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mercredi 26 août 2026

16.50 - MON AVIS SUR LE FILM THE FOXCATCHER DE BENNETT MILLER (2015)

 


Vu le Film The Foxcatcher de Bennett Miller (2015) avec Steve Carrell Channing Tatum Mark Ruffalo Mark Schulz Vanessa Redgrave Sienna Miller Anthony Michael Hall


Foxcatcher, présenté en compétition au Festival de Cannes 2014, avait de quoi surprendre sur le papier : dans le générique, on découvrait un comique, Steve Carell, et un beau gosse bodybuildé, Channing Tatum, accompagnés de Mark Ruffalo, excellent acteur mais pas forcément celui qu'on attendait non plus dans ce genre d'histoire. Moi, j'étais persuadé que le film serait à Cannes, et j'avais raison. Ma logique tenait en un nom : Bennett Miller.

Après Truman Capote et Le Stratège, Miller est pour moi un petit génie de la mise en scène. Pas étonnant qu'il ait obtenu à Cannes le Prix de la mise en scène pour Foxcatcher.

Car Foxcatcher, outre son histoire incroyable et ses acteurs, est avant tout un film de mise en scène. Une mise en scène brillante, glaciale, attachante, terrifiante même, qui découpe les actions sans jamais nous dire ce qu'il faut penser.

L'histoire est pourtant suffisamment dingue pour qu'un réalisateur moins subtil en fasse un grand cirque.

Nous sommes dans les années 1980. Mark Schultz, champion olympique de lutte libre à Los Angeles en 1984, vit dans l'ombre de son frère aîné Dave, lui aussi champion olympique. Mark est un formidable athlète mais un homme fragile, solitaire, qui cherche surtout une reconnaissance qu'il n'arrive pas à obtenir.

C'est alors qu'arrive John Eleuthère du Pont, héritier richissime de la famille DuPont, qui possède assez d'argent pour transformer son domaine de Pennsylvanie en véritable camp d'entraînement pour les lutteurs américains.

Du Pont propose à Mark de rejoindre son équipe, Foxcatcher, de s'entraîner dans des conditions luxueuses et de préparer les Jeux olympiques de Séoul de 1988.

Pour Mark, c'est presque le paradis.

Pour du Pont, c'est autre chose.

Il ne veut pas seulement financer des champions : il veut être reconnu comme leur entraîneur, leur mentor, leur guide, bref devenir quelqu'un qu'on respecte enfin, notamment aux yeux de sa mère, qui semble ne jamais avoir vraiment cru en lui.

Et Miller va installer entre ces trois hommes une relation absolument fascinante.

Mark voit d'abord en du Pont une sorte de père de substitution.

Du Pont voit en Mark un champion qu'il peut façonner.

Puis il veut Dave.

Et Dave est justement celui qu'il ne peut pas acheter aussi facilement.

Parce que Dave Schultz, interprété par Mark Ruffalo, possède quelque chose que du Pont n'a pas : l'assurance, la stabilité, la confiance en lui et surtout une vraie autorité naturelle.

Et c'est là que le film devient progressivement inquiétant.

Car Bennett Miller ne nous explique jamais tout.

Il ne met pas de panneau lumineux au-dessus de John du Pont en criant : ATTENTION, CE TYPE EST COMPLÈTEMENT CINGLÉ !

Il nous laisse observer.

Il nous laisse écouter.

Il nous laisse regarder cet homme se comporter de plus en plus bizarrement.

Et c'est autrement plus efficace.

Du Pont devient progressivement terrifiant parce que Miller ne cherche jamais à le transformer en méchant de cinéma.

Il est simplement là.

Avec son argent.

Son pouvoir.

Ses lubies.

Sa paranoïa.

Sa mégalomanie.

Et cette impression permanente qu'il peut faire absolument tout ce qu'il veut parce que personne autour de lui n'ose lui dire non.

Steve Carell est absolument stupéfiant.

Certains ont été surpris de voir le comique de The Office dans un rôle pareil.

Moi, pas tellement.

Parce que jouer le con aussi bien qu'il le fait, c'est déjà une sacrée performance !

Il n'en fait jamais trop. Il reste presque immobile, parle d'une manière étrange, adopte cette posture raide et ce visage fermé qui rendent le personnage encore plus inquiétant.

Il n'a pas besoin de hurler pour faire peur.

Il suffit qu'il entre dans une pièce.

Et cette fameuse prothèse nasale pourrait presque devenir un gadget ridicule si Carell ne parvenait pas à faire oublier complètement l'acteur derrière le personnage.

Channing Tatum, lui, est méconnaissable.

Son physique de catcheur est évidemment impressionnant, mais ce qui compte surtout, c'est ce qu'il réussit à faire passer derrière cette masse musculaire.

Mark Schultz est un type paumé, parfois complètement benêt, enfermé dans ses propres certitudes et incapable de voir certaines réalités pourtant évidentes.

Il est champion du monde, champion olympique, mais dans la vie quotidienne il semble complètement perdu.

Et c'est précisément ce contraste qui rend le personnage intéressant.

Mark Ruffalo, dans un rôle moins présent, est lui aussi sublime.

Dave est le plus équilibré des trois, celui qui comprend le mieux les choses, celui qui voit le danger et qui essaye de protéger son frère sans toujours réussir à le sortir de l'emprise de du Pont.

Et l'on comprend progressivement que le véritable drame vient peut-être de là : ces trois hommes cherchent tous quelque chose chez les deux autres.

Du Pont cherche une reconnaissance qu'il ne peut pas acheter.

Mark cherche une reconnaissance qu'il croit pouvoir acheter.

Dave, lui, cherche simplement à protéger sa famille et son frère.

Et évidemment, tout cela va finir très mal.

Parce que Foxcatcher raconte aussi quelque chose de beaucoup plus large que cette histoire incroyable.

C'est un film sur le pouvoir physique, moral et financier.

Du Pont peut se permettre ce que les autres ne peuvent pas se permettre.

Il peut payer les entraînements.

Il peut construire un centre.

Il peut transporter ses sportifs.

Il peut leur offrir ce dont ils ont besoin.

Mais surtout, il peut leur donner ce que le système américain ne leur donne pas toujours : les moyens de vivre de leur talent.

Et c'est là que le film devient presque politique sans jamais être un film politique.

Des champions olympiques américains sont obligés de galérer pour survivre socialement.

Cela rappelle évidemment certains systèmes sportifs des pays de l'Est où les champions étaient pris en charge par l'État en échange de leurs médailles.

Sauf qu'ici, le système est privé.

Et celui qui paie devient celui qui commande.

C'est toute l'ambiguïté de Foxcatcher.

Les sportifs ont besoin de l'argent de du Pont.

Du Pont a besoin des sportifs pour donner un sens à son existence.

Et tout le monde ferme plus ou moins les yeux jusqu'au moment où il devient impossible de continuer.

Le véritable drame, qui survient en 1996, est évidemment l'assassinat de Dave Schultz par John du Pont. Le film s'inspire de cette histoire réelle et de l'autobiographie de Mark Schultz.

Mais là encore, Miller ne cherche pas à fabriquer un thriller spectaculaire.

Il nous conduit lentement vers la tragédie.

Et lorsqu'elle arrive, elle est d'autant plus brutale que nous avons passé deux heures à observer ces hommes sans jamais qu'on nous dise exactement où tout cela allait nous mener.

C'est ça, la force de Bennett Miller.

Il ne nous donne pas les solutions.

Il nous donne un point de vue.

Il regarde ses personnages au microscope, comme il l'expliquait lui-même à Cannes, et nous laisse faire notre propre jugement.

Il ne juge ni John du Pont, ni Mark Schultz, ni Dave Schultz.

Il nous montre simplement des êtres humains avec leurs failles, leurs frustrations, leur ambition, leur argent, leur pauvreté morale ou affective.

Et au milieu de tout cela, personne n'en sort vraiment gagnant.

Même le milliardaire n'a finalement rien.

Il possède tout, sauf ce qu'il désire réellement.

C'est un film d'hommes, mais sans hommes avec des couilles.

Des hommes qui cherchent leur place, leur reconnaissance, leur puissance et leur identité et qui, finalement, se retrouvent prisonniers de leurs propres faiblesses.

Une véritable tragédie grecque, mais avec des tapis de lutte à la place de l'agora.

Et derrière le sport, derrière les muscles, derrière les millions de dollars et derrière cette histoire complètement folle, Miller filme surtout la misère humaine.

Celle de celui qui possède tout.

Celle de celui qui n'a rien.

Et celle de ceux qui pensent que l'argent, la force ou les médailles peuvent remplir les trous de l'existence.

Un pur bijou de mise en scène.

Froid, lent, étouffant, parfois presque inconfortable, mais d'une précision incroyable.

Et surtout un film qui fait confiance au spectateur.

Ce qui, aujourd'hui, devient presque un luxe.

Bennett Miller ne nous prend pas par la main.

Il nous montre le précipice et nous laisse décider à quel moment les personnages ont commencé à tomber.

NOTE : 16.50

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION

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