Vu (Re-Découverte) La Loi du Seigneur de William Wyler (1956) avec Gary Cooper Dorothy McGuire, Anthony Perkins Richard Eyer Robert Middleton Phyllis Love Peter Mark Richman Walter Catlett richar Hale et Joel Flullen
Avec La Loi du Seigneur, William Wyler nous offre une magnifique fresque familiale sur fond de guerre de Sécession, récompensée par la Palme d’or du Festival de Cannes en 1957 et distinguée par six nominations aux Oscars la même année. La cérémonie hollywoodienne sera toutefois marquée par le contexte politique de l’époque, puisque le scénariste Michael Wilson, soupçonné de sympathies communistes, se retrouve victime de ces années où les opinions politiques pouvaient sérieusement compliquer une carrière. Le film est adapté du roman The Friendly Persuasion de Jessamyn West, et le cinéaste en tire une œuvre profondément humaine, qui préfère observer les consciences plutôt que de sortir immédiatement les canons.
Avec ses 2 h 17, le film se divise en deux mouvements qui se répondent, en nous présentant d’abord une famille quaker vivant dans l’Indiana, attachée à sa foi et à des principes pacifistes qui interdisent la violence, les disputes et même les éclats de voix. Chez les Birdwell, on ne cherche pas à imposer ses idées par la force, mais plutôt à calmer les esprits, à convaincre son prochain et à éviter de prendre parti dans les conflits. Une philosophie respectable, mais qui risque de devenir sacrément compliquée lorsque la guerre vient frapper à votre porte !
Au centre de cette famille, nous retrouvons Jess Birdwell (Gary Cooper), un homme travailleur qui s’épuise à faire vivre sa ferme et les siens, mais qui conserve une certaine liberté d’esprit, parfois teintée d’un humour bienvenu. Pourtant, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ce n’est pas lui qui dirige véritablement la maisonnée, car Eliza (Dorothy McGuire), son épouse, veille avec fermeté sur les principes religieux et l’éducation de leurs trois enfants. Une femme de caractère, qui ne transige pas facilement avec ses convictions, même si son mari possède une manière bien à lui de regarder le monde et de contourner les petits interdits du quotidien.
Cette première partie nous plonge dans une existence rurale où les préoccupations semblent modestes, entre les travaux de la ferme, les relations de voisinage, les plaisirs simples et les interrogations des enfants qui commencent à regarder au-delà du cercle familial. Le monde a bien changé en soixante ans, mais les questions de foi, de morale et de liberté individuelle n’ont rien perdu de leur actualité, dans une société où les convictions religieuses occupent encore une place considérable, parfois même davantage qu’on ne le souhaiterait.
Mais la guerre de Sécession se rapproche progressivement de cette communauté qui voudrait rester à l’écart des affrontements. Les principes pacifistes de la famille vont alors être mis à rude épreuve, car comment préserver sa liberté, sa foi et les siens lorsque des hommes armés menacent votre existence ? La neutralité devient difficile à tenir et les certitudes commencent à vaciller, notamment chez les plus jeunes, qui découvrent que les belles paroles ne suffisent pas toujours à protéger ceux que l’on aime.
Le film aborde également la question de l'esclavage et de la menace que représentent les troupes sudistes pour les populations noires, dans une Amérique où la liberté proclamée par certains reste refusée à d'autres. On ressent cette inquiétude face à l'arrivée possible des soldats, tandis que la vie quotidienne continue tant bien que mal dans une région qui n'est pas encore le champ de bataille que l'on connaît dans les grands westerns. Car La Loi du Seigneur n'est pas un western au sens habituel du terme, mais plutôt une chronique de la vie dans l'Est américain, où la guerre vient bouleverser les habitudes et obliger chacun à regarder ses convictions en face.
Avec William Wyler, on pourrait s'attendre à une grande fresque épique dans la veine de Ben-Hur, avec la religion au centre des débats, ou retrouver la douceur et le charme de Vacances romaines. Mais le bonhomme n'a jamais été du genre à refaire deux fois le même film, et c'est précisément ce qui fait sa grandeur. Il sait passer de l'intime au spectaculaire, de la comédie familiale au drame historique, sans oublier les sentiments qui donnent à ses personnages leur épaisseur.
Une romance se dessine d'ailleurs au sein de cette histoire, au grand désarroi des parents, confrontés aux aspirations de leurs enfants et à cette jeunesse qui ne souhaite pas nécessairement reproduire le modèle familial à l'identique. La religion, l'amour et le devoir s'entremêlent, tandis que le conflit vient progressivement prendre toute la place, jusqu'à conduire les personnages vers des choix autrement douloureux. Les affrontements finissent par éclater et la famille se retrouve confrontée à une violence qu'elle a toujours refusé d'accepter, dans une dernière partie où les principes doivent se mesurer à la réalité du terrain.
Ce qui frappe dans cette œuvre, c'est la manière dont Wyler parvient à faire cohabiter la tendresse, l'humour et la gravité, sans transformer ses personnages en simples porte-parole d'une idéologie. Il ne condamne pas leurs convictions, mais il en montre les limites lorsqu'elles sont confrontées à une situation extrême, et cette interrogation donne au film une dimension bien supérieure à celle d'un simple récit de guerre.
Gary Cooper est magnifique dans le rôle de Jess Birdwell, avec cette stature de héros américain que Bertrand Tavernier aimait tant célébrer, cette présence tranquille qui n'a nul besoin d'en faire trop pour imposer son personnage. Dorothy McGuire lui donne une réplique remarquable dans le rôle d'Eliza, une femme discrète mais déterminée, dont la force morale ne demande jamais à être soulignée par de grands effets. Les Oscars l'oublieront cette année-là, mais le National Board of Review la distinguera comme meilleure actrice de l'année, une reconnaissance amplement méritée.
On retrouve également le jeune Anthony Perkins dans le rôle de Josh, un fils fragile, traversé par le doute et les contradictions, qui se retrouve confronté à une guerre incompatible avec les principes dans lesquels il a grandi. Un rôle qui annonce certains des personnages tourmentés que l'acteur incarnera par la suite, avec cette sensibilité particulière qui le rend immédiatement reconnaissable.
C'est du beau cinéma, de celui qui prend le temps de raconter une histoire et de donner une âme à ses personnages, sans avoir besoin de transformer chaque scène en démonstration. Dommage de ne pas avoir découvert ce film sur grand écran, mais en 1957, j'étais encore dans mes langes, ce qui limite sérieusement les possibilités de rattrapage en salle ! Il reste aujourd'hui une grande fresque du cinéma américain, injustement méconnue d'une partie du public, qui mérite largement de sortir de l'ombre des monuments plus célèbres de William Wyler.
NOTE : 13.20
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : William Wyler
- Assistant-réalisateur : Austin Jewell
- Scénario : Michael Wilson d'après le roman The Friendly Persuasion de Jessamyn West
- Musique : Dimitri Tiomkin
- Chanson du générique : Thee I love, musique de Dimitri Tiomkin, paroles de Paul Francis Webster, interprétée par Pat Boone.
- Chanson du générique de la version française : interprétée par Eddie Constantine
- Directeur de la photographie : Ellsworth Fredericks
- Décors : Joseph Kish
- montage : Robert Belcher, Edward A. Biery, Robert Swink
- Costume : Dorothy Jeakins
- Effets speciaux : Augie Lohman
- Producteur : Robert Wyler, William Wyler
- Société de production : Allied Artists Picture Corporation, distribué en France par MGM Redistribution actuelle Warner.
- Gary Cooper (V.F : Jean Davy) : Jess Birdwell (Jean)
- Dorothy McGuire (V.F : Nadine Alari) : Eliza Birdwell
- Anthony Perkins : Josh Birdwell (Jacques) (VF Michel François)
- Richard Eyer : Little Jess (Nicolas)
- Robert Middleton : Sam Jordan
- Phyllis Love : Martha Birdwell (Mathilde)
- Peter Mark Richman (V.F : Jean-Louis Jemma) : 'Gard' Jordan (Charles)
- Walter Catlett (V.F : Camille Guerini) : Pr Waldo Quigley
- Richard Hale (V.F : Louis Arbessier) : Purdy
- Joel Fluellen (V.F : Georges Aminel) : Enoch
- Theodore Newton (V.F : Jacques Beauchey) : Maj. Harvey
- John Smith : Caleb Cope (Jérôme)
- Marjorie Main (V.F : Germaine Kerjean) : La veuve Hudspeth
- Edna Skinner : Opal Hudspeth
- Marjorie Durant : Pearl Hudspeth
- Frances Farwell : Ruby Hudspeth
- Russell Simpson (V.F : Richard Francoeur) : Frère Griffith
- Charles Halton (V.F : Fernand Fabre) : Frère Cope
- Earle Hodgins (V.F : Fernand Rauzena) : Le responsable du stand de tir
- Ivan Rasputin (V.F : Paul Bonifas) : Billy Goat, le lutteur
- James Anderson : Le mauvais perdant mouillé par Jess
- Mary Carr : Emma, une vieille quaker
- Billy Curtis : Le nain
- Wright King : membre d'un raid
- Frank Sully : Un pilleur rebelle

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