Vu le Film La Vérité sur Jack de Barry Levinson (2010) avec Al Pacino Brenda Vaccaro Susan Sarandon John Goodman Deidre O’Connel Danny Huston Jeremy Bobb James Urbaniak
Au début des années 1990 aux États-Unis, l'euthanasie active n'a pas d'existence légale. Le médecin Jack Kevorkian commence à pratiquer le suicide assisté sur des patients souhaitant mourir : il fabrique un appareil qui permet à un patient de déclencher lui-même une injection létale. Il est poursuivi en justice plusieurs fois, mais gagne à chaque fois.
Souhaitant pousser le débat plus loin, il finit par injecter lui-même les substances létales à un patient. Son geste est médiatisé par un reportage de l'émission télévisée 60 Minutes. Un nouveau procès s'engage, qu'il perd cette fois. Il est condamné à plusieurs années de prison. Il est libéré au bout de huit ans.
Il y a des films qui vous prennent à la gorge, et La Vérité sur Jack fait clairement partie de ceux-là.
Barry Levinson ne cherche jamais à adoucir quoi que ce soit, il plonge tête la première dans un sujet qui gratte, qui dérange, qui divise : la vie de Jack Kevorkian, surnommé “Dr Death”. Et le surnom n’est pas volé.
Dès les premières minutes, on comprend qu’on ne sera pas dans un biopic classique bien sage. Ici, tout est frontal. Kevorkian n’est pas introduit comme un monstre, ni comme un saint. Il est là, déjà convaincu, déjà en croisade, persuadé d’agir pour le bien, et prêt à aller très loin pour le prouver. Trop loin, forcément.
Le film déroule son parcours : cet homme qui met en place un dispositif pour permettre à des patients en fin de vie de mettre fin à leurs souffrances. Sur le papier, la question est presque philosophique. À l’écran, elle devient charnelle, brutale, inconfortable. Parce que Levinson montre. Et parfois, il montre trop. Mais c’est précisément là que le film frappe.
Les patients défilent, les situations s’enchaînent, et une question s’installe, sournoise : où s’arrête la compassion et où commence la manipulation ? Était-il manipulateur car il n’a jamais pu prouver que ses patients étaient réellement consentants ? Le doute ne vous lâche jamais.
Le scénario ne cherche pas à trancher. Il expose. Il accumule les cas, les débats, les confrontations. Les partisans, les opposants, les enquêteurs… chacun a ses arguments, et aucun ne sort indemne. Les mots sont parfois aussi violents que les images. Les comparaisons historiques, elles, mettent franchement mal à l’aise.
Et puis il y a ce moment hallucinant : Kevorkian qui ose montrer une de ses interventions en direct. Une provocation ultime. Un geste de trop. Celui qui va provoquer son arrestation et son inculpation. Là, le film bascule presque dans une forme de tragédie annoncée.
Mais au centre de tout ça, il y a Al Pacino. Et il est tout simplement formidable. Troublant, provocateur, agaçant, presque tendre par moments. Il ne joue pas Kevorkian, il l’habite. Il le rend humain sans jamais le rendre rassurant. Et c’est toute la force de sa performance.
À ses côtés, Susan Sarandon apporte une présence essentielle, une forme de contrepoint, presque une conscience alternative. John Goodman, lui, incarne ce regard extérieur, oscillant entre soutien et inquiétude. Et Danny Huston vient compléter ce jeu d’équilibre dans les sphères judiciaires et médiatiques.
La mise en scène de Levinson est sèche, directe, sans fioritures. Pas d’esthétisation inutile. Il cadre, il montre, il laisse le spectateur encaisser. Et parfois, c’est presque insoutenable. Mais jamais gratuit.
Ce qui frappe, c’est cette impression constante d’inconfort. On regarde, mais on doute. On écoute, mais on se méfie. Le film ne vous prend jamais par la main. Il vous laisse seul avec votre jugement. Et c’est peut-être ce qu’il y a de plus violent.
Parce qu’au fond, “La Vérité sur Jack” ne parle pas seulement de Kevorkian. Il parle de nous. De ce qu’on accepte. De ce qu’on refuse. De ce qu’on est prêt à comprendre… ou pas.
Un film très dur à regarder. Et encore plus compliqué à digérer dans sa tête.
NOTE : 13.90
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Barry Levinson
- Scénario : Adam Mazer
- Direction artistique : Mark Ricker
- Décors : Rena DeAngelo
- Costumes : Rita Ryack
- Photographie : Eigil Bryld
- Montage : Aaron Yanes
- Musique : Marcelo Zarvos
- Production : Scott Ferguson
- Producteurs délégués : Lydia Dean Pilcher, Tom Fontana, Steve Lee Jones, Barry Levinson et Glenn Rigberg
- Producteurs associés : Drew Gallagher, Stephen Markey III et Troy Powers
- Sociétés de production : Bee Holder Productions, Cine Mosaic, HBO Films et Royal Oak Films
- Société de distribution : HBO (États-Unis)
- Al Pacino (VF : José Luccioni) : Dr Jack Kevorkian
- Brenda Vaccaro (VF : Annie Le Youdec) : Margo Janus
- John Goodman (VF : Jacques Frantz) : Neal Nicol
- Deirdre O'Connell : Linda
- Todd Susman : Stan Levy
- Adam Lubarsky : Brian Russell
- Jennifer Mudge : la reporter
- Susan Sarandon (VF : Béatrice Delfe) : Janet Good
- Danny Huston (VF : Lionel Tua) : Geoffrey Fieger
- James Urbaniak (VF : Eric Legrand) : Jack Lessenberry
- Rutanya Alda : Vendor
- Jeremy Bobb : David Rivlin

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