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dimanche 15 mars 2026

14.10 -MON AVIS SUR LE FILM JOKER DE TODD PHILIPPS (2019)


 Vu le Film Joker de Todd Philipps (2019) avec Joaquin Phoenix Robert de Niro Zazie Beetz France Conroy Hannah Gross Shea Whigam Bill Camp Brett Cullen Frank Wood Douglas Hodge Brian Tyree Henry Justin Theroux 

Arthur Fleck est un homme fragile, brisé par la vie et par ses propres troubles mentaux. Il souffre d’un mal étrange qui le pousse à rire de façon incontrôlable, souvent aux pires moments. Il rêve pourtant de devenir humoriste, encouragé depuis toujours par sa mère Penny qui lui répète qu’il doit « donner le sourire et faire rire les gens dans ce monde sombre et froid ». Mais Arthur ne ressent que tristesse. Il survit comme clown de rue pour payer le loyer et s’occuper de sa mère, tandis que Gotham City s’enfonce dans la misère : chômage, criminalité et crise sociale plongent la ville dans une tension permanente. 

Avec ce film, Todd Phillips propose une œuvre fascinante et dérangeante qui déconstruit le mythe du célèbre clown criminel. Ici, la folie n’est pas une explosion soudaine mais une lente dérive, presque une érosion progressive de la raison. Le spectateur est enfermé dans le point de vue d’Arthur, témoin impuissant de sa transformation. 

La mise en scène est froide, méthodique, presque clinique. La photographie de Lawrence Sher baigne Gotham dans des teintes jaunâtres et verdâtres, comme si la ville elle-même était malade. Les cadres sont souvent étouffants, les espaces vides écrasent Arthur, et les couloirs sombres semblent avaler sa silhouette. La caméra, parfois à l’épaule, accompagne ses mouvements désordonnés, renforçant cette impression d’instabilité mentale. 

La musique de Hildur Guðnadóttir joue également un rôle essentiel : ses violoncelles graves et lancinants pèsent sur chaque scène comme une fatalité, accentuant la solitude et la détresse du personnage. 

Au centre du film, la performance de Joaquin Phoenix est tout simplement sidérante. L’acteur ne se contente pas d’interpréter Arthur Fleck : il semble littéralement habité par lui. Amaigri, le corps tordu, les épaules voûtées, Phoenix transforme chaque geste en langage. Son rire devient un cri de douleur, ses danses improvisées une tentative désespérée d’exister. On a souvent l’impression que le personnage le vampirise totalement. Même en dehors du tournage, Phoenix paraissait plongé dans cet état fragile, comme si la frontière entre le rôle et l’homme s’était dangereusement amincie. C’est une performance physique et émotionnelle totale, rare dans le cinéma contemporain. 

Mais il ne faut pas oublier la présence de Robert De Niro, remarquable dans le rôle de Murray Franklin, animateur vedette d’un talk-show. Cynique, condescendant, il représente cette société du spectacle qui humilie Arthur avant de se retrouver face à lui. Sa présence crée aussi un écho évident au film The King of Comedy de Martin Scorsese, où De Niro incarnait justement un comique raté obsédé par la reconnaissance médiatique. Une boucle symbolique presque troublante. 

Toute cette maîtrise technique — mise en scène, photographie, musique et interprétation — fait de Joker un film puissant, presque hypnotique. Pourtant, il laisse aussi une sensation amère. En décrivant Gotham comme une poudrière sociale où la violence naît de l’humiliation et de l’injustice, Todd Phillips brouille volontairement les repères moraux de l’univers de Batman. 

Là où le Joker de Christopher Nolan dans The Dark Knight incarnait un agent du chaos pur, celui de Phillips apparaît d’abord comme une victime qui devient bourreau. Cette transformation trouble la frontière entre tragédie et justification de la violence. 

Le film est-il un chef-d’œuvre ? Peut-être. Mais il laisse surtout le spectateur avec un malaise persistant, comme si nous étions forcés d’assister, impuissants, à la naissance d’un monstre. Non pas une explosion spectaculaire… mais la lente fabrication d’un Joker par une société qui l’a d’abord ignoré, puis humilié. 

Et c’est peut-être là que le film dérange le plus : dans l’idée que le chaos ne naît pas toujours d’un criminel… mais parfois simplement d’un homme que personne n’a voulu voir. 🎬 

NOTE : 14.10

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