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vendredi 28 novembre 2025

16.10 - MON AVIS SUR LE FILM BUGONIA DE YORGOS LANTHIMOS (2025)


 Vu Le Film Bugonia de Yorgos Lanthimos (2025) avec Emma Stone Jesse Plemons Aidan Delbis Stavros Chalkias Alicia Silverstone 

Teddy Gatz (Jesse Plemons) est un homme travaillant dans l'entrepot d'une entreprise pharmaceutique. Il est certain que la directrice de celle-ci, Michelle Fuller (Emma Stone) est une alien en provenance da la galaxie d'andromède. Selon lui, son espèce serait en contrôle de l'humanité. 

Avec l'aide de son cousin Don, il monte un plan pour sauver l'humanité du joug des andromédiens 

Bugonia de Yorgos Lanthimos, librement inspiré du culte Save the Green Planet! de Jang Joon-hwan, s’inscrit pleinement dans la veine du cinéaste : celle qui nous surprend, nous choque, et surtout nous remue les tripes et le cerveau — de ce qu’il en reste. Plus proche de Canines dans l’esprit que de The Favourite, ce nouveau délire signé Lanthimos nous propulse dans un monde où le complotisme n'est plus un phénomène marginal mais une manière de respirer. Un monde bizarre, détraqué, inquiétant… bref, un monde qui ressemble furieusement au nôtre. 

Dans ce chaos paranoïaque, on retrouve nos deux losers magnifiques, Teddy et Don, deux cousins presque consanguins au look de ploucs sortis d’une décharge. Eux, ils sont persuadés — à juste titre ou pas — que la Terre est contrôlée par des Andromédiens, et que leur reine n’est autre que la directrice d’une puissante firme pharmaceutique, incarnée par une Emma Stone épatante, glaciale, cynique, et une nouvelle fois martyrisée par Lanthimos qui, cette fois, met franchement le paquet. On pense parfois à Saw tant elle se retrouve attachée, humiliée et confrontée à ses propres contradictions dans une cave qui pue la psychose. 

Aidan Delbis, révélation totale dans le rôle de Don, donne un ton détaché, presque lunaire, à ce duo ; mais c’est Jesse Plemons, dans un état de grâce barge, qui porte le film sur les nerfs à vif. Terrifiant, imprévisible, prêt à tout — comme son réalisateur. Chez lui, aucune limite : la folie s’installe, s’étend, gagne la pièce et finit par nous coller au plafond. 

Lanthimos orchestre tout cela avec une mise en scène apocalyptique, précise, inventive, un vrai tour de force qui transforme la moindre scène en cauchemar éveillé. Il prend une époque rongée par la crise climatique, saturée de théories fumeuses et traversée de scandales corporate, et la tord jusqu’à en tirer une fable dérangeante, presque philosophique, sans jamais tomber dans le sermon. On entre dans Bugonia comme on franchit une faille dans notre présent : on trébuche, on hésite, mais une fois dedans, impossible d’en sortir indemne. 

Les trente premières minutes demandent un petit effort d’immersion, le temps que le réalisateur pose ses pions, installe ses névroses et prépare son piège mental. Mais une fois que le mécanisme se met en marche, le film devient une spirale maîtrisée, insolente, délicieusement inconfortable. Plemons s’y révèle monstrueux, Stone savoureuse de cynisme, et le parallèle entre ces complotistes qui fuient leur misère et une PDG milliardaire qui tente de se persuader qu’elle est une bonne personne fonctionne à merveille. 

Et puis il y a ces cinq dernières minutes. Hallucinantes. Surprenantes. À moins, bien sûr, qu’avec Lanthimos on ne soit plus surpris de rien. Mais elles frappent fort, ferment le piège et nous laissent aussi sec que si on avait pris une claque dimensionnelle. 

Bugonia est un film qui secoue, qui gifle, qui mord. Pas pour les enfants, ni pour les âmes trop tranquilles. C’est un Lanthimos en liberté, aussi barré que ses « héros » — si tant est qu’on puisse les appeler ainsi. Alors installez-vous, attachez votre ceinture : ça va tanguer. Et franchement, on en redemande. 

NOTE : 16.10

FICHE TECHNIQUE

Producteurs délégués : Jerry Kyoungboum Ko et Khan Kwon

  • Sociétés de production : CJ ENM, Fruit Tree et Element Pictures
  • Sociétés de distribution : Focus Features (États-Unis), CJ ENM (Corée du Sud), Universal Pictures International France (France)

DISTRIBUTION

12.80 - MION AVIS SUR LE FILM ANIMALE DE EMMA BERNESTON (2O24)


 Vu le Film Animale de Emma Bernestan (2024) avec Oulaya Amamra Damien Rebattel Vivien Rodriguez Claude Chaballier Elies Morgan Admi Bensellam Pierre Roux Marinette Rafai Renaujd Vinuesa 

En Camargue, Nejma s'entraîne dur pour réaliser son rêve : fouler le sable de l'arène afin de défier les taureaux et devenir la première femme à remporter une course camarguaise. Ses amis gardians la soutiennent, mais sa mère désapprouve. Après une soirée bien arrosée où Nejma et ses amis partent voir les taureaux, Nejma, très alcoolisée part seule dans l'enclos des taureaux et perd connaissance. On la retrouvera avec quelques blessures bénignes et elle ne se souvient de rien. Tandis que la saison bat son plein, des morts suspectes de gardians sont imputées aux taureaux, alors que ceux-ci n'attaquent pas sans raison et que les gardians savent très bien se comporter avec eux. Pendant ce temps Nejma ressent de plus en plus de choses bizarres dans son corps et son esprit, sans comprendre ce qu'il lui arrive. 

Animale d’Emma Benestan est de ces films qui surprennent par leur simplicité apparente et leur force souterraine. Une belle surprise, oui, car dès les premières images on sent les odeurs de ce beau pays qu’est la Camargue : les essences de fleurs brûlées par le soleil, la rudité des taureaux, la sueur des hommes, les victuailles qui débordent, les alcools généreux qui coulent comme une tradition immuable. Le film aurait pu facilement basculer dans la satire ou le pamphlet sur le sort réservé aux taureaux, et à juste titre ; mais Benestan ne joue jamais cette carte. Elle ne fait pas la morale, elle ne pointe pas du doigt : elle montre. Elle filme la réalité d’une tradition ancienne, brutale parfois, mais sincère et enracinée dans une culture bien vivante. 

Au centre, il y a Nejma, formidablement incarnée par Oulaya Amamra, explosive, intense, d’une présence rare. Nejma veut dompter ses taureaux camarguais, comme un défi jeté à la figure d’un monde d’hommes. Une femme rare à cette place, une femme qui se bat pour apprivoiser ce qui semble impossible à maîtriser. Et c’est toute la beauté du film : cette quête de l’impossible, menée avec une détermination féroce et une fêlure secrète qui affleure dans chaque regard. 

Le casting, composé en grande partie d’acteurs non professionnels « pur jus », apporte cette vérité brute qui donne au film son grain unique. Les accents chantent, les visages racontent des vies plus longues que les dialogues, et on croit immédiatement à cette communauté où les traditions ne sont pas décoratives : elles sont la vie elle-même. 

Benestan mélange un naturalisme assumé avec des codes empruntés au cinéma de genre. Ce léger glissement, cette présence « de la bête » — celle qui rôde, fantastique, sauvage, réelle ou fantasmée — donne au film une tension presque mythologique. On passe de la chronique du quotidien à l’épopée intime, de la poussière des arènes aux pulsations de la peur, du désir, du courage. Les courses camarguaises — sans mise à mort, rappelons-le — deviennent un théâtre où la violence n’est jamais là où on l’attend. 

La mise en scène est esthétique sans être décorative : Benestan ne trahit jamais son sujet. Elle cadre la Camargue comme un territoire de lutte, de beauté, d’inquiétude. La progression du film est radicale, tendue, presque électrique. Chaque scène resserre l’étau, chaque plan renforce ce mélange d’épique et de contemporain. Le tout baigne dans une émotion brute, un féminisme porté sans slogans mais avec les gestes. 

Animale est un choc visuel et émotionnel, un film tendu, fort, qui laisse une trace. On en ressort différent, un peu remué, comme si la poussière des arènes nous était restée collée à la peau. Et au milieu de tout cela, Nejma — femme, dresseuse, guerrière moderne — avance tête haute, comme une héroïne qui ne demande l’autorisation à personne. 

 NOTE ; 12.80

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

jeudi 27 novembre 2025

14.40 - MON AVIS SUR LE FILM RENOIR DE GILLES BOURDOS (2012)

 


Vu le Film Renoir de Gilles Bourdos (2012) avec Michel Bouquet Vincent Rottiers Christa Theret Thomas Doret Laurent Poitrenaux Romane Bohringer Michèle Gleizer Carlo Brandt Helène Babu Marion Lécrivain 

Andrée « Dédé » Heuschling, une jeune femme qui devient modèle du peintre impressionniste Auguste Renoir, est pour lui à la fin de sa vie une grande source d'inspiration par sa beauté plastique, alors qu'il souffre de graves rhumatismes déformants et d'une quasi paralysie des jambes. Andrée, dès son arrivée dans la grande maison du patriarche, trouble l'ordre domestique qui l'entoure. Elle suscite la jalousie des multiples bonnes qui prennent soin du vieux peintre et qui pensent qu'elle va « finir dans son lit », comme d'autres modèles qui l'ont précédée. Elle provoque également l'intérêt du fils d'Auguste, Jean Renoir, convalescent d'une blessure de la guerre 1914-1918. 

Andrée entame une relation plus ou moins clandestine avec Jean et déclenche sa carrière de cinéaste en étant la première actrice qui l'inspire. 

Si on n’aime pas la famille d’artistes Renoir, autant le dire franchement : ce n’est pas le bon film pour vous. Parce que Bourdos ne filme pas seulement Auguste Renoir, il filme un clan entier, une dynastie où l’art circule comme un sang bleu un peu capricieux, entre la peinture, le cinéma, le théâtre et… les modèles nues. Car oui, Auguste Renoir est ici présenté dans toute son obsession, littéralement jusqu’à la mort, comme un vieil empereur du nu féminin, porté par un Michel Bouquet impressionnant, presque spectral, dont chaque souffle semble être une dernière touche de pastel avant le silence définitif. 

Autour de lui, les trois fils. La légende du cinéma naissant, Jean Renoir, magnifiquement incarné par Vincent Rottiers — toujours aussi bon, toujours aussi oublié par le cinéma français, comme si la France avait un problème avec ses meilleurs acteurs. Le petit Claude, futur scénariste, Thomas Doret, une vraie révélation dans sa manière d’observer le monde, et l’aîné Pierre Renoir, l’acteur, qui voit dans la maison familiale autant un refuge qu’un théâtre naturel. C’est une famille où les postures artistiques se mélangent aux postures de modèles, et où les fils ne restent pas insensibles à la présence répétée de femmes nues sous le soleil de Cagnes-sur-Mer. 

Et puis surgit Andrée Heuschling, Christa Théret, lumineuse, une apparition qui deviendra muse, modèle, moteur, et surtout la première porte d’entrée de Jean vers le cinéma. Son corps est le seul mouvement essentiel dans un film où la caméra semble flotter, glisser avec la pudeur d’un pinceau, refusant de brusquer un univers qui vit à la seconde près entre douleur, création, désir et finitude. 

Gilles Bourdos filme tout cela comme une toile, avec des lumières qui caressent les visages, des couleurs chaudes qui semblent sortir directement d’une palette impressionniste, une mise en scène qui prend le temps — ce luxe rare aujourd’hui — de laisser les corps respirer. Le décor, les costumes, les oliviers, les murs blanchis par le soleil : tout est pensé pour que le spectateur soit littéralement plongé dans le dernier souffle du XIXᵉ siècle artistique, à l’instant précis où un nouveau langage, le cinéma, s’apprête à naître. 

Le scénario, volontairement resserré sur cette fin de vie, évite la biographie exhaustive et préfère le moment clé : la rencontre entre Renoir père en fin de course et Renoir fils au début du chemin. Et à travers cela, la maladie, la solitude, la passion, la lassitude, mais aussi la transmission, ce fil invisible entre les générations, qui se joue ici sans emphase mais avec une émotion sèche et belle. 

Les acteurs portent tout cela avec une intensité rare : Bouquet en monument fissuré, Rottiers en héritier délicat, Doret en témoin émerveillé, Théret en incarnation du désir et du renouveau. Quant à Bourdos, il signe un film où la caméra semble parfois s’effacer complètement tant les plans ressemblent à des tableaux vivants. La maîtrise est telle qu’on pourrait jurer que certaines scènes sont peintes et non filmées. 

Renoir est non seulement une belle réussite, mais aussi un hommage sincère, sensoriel, presque tactile, à un monde en train de disparaître. Un film qui avance lentement, comme un pinceau qui hésite puis s’abandonne, un film qui respire la lumière, la peau, la fatigue et le génie. Et si l’on accepte d’entrer dans cette lenteur picturale, alors Bourdos nous offre peut-être son plus beau tableau. 

NOTE : 14.40

FICHE TECHNIQUE


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