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lundi 29 décembre 2025

15.30 - MON AVIS SUR LE FILM PRINCESSE MONONOKE DE HAYAO MIYAZAKI (2000)

 


Vu le Film d’animation Princesse Mononoké de Hayao Miyazaki (2000) 

Japon, XVe siècle. Jadis protégée par des animaux géants, la forêt se dépeuple à cause de l'homme. Blessé par un sanglier rendu fou par les démons, le jeune guerrier Ashitaka quitte les siens et part à la recherche du dieu-cerf qui seul pourra défaire le sortilège qui lui gangrène le bras. Au cours de son voyage, Ashitaka rencontre Lady Eboshi, à la tête d’une communauté de forgerons, qui doit se défendre contre ceux qui lui reprochent de détruire la forêt pour alimenter ses forges. Parmi ses pires ennemis se trouve San, une jeune fille sauvage élevée par des loups, aussi appelée "Princesse Mononoké", la princesse des spectres... 

Avec Princesse Mononoké, Hayao Miyazaki signe l’une de ses œuvres les plus puissantes, les plus sombres et les plus ambitieuses. Loin de l’image souvent associée à l’animation « pour enfants », le film s’impose comme une fresque épique, violente et profondément adulte, où la nature, les hommes et les dieux s’affrontent sans jamais tomber dans une opposition simpliste. Dès les premières minutes, le ton est donné : malédiction, sang, colère et mort traversent le récit, rappelant que ce conte n’a rien d’innocent. 

L’histoire suit Ashitaka, jeune prince frappé par une malédiction qui le condamne lentement, et qui part à la recherche de la vérité sur le conflit opposant les hommes à la forêt. Ce schéma narratif, apparemment classique, se révèle rapidement d’une richesse remarquable. Miyazaki, fidèle à ses habitudes de scénariste, refuse toute lecture manichéenne. Aucun camp n’est totalement juste ni totalement coupable : ni les humains destructeurs, ni les esprits de la forêt, ni même la farouche San, dite Princesse Mononoké. 

Les personnages sont écrits avec une finesse rare. Lady Eboshi, figure souvent perçue comme antagoniste, incarne une modernité brutale mais aussi profondément humaine, soucieuse des exclus et des laissés-pour-compte. San, sauvage et déchirée entre deux mondes, est une héroïne complexe, animée par la rage autant que par la douleur. Quant à Ashitaka, il représente cet idéal miyazakien de médiation, d’écoute et de quête d’équilibre, jamais naïf, toujours lucide. 

L’ambiance du film est d’une densité exceptionnelle. La forêt est à la fois sublime et inquiétante, vivante et mortelle. Les divinités animales, majestueuses ou terrifiantes, confèrent au récit une dimension mythologique presque chamanique. La violence, omniprésente, n’est jamais gratuite : elle souligne la brutalité du monde, l’incompatibilité des intérêts et l’impossibilité de solutions simples. 

Visuellement, Princesse Mononoké est un sommet de l’animation japonaise. La qualité des dessins, la fluidité des mouvements, la richesse des décors et le sens du cadre témoignent d’un travail d’orfèvre. Chaque plan respire la maîtrise technique et l’amour du détail. La musique de Joe Hisaishi sublime encore cette expérience sensorielle, renforçant l’émotion sans jamais l’imposer. 

Fable écologique avant l’heure, le film interroge la place de l’homme dans le monde, sa soif de progrès et les conséquences de ses choix. Si le scénario peut sembler simple au premier regard, il se révèle en réalité d’une profondeur et d’une subtilité remarquables. Princesse Mononoké n’apporte pas de réponses toutes faites, mais pose des questions essentielles. 

Œuvre magistrale, sombre et magnifique, le film s’impose comme l’un des plus grands accomplissements de Miyazaki. Un chef-d’œuvre intemporel, dont la puissance narrative et visuelle continue de marquer durablement le cinéma d’animation.

NOTE : 15.30

FICHE TECHNIQUE

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