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samedi 3 avril 2021

FILMS DU PASSE : LES COPAINS DE YVES ROBERT (1965)

Vu Les Copains de Yves Robert (1965) avec Pierre Mondy Guy Bedos Philippe Noiret Jacques Balutin Michael Lonsdale Christian Marin Claude Rich Claude Pièplu Tsilla Chelton Jean Lefebvre Catherine Rouvel Hubert Deschamps Marie-Christine Barrault 

Adapté du roman éponyme de Jules Romains, Les Copains pourrait être une ébauche des deux chefs-d’œuvre de Yves Robert, Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis, comme si le réalisateur avait profité de cette première bande de joyeux drilles pour chercher ce qui pouvait manquer à sa future recette du bonheur entre copains. Il lui fallait une histoire qui lie véritablement les personnages entre eux, car ici, nos sept compères sont un peu envoyés dans la nature pour foutre le bordel dans des villages bien français, sans que leurs aventures soient toujours reliées par un véritable fil conducteur.

Le principe est pourtant réjouissant, puisque ces grands enfants décident de semer la zizanie dans la France profonde, en s’attaquant aux institutions avec une imagination qui ferait passer les bêtises de Cambrai pour de la pâtisserie industrielle. Nous sommes à Ambert, dans le Puy-de-Dôme, et nos lascars vont s’en donner à cœur joie pour bousculer les habitudes des braves gens, entre l’Église, la caserne et le cinéma, avec une préférence personnelle pour ce dernier épisode, plus court et particulièrement efficace.

Car c’est peut-être là que le bât blesse un peu, si l’on veut bien chercher une petite réserve dans cette entreprise de joyeuse démolition. Certains sketches, notamment ceux de l’Église et de la caserne, s’étirent davantage qu’il ne faudrait, comme si Yves Robert avait peur de priver ses comédiens d’une occasion supplémentaire de faire les pitres. L’épisode du cinéma, plus ramassé, prouve pourtant qu’un bon gag n’a pas besoin de prendre ses quartiers pour faire mouche, et que l’efficacité comique passe parfois par une bonne paire de ciseaux.

Il y a aussi cette question du nombre de personnages, puisque sept copains, cela commence à faire du monde autour de la table, surtout lorsqu’il s’agit de donner à chacun sa place dans l’histoire. Philippe Noiret, Pierre Mondy, Claude Rich, Michael Lonsdale, Guy Bedos, Christian Marin et Jacques Balutin composent cette joyeuse équipe, avec des personnalités et des tempéraments différents, mais tous ne bénéficient pas de la même exposition. Balutin et Marin, notamment, auraient mérité que leurs personnages soient davantage développés, tant leur présence apporte au groupe.

Yves Robert corrigera en quelque sorte le tir quelques années plus tard avec ses deux grandes comédies sur les copains, en réduisant la bande à quatre personnages centraux et en leur donnant des histoires personnelles qui permettent de mieux les connaître, de les voir évoluer et de s’attacher à leurs petites misères comme à leurs grandes joies. Il est vrai qu’il est plus facile de jouer au tennis à quatre qu’à sept, surtout quand il faut éviter que les balles, les personnages et les gags partent dans tous les sens !

Mais ne boudons pas notre plaisir, car quel bonheur de retrouver cette bande de comédiens déchaînés, qui en donnent pour son argent au spectateur sans se demander s’il est bien raisonnable de faire autant de bêtises à leur âge. Ces grands enfants ont conservé leur âme de gamins et semblent avoir oublié depuis longtemps que la société attend des adultes qu’ils se comportent avec un minimum de sérieux. À les voir s’attaquer aux bonnes manières, aux autorités et aux habitudes bien installées, on se dit que certains ont décidément raté leur vocation de pensionnaires dans une cour de récréation.

Le film respire une liberté et une insouciance qui font plaisir à voir, avec des situations loufoques, des personnages qui ne demandent qu’à s’amuser et une manière de se moquer gentiment des institutions sans se préoccuper outre mesure du qu’en-dira-t-on. Tout cela a un charme fou, même lorsque le scénario donne l’impression de tirer un peu à la ligne, parce que l’on sent derrière la caméra un réalisateur qui aime ses acteurs et sait leur laisser de la place pour s’amuser.

Et puis il y a cette nostalgie d’un cinéma populaire où les comédiens pouvaient se retrouver pour le plaisir de jouer ensemble, sans que chaque scène soit obligée de justifier son existence par une démonstration de virtuosité scénaristique. On imagine volontiers les fous rires sur le tournage, les prises qu’il a fallu recommencer et les souvenirs que chacun a pu conserver de cette aventure. Jacques Balutin, dernier survivant de cette bande de sept, pourrait certainement nous en raconter de belles, lui qui a partagé cette équipée avec des camarades dont plusieurs sont devenus des figures incontournables de la comédie française.

Et comment oublier l’autre bonheur de cette histoire, puisque Georges Brassens a composé pour le film Les Copains d’abord, chanson devenue depuis un hymne à l’amitié, que l’on retrouve dans les messages audio adressés aux copains que l’on aime fort. Il fallait tout de même que ce film nous laisse un cadeau pareil, une chanson qui a fini par vivre sa propre existence et accompagne désormais bien des souvenirs, des retrouvailles et des amitiés qui résistent au temps.

Les Copains n’a donc pas encore la mécanique parfaitement huilée des futures comédies de Yves Robert, mais il en possède déjà l’esprit, la tendresse et ce goût délicieux pour les bêtises collectives qui nous rappellent que l’on peut avoir l’âge de la retraite et conserver un cerveau de collégien. Il y a des films qui vieillissent, d’autres qui prennent un coup de vieux, et puis ceux qui nous donnent envie de retrouver les copains pour aller faire quelques sottises, en espérant simplement que personne ne nous demandera de payer les dégâts.

Une belle bande de gamins, un réalisateur qui aime les acteurs, une chanson de Brassens et quelques bêtises d’Ambert : voilà un programme qui mérite largement que l’on ressorte les souvenirs de cette joyeuse époque. Et si les sept copains n’ont pas encore la cohésion des quatre mousquetaires que Yves Robert réunira plus tard, ils ont déjà compris l’essentiel : les meilleures bêtises sont celles que l’on fait ensemble, et dont on rigole encore cinquante ans après.

NOTE : 11.90

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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