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mercredi 26 août 2026

6.10 - MON AVIS SUR LE FILM FEMME DE ... DE DAVID ROUX (2026)

 


Vu le film Femme de .. de David Roux (2026) avec Mélanie Thierry Jérémie Renier Arnaud Valois Eric Caraveca Jérôme Deschamps Alexandra Stewart

Sarah le Picard Jeanne Rosa

Il y a des films qui vous donnent envie de regarder votre montre, et puis il y a La Femme de de David Roux qui donne envie de regarder directement l'horloge du cinéma pour savoir combien de temps il reste avant la délivrance !

Pourtant, sur le papier, il y avait de quoi être intéressé : Mélanie Thierry, lumineuse, Éric Caravaca, Arnaud Valois, Jérémie Renier, Jérôme Deschamps, Sarah Le Picard, Jeanne Rosa… bref, un joli casting. Le film est l'adaptation de Son nom d'avant, roman d'Hélène Lenoir, publié aux Éditions de Minuit en 1998.

Mais entre le papier et l'écran, il y a parfois un gouffre.

Et ici, on tombe dedans.

L'histoire nous présente Marianne, bientôt quarante ans, épouse d'un riche industriel, mère de famille modèle, installée dans une vaste demeure où tout semble parfait : maison, mari, enfants, confort, éducation religieuse, bonnes manières et argenterie à astiquer.

Bref, le bonheur avec majuscule et majordome !

Sauf que derrière les murs de cette belle demeure, Marianne s'est progressivement effacée.

Elle est devenue la femme de, la mère de, la maîtresse de maison, la personne qui organise, qui prévoit, qui obéit, qui sourit quand il faut sourire et qui regarde passer sa propre existence par la fenêtre.

Et puis surgit Bob, un photographe interprété par Jérémie Renier, un homme de son passé qu'elle retrouve après des années. Cette apparition fait remonter à la surface une autre Marianne, celle qu'elle était avant de devenir l'épouse modèle.

Sur le papier, cela pouvait donner un formidable drame psychologique.

Un film sur l'enfermement.

Sur le poids des conventions.

Sur une femme qui découvre qu'elle a passé une partie de sa vie à vivre celle que les autres avaient choisie pour elle.

Mais David Roux semble avoir oublié une chose essentielle :

pour faire ressentir l'enfermement, il faut d'abord faire ressentir quelque chose.

Et moi, je n'ai pas ressenti grand-chose.

Ou alors l'ennui. Beaucoup.

On pourrait paraphraser Céline et parler ici d'un Voyage au bout de l'ennui.

La mise en scène est tellement minimaliste que l'on se demande parfois si le scénario n'avait pas été écrit sur une feuille de papier avec plusieurs chapitres retirés au feutre.

Les personnages parlent. Ils regardent. Ils se regardent. Ils marchent. Ils rentrent. Ils ressortent.

Et nous, pendant ce temps-là, on attend.

On attend qu'il se passe quelque chose.

Puis quelque chose se passe.

Et on attend encore.

Le problème n'est pourtant pas le rythme lent.

J'aime les films lents lorsqu'ils installent une atmosphère, lorsqu'ils font monter une tension, lorsqu'un silence devient plus violent qu'une dispute.

Mais ici, le silence ressemble surtout à… du silence.

Les émotions sont absentes de presque toutes les scènes.

Et quand je dis « émotions », je devrais presque mettre le mot au singulier.

Mélanie Thierry fait pourtant ce qu'elle peut.

Et même beaucoup.

Elle est lumineuse, comme souvent, et elle porte le film sur ses épaules.

Mais à force de porter, elle doit finir par se demander si elle n'a pas signé pour un film ou pour une séance prolongée de regard dans le vide.

On imagine presque l'actrice regardant discrètement sa montre entre deux prises en se disant :

« Bon, mon contrat prévoit combien de minutes encore ? »

Jérémie Renier, lui, apparaît dans le rôle de Bob, le photographe qui fait ressurgir le passé de Marianne.

Il est fatigué.

Et pas seulement parce que le personnage semble traîner derrière lui vingt ans de souvenirs !

Son personnage est surtout tellement peu développé qu'on finit par se demander ce qu'un acteur comme Renier est venu faire dans cette galère.

Et c'est justement le problème général du film :

les personnages n'ont d'intérêt que par le nom de l'acteur qui les joue.

On nous dit qu'ils sont importants.

On nous explique leur place dans cette famille.

On nous montre leurs rapports.

Mais on ne les fait jamais véritablement exister.

Alors David Roux multiplie les signes pour nous faire comprendre dans quel monde nous sommes.

Grande bourgeoisie. Grande maison. Catholicisme. Cours de catéchisme. Patriarcat. Notable. Industriel.
Famille bien installée. Éducation religieuse.

Et surtout cette grande demeure qui semble avoir été sortie directement d'un film de Claude Chabrol.

Il ne manque plus que le banquet final et le cadavre dans la cave !

Et là, j'ai eu comme une impression de copié-collé de Thérèse Desqueyroux, le célèbre roman de François Mauriac.

Évidemment, on peut faire pire comme référence.

Mais encore faut-il avoir quelque chose à ajouter.

Chez Mauriac, l'enfermement bourgeois, la religion, le mariage, les conventions sociales et l'étouffement d'une femme produisent une véritable tragédie intérieure.

Chez David Roux, tout cela ressemble parfois à une liste de courses.

Libération féminine : normalement, cochez aussi.

Et surtout, le film donne parfois l'impression de prendre une certaine bourgeoisie pour la bourgeoisie tout entière.

Une minorité devient une généralité.

Et cette caricature-là plaira certainement à certaines franges politiques qui pourront y voir une démonstration supplémentaire de tout ce qu'elles pensent déjà.

Mais le cinéma n'est pas un tract.

Et même quand il veut dénoncer quelque chose, il doit commencer par nous faire croire à ses personnages.

Ici, j'ai surtout l'impression de voir des personnages construits pour illustrer une démonstration.

Marianne doit représenter la femme prisonnière.

Son mari doit représenter le patriarcat.

La maison doit représenter l'enfermement.

La religion doit représenter le carcan.

Et Bob doit représenter la possibilité d'une autre vie.

C'est propre.

C'est proprement emballé.

C'est proprement photographié.

Mais ça ne vit pas.

Et c'est dommage parce que le sujet, lui, était loin d'être mauvais.

Le roman d'Hélène Lenoir avait justement cette matière psychologique qui pouvait donner un film beaucoup plus ambigu, plus pervers, plus troublant.

Le réalisateur expliquait d'ailleurs avoir été séduit par cette plongée dans « la psyché d'une femme empêchée » et par cette famille de bourgeoisie industrielle catholique de province.

Moi, j'aurais préféré qu'il nous laisse davantage dans la tête de Marianne plutôt que de nous promener dans sa maison.

Parce que la maison, elle, on la connaît très vite.

Elle reste beaucoup plus mystérieuse.

Et pas dans le bon sens du terme.

Le film dure 1 h 33.

Et pourtant, j'ai parfois eu l'impression qu'il en faisait trois.

C'est assez extraordinaire : réussir à faire paraître une heure trente-trois plus longue qu'une trilogie de Cecil B. DeMille, il fallait quand même oser !

La comparaison avec Chabrol devient alors assez cruelle.

Parce que chez Chabrol, même lorsque tout semble immobile, ça bouillonne sous la nappe.

Un regard peut tuer.

Un repas peut devenir un champ de bataille.

Un sourire peut cacher une catastrophe.

Chez Roux, la nappe est là.

Mais j'attends toujours qu'on renverse la table.

Et lorsque le film arrive enfin à son terme, j'ai presque envie de remercier le générique.

Le mot « FIN » devient alors le personnage le plus intéressant du film.

Et pourtant, je ne voudrais pas accabler Mélanie Thierry, qui fait réellement ce qu'elle peut avec ce qu'on lui donne.

Elle possède cette présence fragile et lumineuse qui aurait pu faire de Marianne une grande héroïne de cinéma.

Mais encore faut-il lui donner des scènes à la hauteur.

Quant à Jérémie Renier, il traverse le film comme un fantôme du passé, avec ce personnage de Bob qui aurait mérité d'être beaucoup plus complexe.

Les seconds rôles, eux, sont essentiellement là pour compléter le tableau bourgeois.

Tout cela donne finalement un film superficiel sur un sujet qui ne l'était pas.

Un film qui veut parler d'émancipation, de domination, de religion, de famille, de classe sociale et de condition féminine, mais qui finit par empiler les clichés comme on empile les couverts avant le dîner.

Et c'est peut-être cela qui m'agace le plus.

Parce que je ne demande pas à un film de me dire ce que je dois penser.

Je demande simplement qu'il me donne envie de penser.

Ici, il m'a surtout donné envie de regarder l'heure.

La Femme de avait donc tout pour devenir un drame bourgeois à la Chabrol, un descendant de Mauriac, une véritable étude de la prison dorée d'une femme.

Il n'en reste malheureusement qu'une jolie enveloppe, une Mélanie Thierry lumineuse, quelques comédiens qui méritaient mieux et une mise en scène tellement discrète qu'elle finit par disparaître.

Un film qui veut nous parler de l'enfermement mais qui réussit surtout à enfermer le spectateur dans son fauteuil.

Un Voyage au bout de l'ennui.

Et heureusement…

le mot FIN finit par arriver.

NOTE : 6.10

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION 

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