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samedi 4 avril 2026

16.90 - MON AVIS SUR LE FILM THE INTRUDER DE ROGER CORMAN (1962)


 Vu le Film The Intruder de Roger Corman (1962) avec William Shatner Frank Maxwell Beverly Lunsford Robert Emhardt Léo Gordon Charles Barnes Charles Beaumont 

Un homme en complet blanc arrive dans une ville du sud des États-Unis au moment  viennent d’être votées les lois sur l’intégrationpermettant à des enfants noirs de fréquenter les mêmes écoles que les enfants blancs. Il se présente comme un réformateur social. Mais, en réalité, la seule chose qu’il recherche est semer le trouble. Il y parvientmais finit par perdre le contrôle de la situation. Un journaliste s'oppose à luimais il fait chanter sa fille pour la contraindre à dire qu'elle a été violée par un jeune noir. Alors qu'il risque d'être lynché, la vérité éclate. 

On continue le voyage dans la filmographie de Roger Corman, et … surprise. On s’éloigne des caves gothiques, des cercueils et des corbeaux d’Edgar Allan Poe pour plonger dans une horreur bien plus réelle, bien plus glaçante : celle des hommes. 

The Intruderc’est une petite ville du Sud des États-Unis, tranquille en apparence, bien blanche , mais surtout fissurée de l’intérieur. La nouvelle loi sur l’intégration scolaire agit comme une allumette dans une poudrière déjà prête à exploser. Et c’est  qu’il arrive. Costume blanc impeccable, sourire de façade, regard calculateur. Un inconnu. Un poison. 

Cet hommec’est William Shatner — ouinotre futur James T. Kirk — mais icioubliez le capitaine héroïque. Il est tout l’inverse : un manipulateur, une ordure magnifique de cynisme, un agitateur qui va attiser les peurs les plus basses pour transformer une population hésitante en meute. 

Et ce qui est fort — très fort — c’est que Corman ne filme pas des monstres. Il filme des gens. Des hommes ordinaires. Des visages que l’on pourrait croiser tous les jours. Et derrière ces visages, il y a quoi ? La peur. Peur de perdre, peur de l’autre, peur du changement. Et c’est cette peur-là qui devient la vraie horreur du film. 

Le récit s’installe sans précipitationprend le temps de poser ses pions, de montrer les tensions, les regards, les silences. Rien de démonstratif, rien de lourd. Le scénario est d’une intelligence redoutable : il évite le prêchi-prêcha facile, refuse de simplifier. Mieux encore, il nous oblige presque à comprendre — pas excuser — ceux qui basculent. Et çac’est autrement plus dérangeant. 

Corman filme ça comme un documentaire nerveux. Pas d’artifices, pas d’esbroufe. Une mise en scène sèchedirectepresque brutale dans sa simplicité. Il capte la rue, les corps, les mouvements de foule. On sent la chaleur, la tension, l’étouffement. On est dedans. Coincé avec eux. 

Et puis il y a les acteurs. Shatner, bluffantVraimentCharmeurinquiétant, insupportable. Il parle, il sourit, et derrière chaque mot on sent le venin. Une performance qui surprend quand on connaît son image plus “héroïque”. Ici, il est le moteur du chaos. 

Autour de lui, les seconds rôles — cette “couleur locale”  — sont essentiels. Pas des silhouettes. Des présences. Des regards qui doutent, qui basculent, qui se laissent entraînerC’est tout un corps social que Corman met en scène, et chacun compte. 

L’histoire avance alors comme une mécanique implacable. La tension monte, la violence s’installe, pas forcément spectaculairemais toujours palpable. Une violence morale, socialequotidienne. Celle qui ronge lentement mais sûrement. 

Tourné dans cette Amérique blanche du Missouri… difficile d’imaginer que le film ait été accueilli à bras ouverts. Corman tape   ça fait mal. Très mal. Il montre ce que beaucoup préfèrent ne pas voir. 

Ce n’est pas un film confortable. Ce n’est pas un film aimable. Mais c’est un grand film. Un film politique au sens noble. Un film courageux. Un film nécessaire. 

Et au fond, une question reste en suspens : ces hommes que l’on voitsont-ils vraiment des monstres… ou simplement des hommes qui ont peur ? 

Corman, luia déjà répondu. Et sa réponse fait froid dans le dos.

NOTE : 16.90

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DISTRIBUTION

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