Vu le Film Au-Délà du Missouri de William A.Wellman (1951) avec Clark Cable Ricardo Montalban John Hodiak Maria Elena Marques Adolphe MenjouJ.Carrol Naish Jack Holt Alan Napier
Vers 1830, Flint Mitchell, un trappeur accompagné d'une brigade, découvre une région où pullulent les castors. Ceux-ci, située au-delà du Missouri, dans les territoires qui deviendront l'Idaho et le Montana, sont encore sous le contrôle des indiens. Mitchell épouse alors Kamiah, la fille du chef Bear Ghost afin de signer un traité avec les tribus environnantes.
Ma découverte de la filmographie de William A. Wellman se poursuit avec Au-delà du Missouri (Across the Wide Missouri, 1951), un film d’aventure teinté de western et de mélodrame, porté par la présence rugueuse de Clark Gable et la grâce lumineuse de Ricardo Montalbán — et surtout de María Elena Marqués dans le rôle de l’Indienne Kamiah.
L’histoire nous entraîne au cœur des Rocheuses, dans le sillage des trappeurs partis négocier avec les tribus amérindiennes. Gable incarne Flint Mitchell, un homme froid, calculateur, presque cynique, davantage préoccupé par les peaux de castor que par les sentiments. Il épouse Kamiah d’abord par stratégie, pour sceller une alliance avec la tribu des Pieds-Noirs. Nous sommes loin d’un mariage romantique ; c’est un contrat, presque une transaction.
Mais peu à peu, au contact de cette femme fière et digne, quelque chose se fissure. Le trappeur solitaire apprend à regarder autrement, à aimer autrement. De leur union naît un fils — et c’est justement ce fils qui raconte l’histoire en voix off, donnant au film une dimension de légende transmise, presque de conte initiatique.
Une image drôle et touchante : le bébé transporté dans une sacoche accrochée au cheval pendant que la famille traverse les montagnes qui est le narrateur de cette histoire. Image simple, presque burlesque, et pourtant profondément humaine. Wellman sait capter ces instants de vérité au milieu de l’épopée.
Dans son approche, on pense immédiatement à Jack London et à son roman L'Appel de la forêt : même confrontation entre l’homme et la nature, même rudesse des paysages enneigés, même transformation intérieure au contact du monde sauvage avec déjà Clark Gable comme héros. La neige, omniprésente dans certaines séquences, renforce l’impression d’isolement et d’épreuve. L’aventure dans la neige n’est pas qu’un décor : elle devient un personnage à part entière, hostile et sublime.
Côté mise en scène, Wellman privilégie l’ampleur. Même si certains décors sont recréés en studio, la sensation d’espace demeure. En salle, à l’époque, cela devait donner une puissance visuelle impressionnante : montagnes grandioses, campements, rivières gelées… Un véritable road movie avant l’heure, dans les hauteurs glacées de l’Ouest américain.
Quant à Clark — « bon il est vrai que notre Clark n’est plus aussi beau que dans Autant en emporte le vent » — vous avez raison de le souligner avec humour. Les rides sont là, la jeunesse flamboyante de Autant en emporte le vent appartient au passé, mais Clark restera Clark, même buriné. Et ces rides servent le personnage : elles ajoutent de la crédibilité à ce trappeur endurci par les éléments.
María Elena Marqués, de son côté, apporte douceur et force silencieuse. Elle ne joue pas une simple figure exotique : elle incarne la conscience morale du récit, celle qui humanise Mitchell. Leur relation évolue avec une pudeur touchante, sans grands discours, mais à travers des gestes, des regards.
Le scénario épouse cette trajectoire : partir d’un calcul intéressé pour aboutir à une véritable histoire d’amour et de transmission. La voix off du fils donne une tonalité nostalgique, presque elegiaque, comme si toute cette aventure appartenait déjà à un monde disparu.
Ce film vaut aussi pour son équilibre entre brutalité et tendresse. Les hommes sont rudes, la nature implacable, mais au cœur de cette épopée bat une histoire intime, presque domestique, portée par un enfant narrateur qui regarde son père avec une admiration mêlée d’ironie.
En continuant mon exploration de Wellman, on retrouve ici son goût pour les hommes confrontés à l’épreuve, mais aussi sa capacité à les montrer vulnérables.
Au-delà du Missouri n’est peut-être pas le western le plus célèbre de son époque, mais il possède ce charme des grandes aventures racontées au coin du feu — avec un bébé dans une sacoche, un trappeur aux rides assumées, et des montagnes enneigées qui semblent infinies.
NOTE : 13.10
FICHE TECHNIQUE
- Réalisateur : William A. Wellman
- Producteur : Robert Sisk
- Société de production et de distribution : Metro-Goldwyn-Mayer
- Scénariste : Talbot Jennings d'après une histoire de Talbot Jennings et Frank Cavett et le livre Across the Wide Missouri de Bernard DeVoto (non crédité)
- Directeur de la photographie : William C. Mellor
- Directeurs artistiques : Cedric Gibbons et James Basevi
- Décors : Ralph S. Hurst et Edwin B. Willis
- Costumes : Walter Plunkett
- Musique : David Raksin
- Montage : John D. Dunning
- Superviseuse au montage : Margaret Booth (non créditée)
- Clark Gable (V.F : Robert Dalban) : Flint Mitchell
- María Elena Marqués : Kamiah
- Ricardo Montalban : Ironshirt
- John Hodiak (V.F : Jean Martinelli) : Brecan
- Adolphe Menjou (V.F : Paul Villé) : Pierre
- Jack Holt : Bear Ghost
- J. Carrol Naish : Looking Glass
- Alan Napier (V.F : Fernand Fabre) : Capitaine Humberstone Lyon
- George Chandler : Gowie
- Richard Anderson : Dick
- Howard Keel : Narrateur
- Russell Simpson : Hoback
- Henri Letondal : Lucien Chennault
- Timothy Carey (non crédité) : Baptiste DuNord

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