Vu le Film Désert Warrior de Ruppert Wyatt (2025) avec Anthony Mackie Alysha Hart Ben King Kinsley Sami Bouajila Ghassan Massoud Géza Röhrig Numan Acar Younes Bouab Lamis Ammar
Voilà un titre qui sent bon La Planète des Singes, histoire probablement d’attirer le chameau avec le nom de Rupert Wyatt, le réalisateur de La Planète des Singes : Les Origines, alors que Desert Warrior est finalement beaucoup plus intéressant que ce que son titre un peu passe-partout pourrait laisser croire. Cette fois, pas de singes qui prennent le pouvoir, mais des tribus qui se disputent le pouvoir dans l’Arabie du VIIᵉ siècle, à une époque où l’Arabie préislamique est encore composée de peuples et de royaumes rivaux et où l’Empire sassanide entend bien mettre son nez dans les affaires de ses voisins. Le film s’inspire notamment de la bataille de Dhi Qar, affrontement historique qui deviendra l’un des grands épisodes militaires de cette période.
Rupert Wyatt et ses scénaristes, parmi lesquels Gary Ross, nous proposent donc une grande aventure qui nous ramène à une époque où l’on pouvait encore faire une fresque historique avec des princes, des guerriers, des empereurs, des tribus qui se détestent cordialement et une princesse qui n’a visiblement aucune envie de devenir la décoration personnelle d’un puissant souverain. On est finalement beaucoup plus proche des grandes aventures orientales que le cinéma proposait dans les années 60 et 70 que d’une superproduction hollywoodienne moderne bourrée d’effets numériques et de personnages qui passent leur temps à sauver le monde avant de sauver l’univers.
Au centre de l’histoire, on trouve la princesse Hind, interprétée par Aiysha Hart, qui refuse de devenir la concubine de l’empereur perse Kisra, joué par Ben Kingsley. Avec son père, le roi Numan, elle prend la fuite à travers le désert et se retrouve poursuivie par les hommes de l’empereur. C’est là qu’intervient Hanzala, un mystérieux bandit interprété par Anthony Mackie, qui va devenir son allié dans cette fuite et surtout dans la résistance qui va progressivement s’organiser contre l’envahisseur. Hind va alors passer de princesse traquée à véritable guerrière et tenter d’unir les tribus rivales qui, jusque-là, avaient surtout l’air d’avoir beaucoup plus envie de se battre entre elles que de regarder qui venait leur marcher dessus.
Et c’est justement ce qui donne au film son côté aventureux, parce que Wyatt ne se contente pas d’une simple histoire d’amour entre une princesse et un guerrier perdu dans le désert. Il y a derrière cette romance une véritable fresque historique avec les luttes de pouvoir, les alliances qui se font et se défont, les rivalités entre tribus et surtout la menace de l’Empire sassanide représenté par un Ben Kingsley qui semble avoir compris depuis longtemps qu’un empereur sympathique, ce n’est pas très bon pour le commerce.
Anthony Mackie, lui, est assez loin de ses super-héros habituels et cela lui va plutôt bien. Son Hanzala est un personnage mystérieux, un guerrier solitaire qui va se retrouver embarqué dans une histoire qui le dépasse et qui va finalement devenir l’un des éléments essentiels de la résistance. Aiysha Hart tient solidement le rôle de Hind, tandis que Sharlto Copley apporte ce qu’il faut de caractère à Jalabzeen. On retrouve également Ghassan Massoud dans le rôle du roi Numan, Sami Bouajila dans celui de Hani, Lamis Ammar, Géza Röhrig et toute une distribution internationale qui donne au film une véritable épaisseur. Et puis il y a Ben Kingsley, qui n’a plus besoin de beaucoup d’efforts pour avoir l’air d’un homme qu’il vaut mieux éviter dans une ruelle sombre, surtout lorsqu’il porte une couronne.
Ce qui impressionne surtout, ce sont les moyens déployés pour cette première grande production de cette envergure tournée en Arabie saoudite. Le budget annoncé tourne autour de 150 millions de dollars, ce qui n’est tout de même pas exactement le budget d’un film réalisé avec trois chameaux, une tente et une caméra posée sur un trépied. La production avait d’ailleurs aussi pour ambition de participer au développement d’une véritable industrie cinématographique saoudienne en faisant travailler et former des équipes locales.
Et cela se voit à l’écran, notamment dans les scènes de bataille. Il y a du monde, beaucoup de monde, des chevaux, des guerriers, des armées qui se déplacent dans le désert et des affrontements qui donnent au film une vraie ampleur. On n’est pas dans la petite série historique tournée dans un parking avec quatre figurants et deux chevaux loués pour l’après-midi. La photographie de Guillermo Garza apporte justement cette chaleur et cette dimension désertique qui donnent du rythme aux scènes et permettent au film de respirer malgré une histoire qui accumule les personnages et les enjeux.
Il y a quelque chose d’assez agréable dans cette volonté de revenir à la grande aventure classique, celle où l’on pouvait simplement raconter une histoire de guerriers, de princesse, d’empereur et de tribus rivales sans avoir besoin de rajouter trois univers parallèles et un super-héros venu du futur. Desert Warrior ne cherche pas à réinventer le genre, mais il sait utiliser ses vieux ingrédients et les servir avec suffisamment de moyens pour que cela fonctionne.
Bien sûr, tout n’est pas parfait, et le film n’a pas la puissance d’un Lawrence d’Arabie ou la maîtrise des grandes fresques historiques qui ont marqué le cinéma. Mais ce n’est pas non plus ce qu’on lui demande. Il faut prendre Desert Warrior pour ce qu’il est : une grosse aventure historique, ambitieuse, dépaysante, avec de beaux décors, de grandes batailles, une princesse qui refuse de se laisser faire, un guerrier mystérieux, un empereur qui ferait mieux de prendre sa retraite et suffisamment de sable pour remplir les chaussures de toute l’équipe.
Et finalement, cela marche plutôt bien. Techniquement, le film tient la route et l’histoire nous tient en haleine, notamment lorsque Hind entreprend de réunir les tribus qui doivent mettre leurs querelles de côté pour affronter une armée autrement plus puissante. La bataille finale de Dhi Qar donne au film son véritable souffle épique et permet à cette histoire de prendre une dimension historique que la simple aventure sentimentale n’aurait pas eue.
Alors évidemment, ce n’est pas du cinéma hollywoodien au sens classique du terme, même si le casting international pourrait facilement nous faire croire le contraire. C’est une production saoudienne qui cherche encore ses marques dans le domaine de la grande fresque et qui tente quelque chose d’assez ambitieux pour une industrie cinématographique encore jeune. Et pour une première production de cette envergure, il y a franchement de quoi être indulgent.
Desert Warrior n’est donc peut-être pas le nouveau Lawrence d’Arabie, et Rupert Wyatt ne va pas détrôner David Lean avec quelques kilomètres de désert et une armée de cavaliers, mais il nous offre une aventure qui a de la gueule, des moyens, de beaux paysages et surtout une vraie envie de raconter une histoire. Ce n’est pas du cinéma hollywoodien, mais c’est bien pour se faire les dents. Et pour une fois, le chameau attiré par le titre n’a pas complètement perdu son voyage.
NOTE : 13.00
FICHE TECHNIQUE
- Réalisation : Rupert Wyatt
- Scénario : Rupert Wyatt, Erica Beeney, Gary Ross et David Self
- Musique : Dan Levy
- Décors : Paki Smith
- Costumes : Bojana Nikitovic
- Photographie : Guillermo Garza
- Montage : Richard Mettler
- Production : Jeremy Bolt
- Coproducteur : Rasha Al-Emam
- Producteurs délégués : Dennis Berardi, Andre Coutu, Firas Dehni, Eric Hedayat, Peter Smith et Charbel Tayeh
- Sociétés de production : MBC Studios, JB Pictures et AGC Studios
- Société de distribution : Vertical (États-Unis)
- Budget : 150 millions de dollars[
- Anthony Mackie : le bandit
- Aiysha Hart : la princesse Hind
- Sharlto Copley : Jalabzeen
- Ghassan Massoud : le roi Numan
- Sami Bouajila : Hani
- Géza Röhrig : Al Hamerz
- Ben Kingsley : l'empereur Kisra
- Numan Acar : Ebn Wael
- Younes Bouab : Aasif
- Lamis Ammar : Médecin

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