour d'une scène dans un laboratoire, on aperçoit un petit bonhomme qui ne va pas tarder à faire beaucoup de bruit : Louis de Funès ! Une apparition qui donne aujourd'hui un petit plaisir supplémentaire au cinéphile attentif, même si le bonhomme n'a pas encore déclenché la tornade qu'il deviendra par la suite.
Les Dents longues est donc un film charmant, d'une autre époque, qui nous rappelle que les travers du journalisme ne datent pas d'hier et que les ambitions dévorantes ont toujours trouvé de quoi se nourrir. Sans révolutionner le genre, Daniel Gélin signe une histoire agréable, portée par un casting de qualité et une intrigue qui mêle habilement carrière, amour et désillusions. Comme quoi, pour grimper les échelons, avoir les dents longues peut aider, mais encore faut-il savoir à qui l'on mord les mollets !
NOTE : 12.00
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Daniel Gélin
- Conseiller technique : Marcel Camus
- Scénario : D'après le roman de Jacques Robert Les Dents longues
- Adaptation : Michel Audiard, Marcel Camus, Daniel Gélin, Jacques Robert
- Dialogues : Michel Audiard
- Assistants réalisateur : Jacques Bourdon, Roland-Bernard
- Photographie : Robert Juillard, assisté de Daniel Diot, Bob Pater
- Opérateur : Walter Wottitz
- Musique : Paul Misraki (Éditions Impéria)
- Décors : Robert Clavel, assisté de Jacques Douy et Marc Desage
- Montage : Louisette Hautecoeur, assistée de Denise Natot, Anne-Marie Forrer-Jouvet
- Son : Robert Biart, assisté de Victor Revelly et Jacques Gérardot
- Maquillage : Jean Ulysse, Pierre Gauthier
- Production : Jacques Roitfeld, Sirius (France)
- Distribution : Société des films Sirius
- Tournage du au dans les studios : Paris Studio Cinéma à Billancourt
DISTRIBUTION
- Daniel Gélin : Louis Commandeur, le mari d'Eva, journaliste ambitieux
- Danièle Delorme : Eva Commandeur, la femme de Louis
- Jean Chevrier : M. Walter, le rédacteur en chef de « Paris-France »
- Louis Seigner : Antoine Josserand, le directeur de l'hebdomadaire Lyonnais « Le Canut »
- Olivier Hussenot : André Maurienne, le chroniqueur judiciaire
- Jean Debucourt : M. Goudal, proche collaborateur de Mr Walter
- Colette Mars : Lina, l'organisatrice de la soirée
- Louis de Funès : l'employé du laboratoire photo
- Gaby Bruyère : Maud, la maîtresse de M. Bronnier
- Louis Bugette : « Papa », le photographe du journal
- René Hiéronimus : M. Renoir, un collaborateur de Mr Walter
- Robert Rollis : Bob, le barman de la discothèque
- Joëlle Bernard : Raymonde Josserand, la femme d'Antoine
- Roger Vadim : un témoin au mariage de Louis et Eva
- Brigitte Bardot : la femme du témoin au mariage
- Judith Magre : la secrétaire de Louis au journal
- Yvette Étiévant : Yvonne, la secrétaire de Mr Walter
- Christian Argentin : M. Bronnier, le politicien véreux
- Paul Ville : Mr Bourdon, administrateur du journal « Le Canut »
- René Lacourt : le concierge de l'immeuble
- Guy Favières : le portier du journal
- François Vibert : M. Hirsch, un membre du conseil du journal
- Jacques Harden : M. Caraten, un invité à la soirée
- Emile Genevois : l'homme qui remet un paquet au chauffeur de M. Walter
- André Dalibert : le maître d'hôtel du restaurant
- Henri Coutet : un journaliste
- Pierre Olaf : un photographe du journal
- Édouard Francomme : le bistrot
- Charles Bayard : un membre du conseil du journal
- Bernard Musson : un journaliste de « Paris-France »
- Bruno Cremer : l'homme sortant de la boîte
- Jacques Ary : le chauffeur de M. Walter
- Claude Vernier : un journaliste
- Jacques Ciron : un journaliste de « Paris-France »
- Maurice Barnay
- Jacques Chevalier
- Dominique Marcas
- Pierre Leproux
- Georges Montant
- André Saint-Luc
- Frédéric Valmain
- Jeanne Herviale

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