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lundi 12 octobre 2026

13.20 6 MON AVIS SUR LE FILM LA CHALEUR DE STEPHANE DEMOUSTIER (2026)


 Vu le film La Chaleur de Stéphane Demoustier (2026) avec Hadrien Hussein Tristan Richard Martina La Manna Noé Houssard Zakariya Gouram Cécile Dubrocq Marguerite Demoustier Rida Elmanawehly Sarah Le Picard


Plaisir de retrouver Stéphane Demoustier, le réalisateur de l’excellent Borgo, qui adapte ici le roman de Victor Jestin, récompensé par le Prix Fémina des lycéens. Nous délaissons la Corse et l’arche de la Défense de ses précédents films pour nous plonger dans les plages des Landes, au milieu d’un camping où la jeunesse profite des vacances, entre alcool, fêtes et filles, avec cette envie de vivre à fond des journées qui semblent ne jamais devoir finir.

Sauf que tout le monde ne vit pas ces vacances de la même manière, et c’est justement ce qui intéresse le cinéaste. Marouane (Hadrien Hussein), jeune Marocain de 17 ans, est bien présent dans le groupe de copains, notamment auprès de Noé (Tristan Richard), mais il demeure un garçon mutique, qui observe davantage qu’il ne participe et semble toujours conserver une certaine distance avec les autres. Il ne quitte jamais son tee-shirt ni son short long, refusant de se montrer torse nu par pudeur, tandis que les musiques sur lesquelles les autres dansent ne sont guère sa tasse de thé, lui préférant la musique classique.

Marouane n’est pas un garçon facile à cerner, même pour ceux qui le côtoient quotidiennement, car il reste en retrait, sans vraiment partager les confidences ni l’énergie de son ami Noé. Ses parents voudraient pourtant le voir profiter de ses vacances comme tous les jeunes de son âge, mais cette injonction au bonheur peut devenir pesante lorsqu’on ne se reconnaît pas dans les plaisirs des autres. Seule sa sœur lui permet de retrouver quelques instants de complicité enfantine, comme si cette relation lui offrait un refuge loin des préoccupations et des comportements de ses camarades.

Déjà peu bavard, Marouane va pourtant trouver une excellente raison de se taire encore davantage lorsqu’un accident involontaire impliquant Oscar (Noé Houssard) vient bouleverser ses vacances. Le garçon se retrouve alors prisonnier d’un secret qu’il entend bien garder le plus longtemps possible, quitte à s’enfermer dans un silence qui l’éloigne encore un peu plus de ceux qui l’entourent. Difficile de parler lorsqu’on a quelque chose à cacher, surtout quand on ne sait pas vraiment comment vivre avec ce qui vient de se produire.

Une forme de torpeur s’installe progressivement chez lui, avec cette impression qu’il devient de moins en moins réactif, comme engourdi par les événements, tandis que la chaleur estivale semble peser sur les corps et les esprits. Le titre prend alors tout son sens, car cette chaleur ne se limite pas au soleil qui tape sur le camping, elle accompagne aussi l’inconfort d’un adolescent qui ne parvient plus à retrouver sa place parmi les autres. Les vacances continuent autour de lui, les jeunes font la fête et s’amusent, mais Marouane paraît de plus en plus enfermé dans son propre monde.

Stéphane Demoustier filme son personnage avec une grande tendresse, sans chercher à forcer l’émotion ni à transformer son silence en démonstration. Il laisse vivre son jeune héros, avec ses maladresses, ses hésitations et ses difficultés à communiquer, dans un cadre estival qui pourrait pourtant sembler propice à l’insouciance. Hadrien Hussein est formidable dans ce rôle, trouvant le ton juste avec un jeu tout en retenue, qui donne une vraie présence à ce garçon dont on aimerait parfois qu’il se livre davantage. Il parvient à faire exister Marouane sans avoir besoin d’en rajouter, ce qui n’est pas la moindre des qualités de son interprétation.

Reste que ce garçon prisonnier de son secret aura bien du mal à se rapprocher des autres, malgré quelques timides moments de rapprochement avec Giulia, qui laissent entrevoir une possibilité de sortir de sa coquille. Mais peut-on vraiment profiter de ses vacances lorsqu’on porte un tel poids sur les épaules, surtout à un âge où les autres semblent avoir pour seul souci de s’amuser ?

La Chaleur est un joli film dans un joli cadre, qui prend le temps de regarder un adolescent évoluer au milieu des siens sans parvenir à partager pleinement leur insouciance. Loin des tumultes et des préoccupations que l’on associe souvent à nos adolescents d’aujourd’hui, Demoustier préfère s’attacher à un jeune homme qui se débat avec lui-même, dans un récit intimiste où les silences en disent parfois plus long que les dialogues.

On tient là une belle réussite, un film familial en quelque sorte, qui peut toucher différentes générations sans avoir besoin de forcer le trait. Après Borgo, Stéphane Demoustier confirme tout le bien que je pense de lui et qu’il faudra compter avec ce réalisateur dans les années à venir. Quant à Marouane, il lui faudra sans doute encore un peu de temps pour apprendre à profiter de la vie comme les autres, mais le cinéma, lui, vient de trouver un beau personnage.

NOTE : 13.20

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation et scénario : Stéphane Demoustier
  • Scénario : Stéphane Demoustier[], d'après le roman du même titre de Victor Jestin[]
  • Musique : Pierpaolo Saccomandi
  • Décors : Catherine Cosme
  • Costumes : Camille Rabineau
  • Photographie : David Chambille[]
  • Son : Olivier Dandré
  • Montage : Damien Maestraggi
  • Production : Jean des Forêts et Amélie Jacquis
    • Coproduction : Gaëtan David, Matthias Erny et André Logie
  • Sociétés de production : Petit Film, en coproduction avec La Compagnie cinématographique, The Dreaming Sheep Company, Panache Productions et Wildside[5]
  • Sociétés de distribution : Memento Distribution[] (France) et I Wonder Pictures (Italie) ; Anga Productions (Belgique), Frenetic Films (Suisse romande)
  • Budget : 3 millions d'euros[

DISTRIBUTION

  • Hadrien Hussein : Marouane
  • Tristan Richard : Noé
  • Martina La Manna : Giulia
  • Noé Houssard : Oscar
  • Zakariya Gouram : le père de Marouane
  • Cécile Ducrocq : la mère de Marouane
  • Marguerite Demoustier : Inès, petite sœur de Marouane
  • Rida Elmanawehly : Sabri
  • Sarah Le Picard : Claire, mère d'Oscar[]
  • Stessie Santoru : l'adjudante[

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