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vendredi 25 septembre 2026

6.10 - MON AVIS SUR LE TV FILM ORADOUR DE PIERRE AKNINE (2026)


 Vu le TVFilm  Oradour de Pierre Aknine (2026) avec Matt Pokora Caroline Anglade Chloé Stefani Martin Swabey Giulia Sagnier Théo Frilet Vincent Londez Clément Manuel Anne-Pascale Clairembourg


Il y a des sujets avec lesquels on peut prendre quelques libertés, et puis il y a Oradour-sur-Glane, où l’on devrait commencer par respecter l’Histoire avant de chercher à fabriquer une fiction. Et là, franchement, les producteurs, les auteurs et la chaîne devraient avoir honte de ce qu’ils ont fait de cet événement majeur de notre histoire.


Le 10 juin 1944, la division SS Das Reich massacre la population d’Oradour-sur-Glane : 642 personnes selon les sources historiques de référence, hommes, femmes et enfants, avant de piller et d’incendier le village. Le massacre est commis en quelques heures et son caractère arbitraire demeure encore aujourd’hui au cœur des interrogations historiques.


Mais pour Pierre Aknine et ses scénaristes, cela ne semble pas suffire. Il fallait donc parachuter près du village Philippe Gerbier, officier des Forces françaises libres interprété par Matt Pokora, lui faire diriger une mission secrète liée à la Résistance, puis retrouver sur place Marie, son amour de jeunesse, interprétée par Caroline Anglade, qui fuit avec sa fille un mari violent.


Et c’est là que les choses deviennent franchement gênantes, parce que cette invention scénaristique donne une tout autre couleur à l’événement. Oradour n’était pas un village engagé dans une action de Résistance qui aurait expliqué ou provoqué le massacre. Les sources historiques décrivent au contraire une population civile prise dans une opération de terreur de la Waffen-SS, alors que les raisons précises du choix d’Oradour restent discutées.


En faisant débarquer un officier de la France libre pour une mission clandestine et en reliant directement l’intrigue aux actions de la Résistance, le téléfilm donne donc au spectateur une explication romanesque qui peut laisser croire qu’Oradour n’aurait pas été choisi par hasard. Et là, on n’est plus simplement dans la licence artistique : on touche à la manière dont on transmet la mémoire d'un massacre.


Non, monsieur Pokora, ce n’est pas parce qu’on est passé par Oradour-sur-Glane qu’on devient automatiquement témoin, historien et spécialiste de l’un des plus grands massacres commis en France pendant la Seconde Guerre mondiale. On peut avoir découvert le sujet, avoir rencontré Robert Hébras, dernier survivant du massacre, et vouloir raconter cette histoire, mais encore faut-il laisser l’Histoire raconter ce qu’elle sait réellement.


Et puis il fallait évidemment ajouter une histoire d’amour. Parce qu’un massacre de 1944, manifestement, ce n’était pas assez dramatique. On ajoute donc Matt Pokora et son accent alsacien, une ancienne histoire d’amour, un mari violent, des retrouvailles, des fuites et tout un tas de rebondissements qui finissent par prendre tellement de place que le véritable drame passe presque au second plan.


Quel est le but ? Attirer la ménagère de plus de 35 ans ou les midinettes fans de Matt Pokora ? On est carrément dans le Titanic à Oradour, avec les violons en moins et les Waffen-SS en guise d’iceberg.


Le problème est justement là : à force de romancer, on dilue l’événement. Le spectateur doit attendre, suivre les personnages inventés, leurs problèmes sentimentaux et leurs aventures avant d’arriver au massacre. Or le véritable récit d’Oradour est suffisamment terrible sans avoir besoin d’un scénario de feuilleton pour lui donner du poids.


Le massacre est bien reconstitué, mais il se retrouve encadré par toute une mécanique de fiction : la mission secrète, la Résistance, le mari vichyste, la fuite, la romance et les retrouvailles. Pendant ce temps, les habitants réels d’Oradour, ceux qui vivaient là et qui furent massacrés, deviennent presque les figurants de leur propre histoire.


Et c’est peut-être ce qui me dérange le plus. Les quelques survivants du massacre, ceux dont les témoignages permettent justement de comprendre ce qui s’est passé, devraient être au centre de la mémoire. Le Centre de la mémoire rappelle que les témoignages des survivants et des témoins, confrontés aux archives et aux dépositions ultérieures, permettent de restituer le déroulement du massacre.


Ici, on préfère inventer un héros de cinéma et lui fabriquer une histoire d’amour.


Oradour n’avait pas besoin d’un héros fictif. Les victimes n’avaient pas besoin qu’on leur invente une intrigue. Et l’Histoire n’avait certainement pas besoin qu’on lui ajoute une romance pour devenir suffisamment intéressante.


On pouvait raconter la vie du village avant le 10 juin, montrer ses habitants, les réfugiés, les Alsaciens accueillis à Oradour, puis faire sentir progressivement cette journée qui allait transformer le village en lieu martyr. C’était largement suffisant, et surtout beaucoup plus respectueux de ceux qui ont disparu.


À l’arrivée, on obtient donc un téléfilm qui utilise le nom d’Oradour, ses ruines et son massacre comme décor historique d’une fiction sentimentale et résistante. Et quand une fiction finit par prendre le dessus sur la réalité historique qu’elle prétend raconter, il y a un sérieux problème.


Oradour-sur-Glane n’est pas un décor de cinéma. Ce sont des ruines conservées pour rappeler ce qui s’est passé le 10 juin 1944.


À vouloir faire du spectaculaire avec un massacre qui n’en avait absolument pas besoin, Pierre Aknine et ses scénaristes ont réussi une chose assez sidérante : transformer Oradour en Titanic à la française.


Sauf qu’à Oradour, il n’y avait ni Jack, ni Rose, ni histoire d’amour à sauver.


Il y avait des hommes, des femmes et des enfants.


Et ça, c’était l’Histoire.

NOTE : 6.10

FICHE TECHNIQUE


  • Réalisation : Pierre Aknine
  • Scénario : Sophie Lebarbier et Pierre Aknine[]
  • Musique : Clément Téry
  • Décors : Jennifer Chabaudie
  • Costumes : Gaelle Fierens
  • Photographie : Daniel Sauvé[]
  • Son : Philippe Vandendriessche
  • Montage : Thierry Rouden et Anne Saïac
  • Maquillage : Catherine Tilmant
  • Production : Stéphane Drouet et Thierry Saïd
  • Sociétés de production : Making Prod, M2THEP E

DISTRIBUTION

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