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lundi 6 avril 2026

9.10 - MON AVIS SUR LE FILM L'OEIL DU MALIN DE CLAUDE CHABROL (1962)


 Vu le Film L’Oeil du Malin de Claude Chabrol (1962) avec Jacques Charrier Stéphane Audran Walter Reyer Daniel Boulanger André Basin Claude Romet Louis Le Pin Claude Chabrol 

Le journaliste Reporter Photographe Albin Mercier est envoyé dans le sud de l’Allemagne pour y faire un reportage. Il rencontre le romancier Andréas Hartmann et la femme de celui-ci, Hélène. Il envie d'abord leur bonheur, puis découvre qu’Hélène, en fait, trompe son mari. Espérant obtenir ses faveurs, il essaie de la faire chanter. 

On connaît le goût de Claude Chabrol pour disséquer la bourgeoisie comme on ouvre un fruit trop mûr, avec ce mélange de précision clinique et de jubilation discrète. Mais avec L’Œil du malin, on est face à un Chabrol mineur, pas honteux, mais qui donne l’impression d’un mécanisme bien huilé… tournant un peu à vide. 

L’histoire nous emmène en Allemagne, où Albin Mercier, journaliste photographe, débarque pour un reportage. Sous les traits de Jacques Charrier, le personnage devrait être notre point d’ancrage, notre œil — malin ou pas — sur ce petit théâtre humain. Il croise un romancier, incarné par Walter Reyer, figure d’intellectuel bourgeois, installé, et surtout sa femme, interprétée par Stéphane Audran, dont la présence suffit déjà à installer une ambiguïté trouble. Très vite, le vernis craque : le mari est violent, la femme infidèle, et les non-dits circulent plus vite que les regards. 

Tout est là, en théorie : bourgeoisie, adultère, hypocrisie, pulsions sous contrôle apparent. Les ingrédients d’un bon Chabrol,  Mais ici, quelque chose ne prend pas. Et ce quelque chose, c’est peut-être d’abord Albin lui-même. Charrier est aussi transparent qu’une glace sans teint. Il observe, il traîne, il s’infiltre, mais il ne dégage ni mystère ni véritable malaise. Or, chez Chabrol, le regard est essentiel : celui qui regarde doit déranger. Ici, il s’efface. 

Quand Albin découvre la liaison de la femme, il aurait pu devenir un véritable moteur dramatique. Mais non, il glisse vers le chantage presque mécaniquement, comme s’il fallait bien faire avancer les choses. Le scénario aligne alors les situations connues — mari, maîtresse, amant, placard — comme une checklist du parfait drame bourgeois. Sauf que la mécanique est trop visible. On anticipe, on comprend, mais on ne vibre pas. Il manque cette tension sourde, ce malaise diffus qui fait les grands Chabrol. 

En face, pourtant, Stéphane Audran impose déjà ce mélange de froideur et de fragilité qui fera sa force chez Chabrol. Elle capte l’attention sans forcer, avec ce mystère qui échappe aux hommes autour d’elle. Walter Reyer, lui, campe un mari bourgeois, rigide, violent, presque attendu — efficace, mais sans surprise. 

La caméra, elle, reste fidèle à la patte Chabrol : propre, précise, jamais démonstrative. Il filme les corps dans l’espace avec une certaine distance, comme s’il refusait d’intervenir, laissant les personnages s’enliser dans leurs contradictions. Mais cette distance, ici, devient presque une faiblesse. On regarde plus qu’on ne ressent. 

On a presque l’impression que Chabrol observe ses personnages avec moins de cruauté que d’habitude. Comme s’il les regardait de loin, sans vraiment les disséquer. Le scalpel est là, mais il n’incise pas. 

Alors oui, pas un souvenir impérissable. Un Chabrol mineur, où l’on retrouve les thèmes, les obsessions, les figures familières… mais sans la puissance ni la noirceur qui font les sommets de sa filmographie. 

Reste Audran, toujours. Et cette sensation étrange d’un film qui aurait pu être beaucoup plus venimeux… s’il avait osé regarder vraiment. 

NOTE : 9.10

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