Vu le Film Le Nettoyeur de George Marshall (1954) avec Audie Murphy Marie Blanchard Lyle Berger Thomas Mitchell Edgar Buchanan Lori Nelson Mary Wickes Wallace Ford George Wallace John Doucette
Avec Le Nettoyeur, George Marshall remet le couvert et, accessoirement, refait son propre film : il s’agit ni plus ni moins du remake de Femme ou Démon, réalisé par Marshall en 1939 avec Marlene Dietrich et James Stewart. Mais autant prévenir tout de suite : le titre français, Le Nettoyeur, fait très polar bien noir, voire film avec Van Damme qui débarque pour faire le ménage. Alors qu’en réalité, nous sommes tout simplement devant un bon vieux western des années 50, comme Hollywood en pondait des dizaines par an.
Marshall n’invente évidemment rien dans le genre. Le héros arrive en diligence dans une petite ville de l’Ouest qui semble attendre son messie, histoire de débarrasser tout le monde du mal qui règne sur place. Très biblique, ce truc : un homme providentiel arrive, découvre une ville pourrie jusqu’à l’os, et va devoir remettre un peu d’ordre dans tout ce bazar. En face, le méchant est évidemment plein d’argent, suffisamment puissant pour acheter les consciences, tricher aux cartes et surtout tuer tout ce qui se trouve sur son chemin.
Et comme nous sommes dans un western, il y a la belle chanteuse et danseuse du saloon, amoureuse du héros, parce qu’un cow-boy solitaire sans jolie fille pour lui sourire derrière un comptoir, ça manquerait quand même de finition. Ajoutez le vent qui souffle dans les rues désertes, les portes de saloon, les regards qui en disent long, les duels au revolver, les baffes distribuées avec générosité et les règlements de comptes : vous avez pratiquement le western américain dans sa boîte.
Alors, qu’est-ce que Le Nettoyeur a de plus que les autres ? Tout simplement Audie Murphy.
Et là, forcément, le film prend une autre dimension. Audie Murphy n’est pas seulement une vedette de western : c’est l’un des soldats américains les plus décorés de la Seconde Guerre mondiale. Un véritable héros national devenu acteur, avec cette particularité assez incroyable de posséder à l’écran une présence qui ne semble jamais fabriquée. Il n’a pas besoin d’en faire des tonnes. Il entre dans le cadre, regarde, parle peu, et ça suffit.
Et puis il y avait les fans. Audie Murphy était une véritable idole, le genre de garçon devant lequel une partie du public féminin devait se pâmer avant même qu’il ait dégainé son revolver. La classe au naturel, pourrait-on dire. Pas besoin de muscles gonflés à la salle de sport ni de répliques écrites au marteau-piqueur : Audie Murphy avait cette gueule tranquille et cette manière de se tenir qui faisaient déjà le boulot.
Son personnage correspond d’ailleurs parfaitement à cette image. Un homme qui arrive de l’extérieur, découvre une ville sous la coupe d’un individu peu recommandable et comprend rapidement qu’il va falloir sortir les armes. Rien de révolutionnaire, certes, mais le cinéma populaire n’a jamais prétendu réinventer la Bible à chaque western.
George Marshall connaît parfaitement les mécanismes du genre. Il sait quand faire entrer le héros, quand montrer le méchant, quand laisser souffler le vent dans une rue vide et quand préparer le duel final. C’est du cinéma classique, propre, efficace, sans chercher à faire croire qu’il vient de découvrir l’Amérique.
On sent d’ailleurs toute cette tradition du western de studio des années 50 : une histoire simple, des personnages immédiatement identifiables et une morale qui ne demande pas trois heures d’explications. Le bien et le mal se reconnaissent au premier coup d’œil. Le méchant triche, menace et tue ; le héros encaisse, observe et finit par réagir. La belle attend, le saloon s’agite et les revolvers parlent lorsque les mots ne suffisent plus.
C’est précisément ce côté déjà-vu qui pourrait aujourd’hui faire sourire. Mais il faut remettre le film dans son époque. À cette époque, le public américain voulait du western, des chevaux, des revolvers, des duels, des saloons, des héros et des méchants. Hollywood lui en donnait. Et personne ne demandait à chaque nouveau film de réinventer John Ford.
Le Nettoyeur appartient donc à cette grande famille de westerns classiques qui ne cherchent pas forcément à laisser leur nom dans l’histoire du cinéma, mais simplement à raconter une bonne histoire pendant une heure et demie.
Et finalement, c’est peut-être là son principal charme.
On ne regarde pas Le Nettoyeur pour découvrir une révolution cinématographique. On le regarde pour retrouver une époque où le western était encore un genre populaire, où les héros entraient dans une ville poussiéreuse avec une allure de croque-mort et où un duel dans la rue pouvait régler en trente secondes un problème que nous aurions aujourd’hui traité avec douze réunions et trois avocats.
Alors oui, tout est déjà vu. Le héros, le méchant, la fille du saloon, les tricheries aux cartes, les baffes, le vent, les revolvers et la poussière : tout y est !
Mais il y a Audie Murphy.
Et rien que pour lui, on se fixe dans le fauteuil et on regarde ce film d'une autre époque, avec le sourire et sans chercher à lui demander ce qu’il n’a jamais eu l’intention de nous donner.
Un western classique, carré, efficace, sans prétention, porté par une vedette qui, elle, n’avait pas besoin de tricher aux cartes pour gagner la partie.
NOTE : 12.40
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : George Marshall
- Scénario : Edmund H. North, D. D. Beauchamp, d'après le roman de Max Brand et une histoire de Felix Jackson
- Chef opérateur : George Robinson (Technicolor)
- Musique : Henry Mancini, Frank Skinner, Herman Stein
- Direction artistique : Alexander Golitzen, Alfred Sweeney
- Décors : John P. Austin (en), Russell A. Gausman
- Costumes : Rosemary Odell
- Montage : Ted J. Kent
- Production : Stanley Rubin pour Universal Pictures
DISTRIBUTION
- Audie Murphy (VF : Jacques Thébault) : Tom Destry
- Mari Blanchard (VF : Colette Mars) : Brandy
- Lyle Bettger (VF : Jean-Claude Michel) : Phil Decker
- Thomas Mitchell : Reginald T. « Rags » Barnaby
- Edgar Buchanan (VF : Jean Brochard) : Hiram J. Sellers
- Lori Nelson (VF : Jane Val) : Martha Phillips
- Wallace Ford (VF : Paul Ville) : Docteur Curtis
- Mary Wickes (VF : Suzanne Dehelly) : Bessie Mae Curtis
- Alan Hale Jr. (VF : Robert Dalban) : Jack Larson
- George Wallace (VF : Raymond Loyer) : Curly Adams
- Richard Reeves (VF : Gérard Darrieu) : Mac
- Walter Baldwin (VF : Jean Gournac) : Henry Skinner
- Lee Aaker (VF : Renée Dandry) : Eli Skinner
- Anthony Lawrence : le professeur
- Frank Richards : Dummy
- Trevor Bardette (VF : Henry Valbel) : Shérif Joe Bailey
- Ralph Peters : Bartender
- John Doucette : Cowhand




