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samedi 14 mars 2026

11.90 - MON AVIS SUR LE FILM LES PROMESSES DE THOMAS KRUITHOF (2021)

 


Vu le Film Les Promesses de Thomas Kruithof (2021) avec Isabelle Hupper Reda Kateb Naidra Ayadi Jean Paul Bordes Laurent Poitrenaux Sofiane Guerrab Hervé Pierre Wzlid Afkir Anne Loiret Stefan Crepon 

Clémence Collombet (Isabelle Huppert) est dans la phase finale de sa carrière politique de maire de banlieue parisienne. Avec l'aide de son directeur de cabinet Yazid Jabbi (Reda Kateb) elle veut, avant la fin de son mandat, essayer de sauver une cité du délabrement, quand on lui propose un poste de ministr 

Le premier long métrage de Thomas KruithofLes Promesses, se présente comme une comédie politique ancrée dans le réel municipal français. Le film suit Clémence, maire d’une ville de banlieue interprétée par Isabelle Huppert, une élue en fin de mandat confrontée à un choix presque cornélien : réparer ce qui peut encore l’être dans sa ville qui se délite… ou accepter un poste ministériel plus symbolique que réellement utile. Un dilemme politique classique, celui entre l’action concrète et l’ascension personnelle. 

Le cœur du récit se cristallise autour d’un immeuble en état d’insalubrité avancée, un de ces bâtiments que l’on croise malheureusement trop souvent dans certaines villes. Clémence décide soudainement d’en faire un combat politique. Un geste tardif, presque héroïque dans l’intention… mais qui laisse planer une question évidente : pourquoi maintenant ? Après tout, elle avait six ans pour agir. 

C’est là que le film installe son paradoxe. L’intention est louable, le sujet fort, mais le traitement reste étonnamment en surface. Le cinéma politique exige souvent une connaissance intime des rouages du pouvoir, des tensions administratives, des rapports de force invisibles. Ici, tout semble parfois trop lisse, trop sage, comme si l’on observait la politique derrière une vitre. 

La mise en scène de Thomas Kruithof cherche clairement le réalisme : réunions, couloirs municipaux, négociations feutrées, stratégies électorales. Pourtant, cette mécanique reste étonnamment peu nerveuse. Là où d’autres films trouvent dans ces espaces confinés une véritable dramaturgie, celui-ci paraît avancer à pas comptés. 

Impossible, dans ce contexte, de ne pas penser à L'Exercice de l'État de Pierre Schoeller. Ce film-là plongeait dans les arcanes du pouvoir avec une énergie presque fiévreuse. Les intrigues de couloir y devenaient un véritable théâtre politique, où chaque regard et chaque phrase pouvaient changer l’équilibre des forces. 

Dans Les Promesses, au contraire, l’ensemble reste étonnamment policé. On sent une couche de bonne volonté, une envie de parler du réel, mais quand on gratte un peu la surface, il n’y a finalement pas grand-chose pour retenir durablement l’attention. 

Heureusement, le film peut compter sur ses acteurs. Isabelle Huppert apporte à son personnage une autorité naturelle et une ambiguïté intéressante : une femme politique à la fois déterminée et fatiguée du système. Elle donne au film une gravité que le scénario peine parfois à soutenir. 

Autour d’elle, Reda Kateb compose un directeur de cabinet précis et nerveux, figure classique mais efficace de la machine politique. Et surtout, il faut souligner la très bonne présence de Sofiane Guerrab, dont le personnage apporte une touche de vérité et rappelle ces visages que l’on croise réellement dans la vie publique. 

Ces acteurs incarnent des figures familières : élus, collaborateurs, militants, tous ces personnages qui peuplent les coulisses de la démocratie locale. Grâce à eux, certaines scènes gagnent en crédibilité et en humanité. 

Mais le film semble parfois hésiter entre chronique politique et drame social. Le sujet des logements insalubres, pourtant central, reste finalement survolé. On le frôle, on l’évoque, mais on ne l’affronte jamais frontalement. 

C’est d’autant plus frustrant que ce thème aurait pu être le véritable moteur dramatique du film. Les villes françaises connaissent bien ce problème, et le cinéma aurait pu ici en faire un sujet brûlant. 

Au lieu de cela, l’intrigue s’éparpille un peu, préférant les hésitations politiques aux conséquences humaines de ces situations. 

Le résultat est un film qui avance, mais sans véritable urgence. 

Pour un premier long métrage, la promesse était pourtant intéressante. Le terrain politique est riche, complexe, souvent passionnant à filmer. 

Mais encore faut-il oser s’y plonger pleinement. 

Ici, tout reste un peu trop prudent. 

La mise en scène reste correcte mais jamais flamboyante, le scénario manque d’aspérités et de connaissance concrète du terrain. 

Et c’est peut-être là que le film perd une partie de sa force. 

Car la politique, quand elle est filmée avec intensité, peut devenir un formidable moteur de cinéma. 

Ici, elle reste souvent un décor. 

Alors oui, les acteurs font le travail. 

Oui, certaines scènes fonctionnent. 

Mais l’ensemble laisse une impression de film inachevé, comme si le sujet avait été pris pour faire du bruit… avant d’être abandonné en rase campagne. 

Le problème des locations insalubres méritait mieux qu’un simple passage. 

Il méritait un véritable combat cinématographique. 

Je suis resté assez froid devant ce film que beaucoup considèrent comme important. 

Ou peut-être que le film, lui aussi, s’est trompé de promesse. 

Car comme en politique, ici ce sont surtout des promesses… des promesses… rien que des promesses. 

NOTE : 11.90

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DISTRIBUTION

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