Pages

jeudi 3 septembre 2026

13.00 ( MON AVIS SUR LE FILM BLEU VELVET DE DAVID LYNCH (1986)


 Vu le film Blue Velvet  de David Lynch (1986) avec Kyle MacLachlan Isabella Rosselini Dennis Hopper Laura Dern George Dickerson Jake Harvey Lope Lange Priscilla Pointer Brad Dourif Dean Stockwell


Un grand David Lynch cauchemardesque pour les habitants de Lumberton, petite ville américaine qui semble pourtant bien tranquille, loin des gratte-ciels et des grandes métropoles, avec ses jolies maisons, ses pelouses bien tondues et ses habitants qui se saluent poliment. Mais chez Lynch, il suffit de passer derrière la façade de circonstance pour découvrir les coulisses, les chambres, les caves et tout ce que l’on ne montre surtout pas au voisinage. Et là, ça devient beaucoup moins sympathique, car derrière cette Amérique bien propre se cache une violence sexuelle, sadique et complètement cauchemardesque.

Après l’échec commercial de Dune, Lynch revient ici à un univers qui lui correspond beaucoup mieux, celui du film noir, du fantastique malsain et des obsessions qui traînaient déjà dans Eraserhead, avant de donner plus tard Twin Peaks ou Sailor et Lula. Peut-être finalement un genre qui lui réussit mieux, car avec Blue Velvet, il peut laisser libre cours à toutes ses obsessions et nous emmener dans un monde où la normalité n’est qu’une mince couche de peinture prête à s’écailler.

Tout commence lorsqu’un jeune étudiant originaire de Lumberton, Jeffrey Beaumont, interprété par Kyle MacLachlan, revient dans sa ville natale après que son père a été victime d’un grave problème de santé. En se promenant, Jeffrey découvre dans un terrain vague une oreille humaine coupée et décide, au lieu de faire comme tout le monde et d’appeler immédiatement la police, de mener sa petite enquête personnelle. C’est évidemment là que les ennuis commencent, car chez Lynch, une oreille coupée dans un jardin n’annonce généralement pas une histoire de voisinage tranquille.

Son enquête va le conduire vers Dorothy Vallens, une chanteuse de cabaret interprétée par une fascinante Isabella Rossellini, qui chante notamment Blue Velvet, la chanson qui donne son titre au film. Jeffrey découvre alors un univers beaucoup plus sombre qu’il ne l’imaginait, peuplé de personnages tous plus étranges les uns que les autres, et notamment Frank Booth, gangster psychopathe absolument terrifiant incarné par un Dennis Hopper complètement déchaîné.

Jeffrey soupçonne Frank de retenir Dorothy sous son emprise et de se livrer à un véritable esclavage sexuel. Il va donc pénétrer de plus en plus profondément dans cet univers de violence, de sexe, de perversité et de folie, tout en étant partagé entre Dorothy et Sandy, interprétée par une Laura Dern intrigante, la fille du shérif dont Jeffrey est amoureux. Le jeune homme pensait sans doute découvrir les secrets d'une petite ville américaine ; il va surtout découvrir que les monstres ne vivent pas forcément dans les endroits où on les attend.

Et Lynch arrive à mettre dans un seul film suffisamment de perversions pour remplir plusieurs films, dans ce monde de malades qu’il adore psychanalyser. C’est retors, pervers, sexuel, inquiétant, parfois grotesque, souvent fascinant, et surtout profondément lynchien. On ne sait jamais très bien si l’on regarde un polar, un cauchemar, une hallucination ou simplement l’envers du décor de l’Amérique bien pensante.

J’adore également toute la partie technique, à commencer par la photographie de Frederick Elmes, qui transforme cette petite ville apparemment paisible en véritable piège à cauchemars, mais surtout la musique du maître Angelo Badalamenti, devenue indissociable de l’univers de Lynch, sans oublier les tubes de la bande originale qui participent pleinement à cette étrange atmosphère entre rêve et cauchemar.

Et puis Kyle MacLachlan, le Paul Atréides de Dune, trouve ici un personnage qui va le conduire quelques années plus tard vers la série mythique Twin Peaks, faisant de lui l’un des visages cultes de l’univers lynchien.

Alors oui, Blue Velvet, ce n’est certainement pas à mettre sous les yeux de jeunes spectateurs qui risqueraient de regarder leur voisin d’un autre œil en rentrant chez eux. Mais pour nous, adultes consentants, on peut être complètement subjugués par les images que nous propose Lynch et par cette plongée dans les dessous peu reluisants d’une Amérique de carte postale. Maintenant, si vous avez compris toute l’histoire du premier coup, chapeau ! Parce que chez Lynch, même quand on croit avoir compris, il reste toujours une oreille quelque part qui traîne dans le jardin.

NOTE ; 13.00

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire