Pages

samedi 14 mars 2026

12.30 - MON AVIS SUR LE FILM WOMEN TALKING DE SARAH POLLEY (2022)


 Vu le Film Women Talking de Sarah Polley (2022) avec Rooney Mara Jesse Buckley Claire Foy Frances McDormand Judith Ivey Sheila McCarht Ben Whishaw  

Un groupe de femmes mennonites dans une colonie religieuse isolée se rassemblent pour lutter et concilier leur foi avec une série d'agressions sexuelles systémiques commises par les hommes de la colonie. Le film s'inspire des évènements d'agressions sexuelles dans la communauté mennonite en Bolivie 

Le seul homme qui tient une place importante dans le film est August, joué par Ben Whishaw. Il est l’instituteur de la communauté religieuse et établit le procès-verbal de la réunion, car ces femmes mennonites ne savent ni lire ni écrire. 

Le film Women Talking de Sarah Polley, adaptation du roman Ce qu’elles disent de Miriam Toews, est une œuvre qui frappe comme un coup de masse, mais un coup de masse silencieux. Un film presque murmuré… et pourtant terrifiant. 

L’histoire nous plonge dans une communauté mennonite isolée de Bolivie. Des femmes de cette communauté découvrent qu’elles ont été violées pendant leur sommeil par plusieurs hommes du village, droguées et agressées dans un système qui, depuis toujours, leur refuse la parole. Huit hommes sont finalement accusés. Mais pendant que ceux-ci sont emmenés en ville pour comparaître, les femmes se réunissent dans une grange pour décider de leur avenir : rester, partir… ou se battre. 

C’est là que commence ce qui pourrait ressembler à un huis clos rural, presque théâtral, mais qui devient en réalité un champ de bataille moral et politique. Dans cette grange, les femmes discutent, s’opposent, doutent. Certaines veulent partir immédiatement, d’autres veulent pardonner, d’autres encore exigent la justice. Pas simple pour elles : certaines sont prêtes à y aller, d’autres doutent encore de savoir si tout cela est bien arrivé. Car le patriarcat fonctionne aussi par le doute et par l’effacement de la parole des victimes. 

Au milieu de ce groupe de femmes surgit un personnage inattendu : August Epp, interprété par le génial Ben Whishaw. Un homme dans cette assemblée de femmes… mais un homme différent. Instituteur maladroit et sensible, il est chargé d’écrire le compte rendu de leurs discussions et la fameuse lettre destinée au tribunal. Il est là pour une raison simple et terrible : ces femmes ne savent ni lire ni écrire. La domination masculine ne s’est pas contentée d’abuser d’elles, elle les a aussi maintenues dans l’ignorance. 

Autour de lui, une impressionnante galerie d’actrices donne chair à ce drame : Rooney Mara, Claire Foy, Jessie Buckley, Judith Ivey ou encore Frances McDormand. Chacune incarne une position morale, une douleur différente, une manière de résister ou de survivre. Les visages portent la colère, la peur, la foi, le doute. Les actrices ne jouent pas seulement des personnages : elles incarnent des consciences. 

La mise en scène de Sarah Polley est d’une sobriété remarquable. Presque austère. Peu de décors, peu d’effets, mais un travail très précis sur les visages, les silences et la parole. La grange devient une arène philosophique où se redéfinit le sens même de la justice. Ce minimalisme renforce la puissance du propos : ici, la parole devient une arme. 

Le scénario est d’une intelligence rare. Il évite le piège du mélodrame pour privilégier la réflexion collective. On assiste presque à la naissance d’une pensée politique : ces femmes, féministes avant l’heure, tentent de comprendre comment vivre après l’horreur et surtout comment ne plus la subir. 

Le terrible constat du pouvoir des hommes dans certaines sociétés patriarcales est ici exposé sans hurlement mais avec une lucidité glaçante. Et c’est peut-être ce qui rend le film encore plus bouleversant. 

Sarah Polley sonne juste. Elle dévoile et décrit un drame atroce sans jamais tomber dans le spectaculaire. Aidée par une pléiade d’actrices impressionnantes, elle construit un film de paroles qui devient paradoxalement un film d’une immense puissance dramatique. 

Et lorsque la projection se termine, une chose est certaine : on ne sort pas indemne de Women Talking. On en sort déchiré. Parce que derrière ces discussions dans une grange se cache une question universelle : comment une société peut-elle encore permettre cela ? Et surtout… combien de voix restent encore enfermées dans le silence. 

NOTE : 12.30

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire