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mercredi 26 août 2026

14.20 - VU LE FILM CAFARD DE JAN BULTHHEL (2015)

 


Vu le Film d'animation Cafard de Jan Bultheel , Il y a des films d'animation comme on en voit beaucoup trop peu, et puis il y a Cafard de Jan Bultheel, qui débarque avec une idée aussi folle qu'audacieuse : raconter la Première Guerre mondiale à travers les yeux d'un bataillon belge et d'un homme qui, au départ, ne demande qu'une chose, retrouver les Allemands qui ont violé sa fille.


Nous sommes en 1914, à Buenos Aires, où Jean Mordant vient de devenir champion du monde de lutte.

Pendant ce temps, à Ostende, sa ville natale, sa fille Mimi est victime de soldats allemands.

Jean rentre au pays avec une idée fixe : la vengeance.

Il s'engage alors avec son entraîneur et son neveu au sein de l'ACM, les Autos-Canons-Mitrailleuses belges, une unité militaire qui va connaître un destin pour le moins mouvementé.

Et là, les trois hommes qui pensaient partir faire la guerre vont découvrir qu'ils ont surtout acheté un billet pour faire le tour du monde !

De la Belgique à la Russie, puis à travers l'Asie et jusqu'à l'Amérique, Cafard transforme ainsi la Grande Guerre en une odyssée complètement surréaliste, où les hommes sont trimballés d'un bout à l'autre de la planète par une guerre qui semble ne jamais vouloir finir.

Et c'est là que Jan Bultheel réalise quelque chose d'assez incroyable.

Parce que Cafard est un film d'animation, mais certainement pas un film d'animation destiné aux enfants.

Le réalisateur utilise la capture de mouvements et les voix de véritables acteurs avant de transformer ces images en personnages animés.

Autrement dit, derrière les dessins, il y a d'abord des comédiens qui jouent réellement leurs scènes.

Le procédé permet de conserver les mouvements, les attitudes, les regards et surtout quelque chose de très précieux : les émotions.

Jean Mordant est interprété en version française par Benoît Magimel, Victor par Jean-Hugues Anglade et Jelena Dimitrieva Doctorow par Julie Gayet ; en version originale néerlandaise, on retrouve notamment Wim Willaert, Sebastien Dewaele et Dinara Drukarova.

Et justement, cette technique aurait pu devenir le piège du film.

Parce que souvent, au cinéma, on invente une technique extraordinaire et ensuite on cherche désespérément une histoire pour la mettre dedans.

Ici, c'est exactement l'inverse.

La technique ne sert pas la technique. Elle sert les personnages. Elle sert la guerre. Elle sert la souffrance. Elle sert l'amour.

Elle sert surtout l'humanité de ces hommes qui traversent quatre années de conflit sans réellement comprendre pourquoi ils continuent d'avancer.

Et c'est probablement ce qui rend Cafard aussi particulier.

Visuellement, le film est magnifique.

Les personnages semblent parfois sortir d'une peinture, parfois d'une bande dessinée, parfois d'un rêve fiévreux.

Les palettes de couleurs sont absolument splendides, avec des contrastes qui donnent au film une identité immédiatement reconnaissable.

Certaines images rappellent d'ailleurs Valse avec Bachir d'Ari Folman, même si Bultheel possède évidemment son propre langage graphique.

La guerre n'est donc jamais traitée comme une simple succession de batailles.

Ce qui intéresse le réalisateur, ce sont les hommes qui se trouvent au milieu de ce gigantesque bordel.

Des hommes qui quittent leur pays, perdent leurs repères, rencontrent d'autres peuples, d'autres cultures, d'autres femmes, d'autres soldats et découvrent finalement que l'ennemi n'est pas toujours celui qu'on leur avait désigné.

Jean Mordant commence son aventure avec la vengeance dans le ventre.

Mais quatre années de guerre vont évidemment finir par modifier son regard sur le monde.

Et c'est là que le film devient beaucoup plus intéressant qu'une simple histoire de guerre.

Parce que derrière le soldat, derrière le champion, derrière l'homme qui veut venger sa fille, il y a simplement un être humain qui cherche une raison de continuer à vivre.

Le titre Cafard, qui vient du surnom donné à l'un des véhicules blindés de l'ACM, pourrait presque sembler étrange au premier abord, mais il correspond finalement assez bien à cette atmosphère poisseuse, à cette guerre qui colle aux personnages et dont ils semblent incapables de se débarrasser.

Le film ne dure qu'environ une heure et demie.

Et là, franchement, c'est presque son seul véritable problème.

Parce que raconter quatre années de guerre et un voyage autour du monde en si peu de temps, forcément, ça oblige à courir.

Certaines rencontres auraient mérité davantage de développement.

Certains personnages auraient pu être approfondis.

On passe parfois très rapidement d'un événement à l'autre alors qu'on aurait aimé rester quelques minutes supplémentaires avec ces hommes.

Mais malgré cette frustration, Cafard réussit quelque chose de remarquable.

Il ne nous donne pas seulement à voir la guerre.

Il nous montre ce qu'elle fait aux hommes.

Elle détruit, elle sépare, elle déplace, elle transforme.

Mais elle peut aussi provoquer des rencontres, créer des solidarités et faire naître des sentiments là où personne ne les attendait.

Et c'est finalement ce qui reste du film.

Pas les canons. Pas les uniformes. Pas les véhicules blindés. Les hommes. Leur fraternité. Leur peur. Leurs blessures. Leurs amours. Leurs espoirs.

Et cette incroyable capacité qu'ont certains êtres humains à continuer de vivre alors qu'ils ont toutes les raisons de ne plus croire en rien.

Cafard est donc un film d'animation comme on en voit trop peu : adulte, ambitieux, graphiquement superbe et surtout profondément humain.

Jan Bultheel aurait pu faire de sa technique une démonstration de savoir-faire.

Il préfère en faire un moyen de raconter une histoire.

Et ça change tout.

Parce qu'au bout du compte, derrière tous ces magnifiques personnages animés, on retrouve quelque chose de beaucoup plus simple : des êtres humains qui essayent de rester humains au milieu de la guerre.

Et rien que pour ça, ce petit film belge mérite largement qu'on lui ouvre la porte.

Même si, comme son titre l'indique, après quatre ans de guerre autour du monde, il y a quand même de quoi avoir le cafard !

NOTE : 14.20

FICHE TECHNIQUE

  • Réalisation : Jan Bultheel
  • Scénario : Jan Bultheel
  • Animation : Andre Ferwerda
  • Capture de mouvement : Jean-Francois Szlapka
  • Musique : Hans Helewaut
  • Productrice : Arielle Sleutel
  • Production : Tondo Films, Topkapi Films, Superprod, Tarantula
  • SOFICA : Sofitvciné

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