Vu le film L’Etrangleur de (Lady Burlesque) de William A.Wellman (1943) avec Barbara Stanwyck Michael O’Shea Charles Dingle Iris Adrian Victoria Faust Gloria Dickson Marion Martin Frank Conroy
L’action se passe au sein d’un théâtre de boulevard (theatre of burlesque en anglais), à Broadway, qui présente beaucoup de femmes peu habillées dans des scènes à caractère comique devant un public venu pour rire.
Dixie Daisy (Barbara Stanwyck) est l’une des vedettes de ce spectacle. Un soir on tente de l’étrangler mais elle est persuadée que l’assassin s’est trompé de victime. Lolita (Victoria Faust), une des actrices de la troupe, est ensuite retrouvée étranglée, suivie d’une autre actrice, Princess Nirvena (Stephanie Bachelor). L’enquête est menée par l’inspecteur Harrigan (Charles Dingle) qui finit par découvrir l’assassin, un employé du théâtre, Stacchi (Frank Conroy). La dernière image du film montre Dixie acceptant l’amour d’un acteur, Biff (Michael O'Shea).
Décidément, William A. Wellman aura tout exploré : le film de guerre, le western, le drame social… et ici la comédie policière burlesque, avec un parfum de coulisses qui n’est pas sans rappeler Entrée des artistes. Mon réalisateur fétiche prouve une fois encore qu’il refuse les étiquettes.
Nous sommes dans un théâtre de Broadway, univers de strass, de plumes et de rivalités. Daisy Dixie, incarnée par une formidable Barbara Stanwyck dans un rôle inhabituel, est une vedette de revue, malicieuse et indépendante. Mais derrière les projecteurs, une ombre plane : une série de meurtres frappe de jeunes femmes du spectacle, retrouvées étranglées. L’ambiance devient électrique. Et Daisy se retrouve soupçonnée.
Innocente, bien sûr, elle décide de mener l’enquête elle-même. Voilà le moteur du scénario : une héroïne de music-hall plongée dans un polar. Le mélange des genres est savoureux. Ça chante, ça danse, ça fait des acrobaties, et ça se déshabille facilement — univers burlesque oblige — mais derrière les plumes, la menace est réelle.
Stanwyck est le cœur battant du film. Habituée aux rôles dramatiques ou aux femmes fatales, la voir évoluer dans ce registre léger, presque clownesque, est un plaisir. Elle a l’énergie, le timing comique, et surtout ce regard ironique qui donne de l’épaisseur à Daisy. Elle ne joue pas la naïveté : elle joue l’intelligence vive dans un monde qui la sous-estime.
À ses côtés, Michael O'Shea campe le détective chargé de l’affaire. Leur duo fonctionne bien, entre joutes verbales et tension légère. Il y a du rythme, un vrai sens du dialogue, et cette petite étincelle qui empêche l’intrigue de sombrer dans le simple prétexte.
La mise en scène de Wellman est dynamique. Il filme les coulisses avec gourmandise : les loges encombrées, les escaliers étroits, les rideaux qui claquent. Il capte l’effervescence du spectacle, mais aussi la claustrophobie des espaces fermés où peut se cacher le tueur. Le contraste entre la scène — éclatante — et l’arrière-scène — inquiétante — est habilement exploité.
Les numéros musicaux sont loufoques, parfois presque absurdes. On est dans une exubérance assumée. Les chorégraphies débordent d’énergie, les costumes brillent, les corps virevoltent. Ce n’est pas du grand musical sophistiqué : c’est du burlesque tapageur, populaire, direct.
Le scénario reste simple : une série de meurtres, des suspects, des fausses pistes. Mais ce n’est pas tant le suspense qui prime que l’ambiance. On sent que Wellman s’amuse à mélanger le crime et le cabaret. Le ton oscille entre tension et second degré, sans jamais basculer dans le noir total.
Certains personnages secondaires sont esquissés plutôt que développés, mais cela participe presque au charme du film : tout va vite, tout bouge, comme dans une revue où les tableaux s’enchaînent. L’essentiel reste Daisy et cette galerie d’artistes hauts en couleur.
Ce qui me plaît surtout, c’est cette capacité de Wellman à changer de registre sans perdre sa patte. Même dans la comédie, il garde un sens du rythme, une efficacité narrative, une manière très directe d’installer les enjeux.
Sympathique comédie, oui. Pas un chef-d’œuvre, mais un film qui fait agréablement passer le temps pluvieux et neigeux. On s’installe, on regarde, on sourit. On profite de l’énergie communicative de Stanwyck et de l’univers exubérant du burlesque.
Encore une facette d’un réalisateur qui, décidément, n’aura jamais cessé d’explorer. Et moi, je continue de le suivre, genre après genre, avec le même plaisir curieux.
NOTE : 12.10
FICHE TECHNIQUE
| irected by | William A. Wellman |
|---|---|
| Written by | James Gunn |
| Based on | The G-String Murders 1941 novel by Gypsy Rose Lee |
| Produced by | Hunt Stromberg |
| Starring | |
| Cinematography | Robert De Grasse |
| Edited by | James E. Newcom |
| Music by | Arthur Lange |
| Distributed by | United Artists |
- Barbara Stanwyck as Deborah Hoople, aka Dixie Daisy, corresponding to Gypsy Rose Lee's character in her own book
- Michael O'Shea as Biff Brannigan, the romantic interest
- J. Edward Bromberg as S.B. Foss
- Iris Adrian as Gee Gee Graham, a worldly showgirl
- Gloria Dickson as Dolly Baxter
- Victoria Faust as Lolita La Verne
- Stephanie Bachelor as The Princess Nirvena
- Charles Dingle as Inspector Harrigan
- George Chandler as Jake, the prop boy
- Marion Martin as Alice Angel
- Pete Gordon as Officer Pat Kelly (as Eddie Gordon)
- Frank Fenton as Russell Rogers
- Pinky Lee as Mandy, a supporting player
- Frank Conroy as 'Stacchi' Stacciaro
- Lew Kelly as The Hermit
- Claire Carleton as Sandra
- Gerald Mohr as Louie Grindero

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