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lundi 24 août 2026

13.20 - MON AVIS SUR LE FILM UN DROLE DE PAROISSIEN DE JEAN PIERRE MOCKY (1963)

 


Vu le Film Un Drôle de Paroissien de Jean Pierre Mocky (1963) avec Bourvil Jean Poiret Jean Tissier Francis Blanchel Marcel Perès Jean Yonnel Véronique Nordey Jean Galland Rudy Lenoir


Du pur Mocky ! Anticlérical, anti-bourgeois, anti-société surtout, le cinéaste met les pieds dans le plat où il faut, quand il faut, et surtout là où personne n’a envie qu’on les mette. Avec Un drôle de paroissien, il s’attaque à la religion, à la police, à la bourgeoisie, aux institutions et à cette bonne vieille morale bien rangée qui permet surtout à ceux qui la défendent de dormir tranquillement. Bref, Mocky est chez lui et il ne va certainement pas demander la permission avant de tout envoyer valser.

L’histoire est déjà un petit bijou de provocation : Georges Lachaunaye, interprété par un Bourvil totalement à contre-emploi, appartient à une famille bourgeoise ruinée mais qui continue de vivre comme si le patrimoine était encore intact. Seulement voilà, l’argent ne tombe plus du ciel, alors Georges va trouver une solution pour renflouer les caisses : il se lance dans le pillage des troncs d’église ! Et pas question de devenir un vulgaire voleur de grand chemin : chez Mocky, même le cambriolage possède ses petites manies, ses règles et son organisation.

C’est là que le film devient irrésistible. Georges n’est ni un gangster, ni un voyou, ni même véritablement un révolté. C’est un homme qui transforme son désespoir financier en véritable entreprise artisanale, avec le sérieux d’un fonctionnaire et la discrétion d’un agent secret. Il connaît les églises, les habitudes, les horaires, les troncs et les combines. Le paroissien devient donc un spécialiste du prélèvement ecclésiastique !

Et Bourvil est extraordinaire parce que Mocky lui demande exactement l’inverse de ce qu’on attend de lui. On connaît le Bourvil gentil, naïf, tendre, parfois lunaire, celui qui semble incapable de faire du mal à une mouche. Ici, il devient presque méthodique dans la délinquance. Il s’amuse comme un fou à casser son image, et cette innocence apparente rend finalement le personnage encore plus drôle. Bourvil ne joue pas au méchant : il joue un homme parfaitement convaincu que ce qu’il fait est finalement une solution comme une autre.

Et cette histoire de casting mérite d’être racontée parce qu’elle est assez savoureuse. C’est Jean Gabin qui aurait proposé Bourvil à Mocky. Fernandel, qui était proche et ami de Gabin, avait refusé le rôle : le côté curé, semble-t-il, il en avait ras le bol ! Bourvil, lui, accepte, mais avec son flair habituel, il ne va pas simplement se contenter de signer pour un cachet. Il demande à être payé au pourcentage. Bien lui en prend : son contrat prévoyait environ 60 000 francs, mais grâce au succès du film il en touchera finalement autour de 600 000. Dix fois plus ! Comme quoi, parfois, il vaut mieux croire au film qu’au banquier.

Et le film va justement connaître un succès considérable pour une production Mocky, avec près de deux millions et demi d’entrées. À tel point que la sortie de Cléopâtre en France fut retardée, le distributeur préférant éviter de mettre face à face son énorme superproduction et le petit film de Mocky qui continuait de remplir les salles. Comme quoi, le petit paroissien avait fini par marcher sur les plates-bandes des pharaons !

L’argent, justement, c’est une question essentielle chez Mocky. Ses films sont souvent fabriqués avec des budgets modestes et une imagination qui doit compenser ce que le portefeuille ne peut pas fournir. Et cela se sent dans Un drôle de paroissien : Mocky ne cherche jamais à faire riche, il cherche à faire efficace. Il préfère une idée, un gag, un décor trouvé et quelques acteurs extraordinaires à des tonnes de décors et de machineries.

Il avait d’ailleurs pensé à Louis de Funès pour interpréter le policier finalement joué par Francis Blanche. Imaginez un peu : Bourvil et De Funès réunis dans un film de Mocky ! On aurait presque pu croire à une reconstitution sauvage de La Grande Vadrouille, mais De Funès demandait trop cher. Mocky a donc fait avec les moyens du bord et Francis Blanche a hérité du rôle. Et franchement, difficile de regretter le résultat tant Blanche est parfaitement dans son élément.

Parce que Mocky sait surtout s’entourer. Et quel casting ! Une véritable réunion de la fine fleur du cinéma et du théâtre français des années 60, avec notamment Jean Poiret, Francis Blanche, Jean Tissier, Roland Dubillard, Jean Yonnel, René-Louis Lafforgue et toute une galerie de tronches et de personnalités qui semblent avoir été convoquées pour participer à une gigantesque farce nationale.

Et puis il y a Jean Tissier, génial, qui vient apporter cette touche de folie supplémentaire. Tissier, avec sa diction, sa silhouette, son visage, son extraordinaire capacité à rendre grotesque le moindre personnage, est exactement dans l’univers de Mocky. Le réalisateur aime les acteurs qui ont une personnalité immédiatement identifiable et qui peuvent faire exister un personnage en quelques secondes.

Mocky, lui, ne cherche surtout pas à raconter une belle histoire morale. Il s'en fout. La morale n'est pas son problème. Les curés et les flics étant parmi ses cibles favorites, ici il fait carrément un combo des deux ! Et il n'y va pas avec le dos de la cuillère. La religion en prend pour son grade, la police aussi, la bourgeoisie également, et la société tout entière se retrouve passée à la moulinette.

La scène des SDF qui passent devant le soupirail du commissariat pour récupérer les poubelles des policiers est à cet égard un morceau de bravoure. C'est tellement énorme que cela en devient irrésistible, justement parce que la scène flirte avec la limite du possible. Mocky adore ce genre de situation : on se dit que c'est impossible, puis on se rappelle que dans son cinéma, l'impossible est précisément ce qui l'intéresse.

Et c'est là toute la force du film. Mocky ne cherche pas le réalisme, il cherche la logique du délire. Il prend une situation suffisamment banale, pousse le curseur jusqu'au bout et regarde ce qui se passe quand tout le monde accepte de jouer le jeu. Les institutions deviennent des caricatures, les bourgeois des pantins, les policiers des personnages de farce et les religieux des cibles toutes désignées.

Mais derrière le rire, il y a quand même quelque chose de profondément Mocky : une méfiance absolue envers les institutions et les gens qui prétendent détenir la vérité. Chez lui, personne n'est vraiment respectable et personne n'est totalement innocent. Les voleurs peuvent avoir davantage de sympathie que ceux qui les poursuivent, les bourgeois peuvent être plus ridicules que les pauvres et les représentants de l'ordre peuvent se retrouver eux-mêmes au bord du ridicule.

C'est parfois énorme, souvent méchant, toujours irrévérencieux et surtout terriblement libre. Ce n'est pas moral, mais on s'en fout : on ne demande pas à Mocky de faire du Yourcenar ! On lui demande de mettre le feu aux conventions et de regarder les flammes avec un grand sourire.

Et Bourvil est le complice idéal de cette entreprise. Le voir ainsi détourner son image de brave type est un vrai bonheur. Il possède cette extraordinaire faculté de rendre sympathique même un personnage qui, sur le papier, pourrait passer pour un fieffé malhonnête. Il ne cherche jamais à forcer le trait : il reste Bourvil, avec sa douceur, son sérieux et cette manière unique de dire les choses, et c'est précisément ce décalage qui fait exploser les situations.

Un drôle de paroissien, c'est donc du Mocky à l'état pur : un film sans complexes, sans garde-fou, sans volonté de plaire à tout le monde et surtout sans la moindre envie de respecter les convenances. Il tape sur les curés, les flics, les bourgeois, les institutions et la société avec la même gourmandise. Et comme Bourvil est là pour porter tout ce petit monde sur ses épaules, la charge devient franchement jubilatoire.

Un film qui rappelle surtout ce qu'était Mocky lorsqu'il était totalement libre : un empêcheur de tourner en rond, capable de faire rire avec trois bouts de ficelle, une bande d'acteurs extraordinaires et une idée suffisamment folle pour faire trembler les soutanes.

Un drôle de paroissien n'est pas seulement une comédie : c'est un coup de pied dans la porte de la sacristie, donné avec le sourire et sans demander pardon. Et venant de Mocky, c'est probablement la meilleure façon de dire bonjour.

NOTE : 13.20

FICHE TECHNIQUE


DISTRIBUTION



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