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dimanche 11 avril 2021

FILMS DU PASSE : LE FANTÔME DE BARBE-NOIRE DE ROBERT STEVENSON (1968)

Vu le film  le Fantôme de Barbe-Noire de Robert Stevenson (1968) avec Dean Jones Peter Ustinov Suzanne Pleschette Elsa Lanchester Joby Baker Elliot Reid Richard Deacon Norman Grabowski Ned Glass (West Side Story) Harry Harvey 

Voilà un film que je n'avais pas revu depuis sa sortie en 1968, et dont il me reste quelques souvenirs de cinéma, avec peut-être un passage au Grand Rex, même si ma mémoire n'est pas suffisamment précise pour en être certain. À l'époque, je ne connaissais pas encore très bien Peter Ustinov, car la vedette des studios Disney, c'était plutôt Dean Jones, que l'on retrouvait dans ces comédies familiales capables d'enchanter les gamins comme moi, avec leur sens du mouvement, leurs situations abracadabrantes et cet humour qui ne tombait jamais dans la vulgarité ni l'insulte.

Le film de Robert Stevenson nous entraîne dans une petite ville côtière où Steve Walker, un entraîneur d'athlétisme fraîchement arrivé, se retrouve propriétaire d'une vieille bassinoire achetée lors d'une vente aux enchères. En découvrant un parchemin dissimulé dans l'objet, il récite une formule magique sans trop y croire et fait apparaître le fantôme du terrible Barbe-Noire, célèbre pirate dont la réputation n'est plus à faire, même si son existence après la mort semble nettement moins glorieuse que ses exploits passés.

Notre entraîneur se retrouve donc avec un compagnon encombrant, puisque le pirate est invisible aux yeux des autres et que ses interventions vont transformer la vie du pauvre Steve en un véritable numéro de cirque. Il faut dire que Barbe-Noire n'a rien perdu de son goût pour les combines, les plaisanteries et les situations impossibles, même si son nouveau statut de fantôme ne facilite pas toujours les relations avec les vivants.

La grande réussite du film tient beaucoup à Peter Ustinov, qui apporte au personnage sa bonhomie, sa barbe frisotante et ses facéties, avec cette manière de s'amuser qui finit par contaminer tout le monde. Il ne cherche pas à impressionner par une quelconque majesté de pirate, mais préfère jouer avec son allure, ses gestes et ses apparitions, donnant au film cette deuxième couche de bonne humeur qui fait toute la différence.

Dean Jones, de son côté, joue parfaitement les hommes dépassés par les événements, obligé de composer avec un fantôme qui semble avoir décidé de faire de son existence un enfer comique. Leur association fonctionne d'autant mieux que l'un essaie de conserver un minimum de sérieux pendant que l'autre s'ingénie à faire dérailler toutes les situations, avec une mécanique burlesque qui rappelle parfois les grands numéros du cinéma muet.

La compétition d'athlétisme qui occupe une place importante dans le dernier acte constitue d'ailleurs un véritable morceau de bravoure, avec des gags qui déferlent à toute allure, des sportifs malmenés par des événements qui leur échappent et un pauvre entraîneur qui ne sait plus où donner de la tête. On retrouve dans cette séquence tout ce que la comédie physique peut offrir lorsqu'elle est bien réglée, avec des effets qui s'enchaînent sans laisser au spectateur le temps de reprendre son souffle.

Le film est produit par les studios Disney à une époque charnière, puisque Walt Disney est mort en décembre 1966, avant la sortie du long-métrage, et avait salué l'équipe pendant le tournage. C'est donc l'une des dernières productions de cette période à porter l'empreinte du grand patron, même si le film est sorti après sa disparition, dans une maison qui allait devoir apprendre à poursuivre son chemin sans lui.

Les effets spéciaux ont évidemment vieilli, mais c'est justement ce qui fait aujourd'hui une partie de leur charme, avec ce travail d'orfèvre des techniciens qui devaient donner une existence crédible à un personnage que personne ne pouvait voir. Il y a quelque chose de réjouissant à retrouver cette époque où les trucages demandaient de l'ingéniosité, des accessoires, des mécanismes et beaucoup de précision, plutôt que de confier la moitié du travail à des ordinateurs.

Parmi les acteurs secondaires, Hank Jones apparaît dans le rôle d'un sportif dont le saut prend une tournure particulièrement spectaculaire, et l'on retrouve plus tard son nom au générique de Tora ! Tora ! Tora !. Ces petites passerelles entre les films donnent parfois envie de regarder les distributions avec un œil différent, car les seconds rôles ont eux aussi leur histoire à raconter.

Le succès commercial du Fantôme de Barbe-Noire n'a rien d'étonnant, puisque le film a rapporté plus de 21 millions de dollars au box-office selon les chiffres généralement avancés. À l'époque, le cinéma populaire pouvait encore réunir les familles autour d'un spectacle conçu pour divertir, faire rire et permettre à chacun de passer un bon moment, sans qu'il soit nécessaire de transformer chaque séance en bataille idéologique.

Robert Stevenson connaissait parfaitement la maison Disney, puisqu'il avait déjà réalisé plusieurs de ses productions les plus populaires, et il savait comment orchestrer ces histoires où le fantastique devient un prétexte à la comédie. Il ne cherche pas à révolutionner le genre, mais à faire fonctionner une mécanique généreuse, portée par des acteurs qui comprennent que le plaisir du spectateur reste la priorité.

Peter Ustinov n'était certainement pas dans un creux de carrière, mais il avait cette intelligence du jeu qui lui permettait de s'amuser sans donner l'impression de forcer son talent. Quant à Barbe-Noire, son portrait figure encore dans l'univers de l'attraction Pirates of the Caribbean, preuve que le personnage a continué à naviguer longtemps après avoir quitté l'écran.

Cette redécouverte m'a donc ramené à une époque où le cinéma familial savait fabriquer des souvenirs durables, avec des comédiens généreux, des gags bien ficelés et une imagination qui ne prenait pas les enfants pour des imbéciles. Le temps a passé, les trucages ont pris quelques rides et le monde a changé, mais le plaisir de retrouver Peter Ustinov en pirate fantôme reste intact, avec cette impression agréable d'avoir rouvert une vieille malle pleine de souvenirs.

Il suffit parfois d'une bassinoire, d'un parchemin magique et d'un pirate mort depuis des lustres pour rappeler qu'au cinéma, on peut encore faire des miracles sans sortir le sabre, le discours politique ou la grosse artillerie. Et si Barbe-Noire a encore quelques tours dans son sac, je veux bien reprendre un billet pour cette croisière Disney, à condition de ne pas avoir à partager ma cabine avec le fantôme !


NOTE : 12.20

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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